Imaginez Yainville sans son clocher. Et il n'y a plus de Yainville! Eh bien, c’est ce qui allait arriver quand, vers 1840, la fabrique de Jumièges eut ce projet insensé :

Raser Saint-André!

Aujourd'hui, l'une des plus vieilles églises de Normandie reste heureusement un plaisir des yeux. Avec le ton doux de sa pierre blanche et son chœur tout rond. C'est si vrai que Victor Hugo en a fait un croquis. Histoire.


En dessinant l'église d'Yainville, Victor Hugo a-t-il fantasmé le paysage en lui donnant pour voisin immédiat le moulin à vent de Jumièges. Ou en existait-il alors un dans le Grand-Marais  ?

Le tintement de la cloche de Yainville, un dimanche matin d'hiver, quand le soleil éblouit la gelée blanche et que la neige anoblit toutes choses... S'il est un monument qui me tient à cœur, c'est bien l'église Saint-André. C'est là que reposent mes parents, mes grands-parents, Henri et Julia Mainberte, née Chéron, des êtres chers comme ma tante Hjoerdis et sa mère Marie... 

J'y ai été enfant de chœur et je puis vous affirmer, sans risque d'être démenti par les archives du Vatican, qu'aucun prêtre n'aura jamais connu servant si maladroit depuis la crucifixion. L'église de ma jeunesse avait une fonction sociale de toute première importance. C'était encore le seul lieu où se retrouvaient chaque semaine un si grand nombre de Yainvillais. Hormis les Communistes, cela s'entend, que j'ai vu se tenir en dehors de l'église, devant le portail ouvert, lors des grands enterrements. 

C'est l'église de Yainville qui m'a fait aimer les vieilles pierres. Elle était notre château féodal, la mémoire du village. Combien de fois ai-je essayé de déchiffrer les inscriptions de vieilles tombes moussues et tout de guingois. Combien de fois suis-je allé coller mon nez contre le carreau des deux petites chapelles funéraires. Celle des châtelains qui avaient précédés Guitry. Celle d'Émile Sylvestre, l'ancien carrier de Claquevent, dont le portrait, sur une plaque de verre, semblait nous dévisager à travers la pénombre. Lui, le bon Chrétien qui avait foutu mon grand-père en prison pour une histoire de bout de ficelle...

Sans doute un simple oratoire est-il à l'origine de l'église Saint-André. Il fut édifié près de la seule entrée percée dans l'immense talus qui, jadis, barrait toute la presqu'île. 

Comme l'abbaye de Jumièges, le sanctuaire de Yainville fut ravagé par les vikings. Et sans doute fut-il abandonné dès 845. Guillaume Longue Épée, le 20 février 930, restitua le lieu à l'abbaye de Jumièges. Alors, on dut élever sur les ruines primitives un nouveau sanctuaire en pierres de Caumont.

L'assassinat du duc de Normandie, en 942, suspendit les travaux. L'an 1027, Robert Ier, duc de Normandie ordonna l'achèvement du chantier.

Le clocher de Yainville, "grosse tour carrée des plus primitives" nous dit l'abbé Cochet, est assis entre la nef et l'abside, épaulé par de puissants contreforts. Il s'inspire des tours de Jumièges. Lui-même a servi de modèle à celui l'église de Bliquetuit, quelque deux siècles plus tard. Et peut-être à l'église de New-Haven comme nous le verrons plus loin...

 Le premier étage présente des arcatures plaquées à angles vifs qui dessinent comme des fenêtres que l'on n'aurait jamais percées. Cette architecture me rappelait Jumièges et l'âme naïve que j'étais ne comprenait pas pourquoi diantre les bâtisseurs n'avaient pas été jusqu'au bout de leur travail. Sans doute avaient-ils été dérangés par le Dible en personne! Le second étage était bien ouvert à tous vents, lui! Il présente sur trois faces un grand arc en plein-cintre encadrant deux étroites baies géminées séparées par une colonnette. Côté nord, cette dernière est curieusement spiralée, ce qui trahirait une origine préromane. Enfin, sous la haute toiture en hache, court une corniche à modillons que je comparais aux créneaux d'une forteresse. 

Sur un mur extérieur, le graffiti d'un vaisseau concourrait à vous faire rêver. J'ignorais encore que mes ancêtres mêmes avaient comptés parmi les premiers Terren-Neuvas.

La nef est du XIe siècle et ses fenêtres, trois de chaque côté, étaient sans doute plus modestes à l'origine. Un septième vitrail, double, surmonte la grande porte d'entrée. On trouve des traces de meurtrières étroites sur le mur nord. Dans ce même mur, un porche latéral a été percé au XVIe siècle, puis condamné. 

De la Révolution à 1840, notre belle église servit de grange. Sauvée in extremis par la volonté d'un paroissien et l'intérêt des savants, elle fut restaurée en 1845. On édifia alors la sacristie.  Mais l'édifice n'était pas pour autant à l'abri des injures du temps.  

Le chœur, lui, se termine par un chevet en hémicycle, une abside en cul du four datant des XIe et XIIe siècles. Un contrefort, très plat, est percé d'une fenêtre. Ce qui ne se voit qu'à Ecajeul, Fiquefleur ou encore Rocqueville. Comme à Saint-Valentin, de Jumièges, les trois fenêtres du chœur, étroites vues de l'extérieur, sont de larges rectangles à l'intérieur. Ajoutez à cela une baie sur la face sud de la tour, sans doute aménagée au XVIe siècle. Voilà pour les détails techniques...

 

Entrons vite dans l'église...