Par Laurent Quevilly
Pierre Delphin Chéron et Pascaline Mauger, mes bisaïeux, furent des figures des passages de la Seine, entre Jumièges et Guerbaville. Leurs enfants naquirent ainsi au fil de l'eau. Descendance...
1)
Delphine
Désirée Chéron est
née le 9 juillet 1867 au domicile de son
grand-père maternel, Pierre Mauger,
batelier à Jumièges, section du Passage. Le jour
de sa naissance, ses parents sont
dits aussi bateliers et domiciliés à Guerbaville.
C'est de l'autre côté de
l'eau, à la Mailleraye. Delphine se maria en 1894
à Yainville avec Gaston
Poullard, grainetier. Gaston Poullard, Delphine Chéron, c'est ce couple qui, en 1919, accueillit à Saint-Martin-de-Bosherville la fratrie des Mainberte qui venaient de perdre leurs parents au café du Passage. Nous évoquons cette belle histoire dans le chapitre des Carrières Silvestre suivi des Mainberte à Boscherville.
Les Poulard n'eurent qu'un seul enfant, Max, mort à 19 ans, en 1923, de la fièvre typhoïde. Un de ses cousins, Max Mainberte, héritera de son prénom en 1927.
2)
Georgette
Pascaline
Chéron,
née le 9 août 1869 chez son père qui
réside cette fois à Jumièges, section
du Passage. Ses parents sont toujours bateliers. Georgette épousa Georges Lemaréchal, un charrretier établi à Yainville et né en 1870 au Mesnil. Quand il se maria à Yainville, en 1892, son père, veuf, était dit douanier à la retraite à Honfleur. Les témoins de son mariage: Narcisse Lemaréchal, 71 ans, garde-champêtre demeurant à Heurteauville et oncle du futur. Ferdinand Lemaréchal, 28 ans, cultivateur demeurant à Heurteauville, frère du futur. Sosthène Chéron, 41 ans, douanier demeurant à Mesnil-sous-Jumièges, oncle de la future. Gaston Poullard, 23 ans, charretier demeurant à Duclair, ami des futurs époux (vraisemblablement fiancé de Delphine Chéron).
Georges Lemaréchal fut cultivateur dans la ferme tenue plus tard à Yainville par les Berneval. En 1903 et 1913, il est localisé à Jumièges comme cultivateur, travailla pour la centrale électrique de Yainville puis chez Chausson dans la région parisienne. Il est mort à Yainville l'année de ma naissance, en 1951. C'est lui qui fut sans doute le témoin de la mort de mon arrière-grand-mère en 1928, Adelaïde Mauger, qui était sa belle-mère. Georgette est décédée en 1955.
Georges Lemaréchal portait le nom d'une antique famille de Jumièges qui occupait la charge héréditaire de maréchal de l'abbaye, autrement dit l'homme d'arme qui accompagnait l'abbé dans ses déplacements.
On ne sait si nos Lemaréchal comptent parmi ses multiples
descendants. Mais ils constituent une curiosité
généalogique. En effet, depuis 1650, plusieurs
Jean Le
Roy se succédaient à Jumièges.
Jusqu'au jour
où le troisième du nom eut un enfant que l'on
nomma Le
Roy, comme les autres, mais le scribe se reprit et ajouta Le
Maréchal au-dessus du nom de l'enfant. Plus loin, il
précisa que son, père, Jean Le
Maréchal,
était "dit
Le Roy".
Ainsi, ces Jean Le Roy avaient-ils depuis trois
générations une double identité et il
fallut ce
commentaire du curé pour en connaître la vraie.
Dès
lors, nos Jean Le Roy devinrent des Jean Le Maréchal dans
les
registresqui suivirent... Cinq enfants forment la descendance de Georges Lemaréchal et Georgette Chéron :
a)
Georges Lemaréchal, 1893-1928, Il
était charretier à Jumièges dans la
ferme de ses
parents au moment de son conseil de révision. Sous la toise,
il
accuse 1,66 m. Il a les cheveux châtain, les yeux bleus
jaunâtres note le médecin militaire. Il a une
cicatrice
à l'arcade sourcillère droite. Mais la voit-on
tant ses
sourcils sont drus. Engagé volontaire le 26 octobre 1913
à Duclair, il arrive au 129e RI le 27.
Créé
à la Révolution, ce régiment est
caserné au
Havre.
Le 2 août 1914 débute pour lui sa campagne aux armées du Nord. 24 août : combats de Charleroi, 29 août : Guise. Puis première bataille de la Marne. Le 27 septembre 1914, il est nommé caporal.
En 1915, Georges est de l'offensive en Artois. "Le 5 juin a enlevé ses hommes à l'assaut avec une belle crânerie". Ainsi est-il cité le 25 à l'ordre de la division. Le 26, il est nommé sergent en recompense de sa bravoure. Mais le 15 octobre 1915, il est blessé par balles et perd son index à Neuville-Saint-Vaast. On le rapatrie vers l'intérieur.
Le sergent Lemaréchal repart au combat du 11 juillet au 19 décembre 1916 à Verdun puis du 17 janvier au 20 avril 1917 en Lorraine... Bref, il alterne les périodes aux armées avec celles à l'intérieur.
Georges était dans une unité combattante lorsque, bénéficiant d'une permission, il se marie le 21 février 1918 à Paris.
Georges Lemaréchal a rencontré en effet une femme de 12 ans son aînée, originaire du Cher, gérante au 15, avenue de Messine. Dans cet immeuble luxueux vit notamment Désiré-Lucien Le Thierry d'Ennequin, entouré d'objets d'art qu'il léguera à quelques musées. Marie Augustine Bouret est la fille d'un cultivateur illettré. Les deux parents de la mariée sont déjà décédés lorsqu'elle prend Georges pour époux. Aigustine est de longue date dans la capitale. En 1911, elle passe une curieuse annonce dans l'édition européenne du New York Herald.

Comment diable notre Poilu a-t-il fait connaissance avec cette Parisienne d'adoption. En rendant visite à sa sœur Denise, déjà dans la capitale ? Elle à à peine 20 ans et ne figure pas sur la photo. Augustine est-elle sa marraine de guerre ? La date du mariage est attestée par le maire d'Heurteauville, Charles Guérin. Celui-ci fut célébré par Gaston Drucker, adjoint au maire du 8e. Curieusement, Georges est dit cultivateur et résidant à Jumièges. Comme ses parents qui ont donné leur consentement par acte authentique. Or, Georges est toujours sous les drapeaux depuis son engagement volontaire en 1913. Il se marie même en uniforme du 129e RI avec ses deux décorations bien en vue. Car les seules photos que nous possédons de lui ont été sans doute prises le jour de son mariage. Les témoins sont Rose Grapin, 45 ans, cuisinière, 6, square de Messine, Marcel Coutant, 25 ans, employé de bureau, Croix de guerre, 53, rue de la Boëtie, Marthe Jacquet, épouse Despains, 40 ans, crêmière, 1, rue Mollien et Constantin Taulin, 32 ans, employé de bureau, 3, rue du Département.

Puis George repart au front. Le 13 juin 1918, il est blessé à la Ferme des logis. Fracture du radius gauche
Le 16 avril 1919, il est nommé adjudant. Le même mois, il pose pour une photo de groupe, entouré d'élèves caporaux, "souvenir de Landau", avril 1919." Il est donc en Allemagne. Georges porte un révolver à la taille.

Croix de guerre, médaille interalliée de la Victoire, il se retire après la Grande guerre au domicile de son épouse à Paris, 15 avenue de Messines, 8e arrondissement.
Quelle fut alors son activité ? Douteuse, manifestement. Bien qu'il ait été rayé par la suite, un premier jugement figure dans son dossier militaire. Il a été prononcé par la 10e chambre du tribunal correctionnel de la Seine le 4 mai 1921. 300 F d'amende pour spéculation illicite sur le coke. Délit très à la mode...
Puis il est condamné pour escroquerie par le tribunal correctionnel de Rouen le 15 septembre 1921. Au terme d'un jugement contradictoire, il écope de trois mois de prison avec sursis et 500 F d'amende. L'audience du 15 septembre fut présidée par M. Chalvon-Demersay et fit l'objet d'un compte-rendu dans le Journal de Rouen. Il y eut deux affaires de vol, un abus de confiance, trois plaintes pour coups et enfin la séance s'acheva sur une affaire d'escroquerie qui pourrait donc impliquer notre cousin. En voici l'article :
"Ils", ce sont des alternateurs électriques, des rails, des bougies d'allumages et autres appareils d'électricité, des papiers d'affaires, qu'un pseudo-ingénieur se voyait réclamer hier par cinq plaignants qui lui avaient remis des sommes fort importantes pour l'achat de ces marchandises.
A l'audience, notre ingénieur, qui ne craignait pas de dire que les plaignants étaient des menteurs, expliqua que le tout était resté en Allemagne et n'en pouvait sortir, par suite de prohibitions du gouvernement allemand.
La véracité de ses dires n'ayant pas été vérifiée à l'instruction, un supplément d'enquête a été ordonné par le tribunal, mais la liberté provisoire que le défenseur de l'inculpé demandait pour son client a été refusée.
Le 23 octobre 1922, alors qu'il est de nouveau localisé par l'armée à Paris, au 15 de l'avenue de Messine, une pension de 15% lui fut octroyée pour la perte de son index et les reliquats d'une intoxication au gaz. Mais l'adjudant de réserve fut cassé de son grade en 1924 et ramené au rang de soldat de 2e classe.
Au recensement de 1926, Georges et son épouse ne figurent plus au 15 de l'avenue de Mesinne.
Georges Lemaréchal meurt à Rouen en 1928, âgé de 34 ans. On ne lui connaît pas de descendance.
Sa veuve ne se remariera pas. Selon la tradition familiale, Augustine Lemaréchal vécut de ses charmes tandis que sa belle-sœur, Denise, connaissait une spectaculaire ascension place Vendôme, au-dessus de chez Boucheron. Elle mourut à Yvry-sur-Seine le 21 janvier 1971.
Le 2 août 1914 débute pour lui sa campagne aux armées du Nord. 24 août : combats de Charleroi, 29 août : Guise. Puis première bataille de la Marne. Le 27 septembre 1914, il est nommé caporal.
En 1915, Georges est de l'offensive en Artois. "Le 5 juin a enlevé ses hommes à l'assaut avec une belle crânerie". Ainsi est-il cité le 25 à l'ordre de la division. Le 26, il est nommé sergent en recompense de sa bravoure. Mais le 15 octobre 1915, il est blessé par balles et perd son index à Neuville-Saint-Vaast. On le rapatrie vers l'intérieur.
Le sergent Lemaréchal repart au combat du 11 juillet au 19 décembre 1916 à Verdun puis du 17 janvier au 20 avril 1917 en Lorraine... Bref, il alterne les périodes aux armées avec celles à l'intérieur.
Georges était dans une unité combattante lorsque, bénéficiant d'une permission, il se marie le 21 février 1918 à Paris.
Georges Lemaréchal a rencontré en effet une femme de 12 ans son aînée, originaire du Cher, gérante au 15, avenue de Messine. Dans cet immeuble luxueux vit notamment Désiré-Lucien Le Thierry d'Ennequin, entouré d'objets d'art qu'il léguera à quelques musées. Marie Augustine Bouret est la fille d'un cultivateur illettré. Les deux parents de la mariée sont déjà décédés lorsqu'elle prend Georges pour époux. Aigustine est de longue date dans la capitale. En 1911, elle passe une curieuse annonce dans l'édition européenne du New York Herald.

Comment diable notre Poilu a-t-il fait connaissance avec cette Parisienne d'adoption. En rendant visite à sa sœur Denise, déjà dans la capitale ? Elle à à peine 20 ans et ne figure pas sur la photo. Augustine est-elle sa marraine de guerre ? La date du mariage est attestée par le maire d'Heurteauville, Charles Guérin. Celui-ci fut célébré par Gaston Drucker, adjoint au maire du 8e. Curieusement, Georges est dit cultivateur et résidant à Jumièges. Comme ses parents qui ont donné leur consentement par acte authentique. Or, Georges est toujours sous les drapeaux depuis son engagement volontaire en 1913. Il se marie même en uniforme du 129e RI avec ses deux décorations bien en vue. Car les seules photos que nous possédons de lui ont été sans doute prises le jour de son mariage. Les témoins sont Rose Grapin, 45 ans, cuisinière, 6, square de Messine, Marcel Coutant, 25 ans, employé de bureau, Croix de guerre, 53, rue de la Boëtie, Marthe Jacquet, épouse Despains, 40 ans, crêmière, 1, rue Mollien et Constantin Taulin, 32 ans, employé de bureau, 3, rue du Département.

Puis George repart au front. Le 13 juin 1918, il est blessé à la Ferme des logis. Fracture du radius gauche
Le 16 avril 1919, il est nommé adjudant. Le même mois, il pose pour une photo de groupe, entouré d'élèves caporaux, "souvenir de Landau", avril 1919." Il est donc en Allemagne. Georges porte un révolver à la taille.

Croix de guerre, médaille interalliée de la Victoire, il se retire après la Grande guerre au domicile de son épouse à Paris, 15 avenue de Messines, 8e arrondissement.
Quelle fut alors son activité ? Douteuse, manifestement. Bien qu'il ait été rayé par la suite, un premier jugement figure dans son dossier militaire. Il a été prononcé par la 10e chambre du tribunal correctionnel de la Seine le 4 mai 1921. 300 F d'amende pour spéculation illicite sur le coke. Délit très à la mode...
Puis il est condamné pour escroquerie par le tribunal correctionnel de Rouen le 15 septembre 1921. Au terme d'un jugement contradictoire, il écope de trois mois de prison avec sursis et 500 F d'amende. L'audience du 15 septembre fut présidée par M. Chalvon-Demersay et fit l'objet d'un compte-rendu dans le Journal de Rouen. Il y eut deux affaires de vol, un abus de confiance, trois plaintes pour coups et enfin la séance s'acheva sur une affaire d'escroquerie qui pourrait donc impliquer notre cousin. En voici l'article :
ILS SONT EN ALLEMAGNE !
"Ils", ce sont des alternateurs électriques, des rails, des bougies d'allumages et autres appareils d'électricité, des papiers d'affaires, qu'un pseudo-ingénieur se voyait réclamer hier par cinq plaignants qui lui avaient remis des sommes fort importantes pour l'achat de ces marchandises.
A l'audience, notre ingénieur, qui ne craignait pas de dire que les plaignants étaient des menteurs, expliqua que le tout était resté en Allemagne et n'en pouvait sortir, par suite de prohibitions du gouvernement allemand.
La véracité de ses dires n'ayant pas été vérifiée à l'instruction, un supplément d'enquête a été ordonné par le tribunal, mais la liberté provisoire que le défenseur de l'inculpé demandait pour son client a été refusée.
Le 23 octobre 1922, alors qu'il est de nouveau localisé par l'armée à Paris, au 15 de l'avenue de Messine, une pension de 15% lui fut octroyée pour la perte de son index et les reliquats d'une intoxication au gaz. Mais l'adjudant de réserve fut cassé de son grade en 1924 et ramené au rang de soldat de 2e classe.
Au recensement de 1926, Georges et son épouse ne figurent plus au 15 de l'avenue de Mesinne.
Georges Lemaréchal meurt à Rouen en 1928, âgé de 34 ans. On ne lui connaît pas de descendance.
Sa veuve ne se remariera pas. Selon la tradition familiale, Augustine Lemaréchal vécut de ses charmes tandis que sa belle-sœur, Denise, connaissait une spectaculaire ascension place Vendôme, au-dessus de chez Boucheron. Elle mourut à Yvry-sur-Seine le 21 janvier 1971.
b)
Charles Lemaréchal,
1896-1946, né
à Duclair, c'est un garçon aux cheveux blonds,
mesurant 1,78 m. D'abord
employé de culture, il fit la Grande guerre de 1917
à 1919. Chauffeur en 1925, il habite Yainville en 1929. Puis
on le retrouve à
Jumièges, rue du Passage en 1934. Il est
agriculteur en
1937. Mort à 50 ans à Jumièges, il aurait, m'a-t-on dit, fini ses jours en 1946 à la ferme des îles, cette magnifique maison de maître, près de la Seine, au regard de l'abbaye. J'en doute mais laissez-moi rêver. Époux de Marie Barbey (1894-1961) Charles eut un fils, Jacques, marié à une fille Choulan. Il est dit aussi que ce fut plutpot lui qui exploita la ferme des îles mais, aurait prétendu Jacqueline Macchi, il aurait "mangé la grenouille". Il mourut en tout cas à Nantes le 5 février 1997. Dont descendance, je suppose...
c) Denise Lemaréchal,
dite Marchall, 1898-1960, eut un
destin plus heureux.
A Paris, elle vécut
avec Gaston Darmon
que l'on disait de
la famille du célèbre tennisman, Pierre Darmon.
Denise fut mannequin puis, en
1926, dirigea un salon de couture au N° 26 de la place
Vendôme, au dessus du
bijoutier Boucheron. Elle est douée pour le dessin sur pied,
autrement dit l'art
de façonner une robe directement sur la cliente. Belle,
très élégante, elle
présente elle-même ses créations et sa
sœur Lucienne travaille à ses
côtés. Ma
mère a 15 ans quand elle vient les rejoindre pour y
apprendre le métier. Et se
faire mannequin à l'occasion. L'atelier ferma avec la
guerre. Je me souviens
des retours de Denise à Yainville. Elle y revenait environ
une fois par an. Au
sortir de la messe, elle me demandait de l'accompagner
jusqu'à chez mon père.
Je descendais la rue aux côtés de cette grande
femme impeccablement coiffée et
quelque peu mystérieuse. Il émanait de son
manteau de fourrure un parfum
enveloppant. Ses yeux était fort beaux. A la maison, mon
père lui servait deux
doigts de porto et elle sortait de son sac le paquet de bonbons
enveloppés de
papier violets qui m'était destiné. Paris... La
grande dame de Paris...
d) Marc Lemaréchal,
1904-1935, était marié
à Marguerite
Lefèvre,
née en 1908 à Sainte-Marguerite-sur-Duclair. Il
mourut dans l'explosion de
l'usine de produits électrolytiques, à
Claquevent
,
où son oncle Pierre Chéron, comptable de
l'entreprise,
fut également blessé. Sans enfants, Marc laissait
une
veuve de 27
ans qui allait se remarier à son cousin par alliance,
Bernard
Chéron, passeur du bac de Yainville
e)
Lucienne
Lemaréchal, née
en 1910, dite
Lily. Elle a une curiosité parmi ses prénoms :
celui de
Yves. D'abord petite
main dans l'atelier
de sa sœur, elle présentera les collections et
sera
photographiée par Denis Manuel, l'un des professionnels les
plus
demandés par les ateliers de couture. Après son
épopée parisienne, épouse de Roger
Barbey,
Lucienne tint une épicerie
à Sigy-en-Bray, canton d'Argueil, au
nord du département. Je me souviens de nos visites dans
cette caverne d'Ali Baba.. Un
paradis peuplé de bocaux qui servaient d'écrins
à d'inaccessibles sucreries.
Lucienne me permettait d'y plonger la main. Elle était douce
et gaie. Roger
Barbey, poissonnier de son état, avait le regard clair et
l'humour au bord des
lèvres. Quand il est mort, en 1966, Lucienne
se serait retirée à Saint-Martin-de-Boscherville
dans
la maison de ses cousins
Chandelier, au bas de la côte de Canteleu. Elle est
décédée le 9
janvier 1991 à Oissel.
3) Julia
Chéron, dite Juliette. J'évoque la
vie de ma grand-mère dans le chapitre consacré
aux carrières Silvestre.
Née à Guerbaville, elle décéda peu de temps après son mari, Emile Mainberte, durant la guerre de 14, à Yainville, soit d'une tuberculose transmise par son époux, soit d'une grargraine après une plaie mal soignée en allant ramasser du "manger à lapin". Elle a tenu le café du Passage de 1909 à 1918. Se enfants se trouvant orphelins furent recueillis par des tantes à Saint-Martin-de-Boscherville puis émigrèrent à Paris. Seule ma mère revint au pays.
4) Pierre
Cheron,
1875-1959. Nous
lui consacrons
un
chapitre.
C'est le poète de la
famille mais l'on ne connaît que trois textes de lui. Entiché
d'histoire
locale, il aurait pu mourir avec son neveu dans la catastrophe de
Claquevent ou encore à la Libération quand sa
maison d'Heurteauville fut bombardée. Il anima une
association
d'anciens combattants de la presqu'île et fut conseiller
municipal d'Yainville. Il y est
décédé dans les barraquements
d'urgence derrière chez moi. Je suis sûr qu'il
avait dans ses archives des écrits dont on ignore le sort.
5) Gustave
Chéron,
1877-1936, Né
à
Heurteauville, il est mort à Yainville alors qu'il
était
adjoint au maire et organisateur de la fête patronale.
Passeur du
bac de
Yainville, il habitait à Claquevent. Son épouse,
Adèle Rotou, 1880-1964, née à
Orival, est morte à Yainville chez son fils Bernard.
Le couple a eu
deux enfants.b) Louis, 1917-1959, né
et
enterré à Yainville, employé SNCF
à Montauban.
6)
François
Chéron, 1878-1904.
Paul
Carré,
l'instituteur de 25 ans et Pierre Thirel, cultivateur de 53 ans, furent
les témoins de sa naissance à Heurteauville. Mon
arrière-grand-père, toujours qualifié
de batelier, déclara ne savoir signer. La légende
familiale voulait que, Marin d'Etat, il disparut au Tonkin à
26 ans. En fait, c'est son frère Pierre qui fit la guerre
d'Annam. Lui est mort de tuberculose à Duclair
après
avoir été évincé de la
Royale.
François figure sur la liste
électorale de Duclair de 1903 avec la qualité de
marin et réside au hameau de Saint-Paul. Martine Chéron, 1880-1907. Native d'Heurteauville, elle épousa Einar Topp à Duclair le 15 mai 1907, un ingénieur métallurgiste norvégien venu travailler à la clouterie Mustad.
En 1881, le marché français se ferme aux gros exportateurs norvégiens de clous de cheval. Alors, l'entreprise Ole Mustad, fondée en 1832, vient s'implanter à Duclair. L'agriculture libère une main-d'œuvre docile, le train passe ici, il y la Seine, l'Austreberthe... A partir de 1891, Clarin Mustad, un des fils du fondateur, monte l'usine. Mathias Topp, ingénieur, inventeur qui fait la fortune de la famille Mustad, est à ses côtés.
Le
premier clou
est
fabriqué
le 15 novembre 1894. Mustad compte alors 200 employés. Dont
une trentaine de
scandinaves qui logent au bourg dans des maisons rachetées
par l'entreprise.
Puis dans une cité dominée par le"
château" de Clarin Mustad. Chaque matin, à 4h, le
père
Lhuillier, d'Anneville, allume
la chaudière après avoir traversé la
Seine à la rame. Les secrets de fabrication
sont jalousement gardés. La concurrence, l'espionnage entre
clouteries font
rage. Une cloche, deux portes protègent l'entrée
des ateliers. Réformées, les
machines sont enterrées à l'usine. Fils du bon génie des Mustad, Einar Topp et Martine sont de la dizaine de couples de nationalité mixte qui se forment. Mariage insolite selon le rite luthérien, sans la consécration du curé de Duclair. Le mariage eut lieu en mai 1907.
Puis
Martine suivit son
mari à Gjøvik,
en Norvège. Elle est morte cinq mois après son
mariage.
La tradition familiale veut que Marie, sa sœur, soit
venue à son chevet. Veuf, Einar se consola dans ses
bras.
Marie rentra accoucher à Rouen. Sa fille fut reconnue mais
Topp
demeura en Norvège. Il est à penser que son
père,
l'ingénieur le plus puissant du pays, s'opposa à
toute
union avec ces Normandes tout comme il s'était farouchement
opposé à la vocation de photographe de sa propre
fille,
Marie Topp. 8) Marie Chéron, 1884-1966, Les témoins de sa naissance furent les mêmes que ceux de sa sœur Martine, Cuffel et Pestel. Elle est née au hameau du Passage du Trait où son père est batelier. Mais il armait alors un bateau à la pêche fraîche. Elle alla donc au chevet de sa sœur Martine, en Norvège, et eut un enfant de son beau-frère, Einar Topp. Marie vécut un temps à Saint-Martin-de-Boscherville où elle était couturière; Puis elle reprit le café du Passage, à Yainville, après la mort de ma grand-mère. Elle possèdera aussi le café de l'église d'Yainville. Elle a fini ses jours dans la maison située à l'arrière de l'établissement.
9) Suzanne
Chéron,
1885-1967,
Les témoins civils
de sa naissance furent l'instituteur d'Yainville, M. Milliot et Aimable
Betembos, cordier. Elle s'est mariée à St Martin
le 22-10-1906 à 11h du matin avec Ulysse Raoul Chandelier
né à St Martin le 14-04-1881, charcutier
âgé de 25 ans, fils majeur d'Ulysse
Léon Chandelier, charcutier et de feue Sidonie Albertine
Faure décédée à St-Martin
le
11-11-1893. Suzanne Alphonsine Chéron née
à Yainville le 02-08-1885, couturière
âgée de 25 ans domiciliée en cette
commune (Yainville), fille majeure de Pierre Delphin Chéron
de Pascaline Adelaïde Mauger, cafetiers domiciliés
à Duclair . Les témoins sont : Jacques Mahaut,
maréchal-ferrant, beau-frère du futur.
Léon Chandelier 24 ans frère du futur. Pierre
Chéron, 31 ans sous-brigadier des douanes demeurant 3 rue
Racine à Rouen, frère de la future. Gaston
Poulard 37 ans, grainetier demeurant à St-Martin,
beau-frère de la future.Epouse Raoul Chandelier, 1881-1969, facteur en bois d'abord chez Bardel. Ils habitaient la dernière maison sur la gauche avant la montée de Saint-Martin-de-Bosherville vers Canteleu. Il fut capitaine des pompiers de Saint-Martin. Cette compagnie composée de gros effectifs existait depuis les nombreux incendies qui, de 1871 à 1874 avaient dévasté plusieurs habitations. Deux fills : Eva et Simone, morte jeune. Toutes deux montèrent à Paris avec leurs cousines Mainberte.
Nous-nous rendions épisodiquement chez les Chandelier. Raoul impressionnait les enfants. Il avait le teint jaune. Hépatite. C'était, comme tous les personnages que nous venons d'évoquer, un être d'une grande gentillesse.
