Gustave Chéron (1877-1936)
Il
débuta sa
carrière sur le Quevilly. Quand, en
1896, le
fameux quatre-mâts barque est construit aux chantiers Laporte
de
Grand-Quevilly, il a 19 ans. A bord
de ce voilier, la vie de Gustave Chéron aura
été
à dure mais de bonne école. Il réalisa
plus
tard une maquette en bouteille de son navire que conserva
religieusement son
fils.
Durant sa carrière, il le reverra souvent passer sous ses yeux, le navire de ses jeunes années qui remontait la Seine chargé de pétrole.
Un autre navire dont se souviendont les anciens: c'est le Felix-Faure qui, de mai à septembre, assurait la liaison entre Rouen et Le Havre. Et ce, de 1896 à 1936. Il succédait à toute une série de "passagères", ainsi nommait-on ces bateaux et le premier avait été le Duchesse de Berry, en 1821. Les passeurs se devaient d'aller chercher où conduire les voyageurs à bord des vapeurs lors de leurs escales.
En 1900, les passeurs sont payés comme ouvriers sans spécialité : 30 F par mois à Yainville plus 60 de nourriture. Le passage justifie pourtant d'une certaine rentabilité avec la traversée chaque matin de 25 ouvriers travaillant rive droite.
Son père étant parti commander le bac de Duclair, Gustave Chéron avait 23 ans quand s'ouvrit un siècle nouveau. Et c'est à Duclair qu'il se maria, le 18 septembre 1901, avec Adèle Blanche Rotou, une fille originaire d'Orival. Allez savoir pourquoi, on la surnommera Tante Marie-Gus. Il lui faudra mettre au monde quatre enfants morts-nés avant de pouvoir élever deux garçons: Bernard et Louis. Dans le quartier, il y a aussi les Mainberte. Ses cousins...
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La maison de Gustave Chéron et d'Adèle Rotou, dite "Tante Marie-Gus". C'est l'une des habitations du village de Claquevent qui fut rasé après-guerre. Marie-Louise Mainberte et son mari, Marius Hangard, leur succédèrent un temps dans cette habitation. |
Le bac de Yainville allait se développer avec les activités qui s'implantent à Claquevent: la centrale électrique, la savonnerie, l'huilerie... Mais aussi avec les chantiers navals du Trait. Chaque matin arrivent des ouvriers. A pied, à vélo...
De cinq ans en cinq ans, une commission fluviale accorde à Gustave le pilotage du bac de Yainville par adjudication. Il fut le dernier passeur de Yainville à la rame. En plus de la barque pour les piétons, le passage d'Yainville fut doté d'un plateau pour les voitures à chevaux. Pénible métier. Il faut parfois une demi-heure de traversée. Le passage d'animaux remuants, de trop forts courants peuvent s'avérer une épreuve.
Le 23 mars 1904, la péniche française Bienfait d'une mère remorquée par L'Hermine alla buter, à la suite d'une embardée, contre un 3 mâts anglais au mouillage, à 700 mètres en amont du passage d'Yainville. Une énorme voie d'eau s'étant déclarée, la péniche sombra instantanément. Cette péniche fut remise à flot et ramenée à Rouen le 27 avril.
Un vieux de la Seine
Avant les années 20, les enfants d'Heurteauville fréquentent l'école d'Yainville. Alors, ils prennent le bac matin et soir. Aux grandes marées descendantes, par fort courant, il faut, sur la rive d'Heurteauville, haler le bac sur 300 mètres en amont pour lui permettre de compenser le courant et arriver ainsi, en biais, à la cale d'Yainville. " Alors les gamins de l'école, raconte un ancien à Alain Joubert, tout le monde tirait dessus, tirait le bac avec la corde... et puis le père Chéron dit:
— Bon, ça va suffire pour traverser, tout le monde à bord !
On prenait la corde, tout le monde sautait là et puis après, fallait sauter sur les avirons. Tous ceux qui voulaient passer, ils sautaient sur les avirons. Puis, allez, vas-y que j'te tire pour juste avoir la cale de l'autre côté."
Parfois, par vent d'ouest, le passeur établissait une voile sur le plateau, "parce que le père Chéron, c'était un vieux de la Seine, alors il mettait une voile là. Alors, il y avait encore un inconviénient parce que... il voulait pas démolir le bac en arrivant dans la cale, fallait pas arriver 'core trop vite, mais y connaissait tellement les astuces des courants et des remous et puis tout ça y savait".
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Le remplacement du bac à rame par un bac à moteur date de 1921
Le bac d'Yainville allait bientôt être équipé d'un propulseur. En témoigne cette délibération du conseil municipal de Jumièges datée de 1921. "Monsieur le maire donne lecture d'une lettre du conseil municipal d'Heurteauville demandant l'avis de l'assemblée pour obtenir le remplacement du bac à rame du passage d'Yainville par un bac à moteur. Le conseil, considérant que les relations entre la rive gauche et la rive droite seraient facilitées par ce remplacement, émet un avis favorable."Ce qui fut fait. Mais immédiatement, cette même année 1921, la commune du Trait loucha sur cette nouvelle embarcation. On venait d'avoir l'idée de créer un marché dans la cité des chantiers. Les élus traitons demandèrent alors que le bac à vapeur d'Yainville vienne remplacer le bachot à rames traiton. Arguments: la Seine y est moins large, le courant moins fort. "Il y va de l'intérêt des ouvriers qui travaillent aux chantiers et des cultivateurs." La demande resta lettre morte sur le bureau du préfet.
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Le
16 août 1926,
une tragédie
mit en émoi tous les passeurs. Ce jour-là, le
charbonnier Bortwick
percuta le bac de
Caudebec démuni de feux. Son patron, Le Verge, avait bu. Quatre
morts...
La veuve d'un mécanicien, Vincent, intenta un procès
contre la société des bacs de Duclair, Caudebec et la
Mailleraye. Elle le gagna.On le verra plus loin, la navigation avait ses risques. A commencer pour les usagers lorsque leur voiture descend la courte cale de Yainville à forte déclivité et rencontre la contre-pente du tablier.
Pour suivre: Bernard Chéron ►
Sources
Jean-Pierre Derouard (Un passage de la Basse-Seine, Jumièges, Les Gémétiques, 1993, Bacs et passages d'eau, Berthout, 2003).
Le XXe siècle des enfants en Normandie, Marthe Perrier, Corlet.
Martial Grain: registres des délibérations de la communes de Jumièges.
Archives Quevilly, Chéron.



