Dès la Révolution, Yainville aurait pu avoir son école puisque la commune fut désignée comme centre d'enseignement pour la région. Faute de moyen, elle laissa passer cette opportunité. Voici l'histoire de la communale au XIXe siècle...


Raconter l'histoire de l'école d'Yainville au XIXe siècle, c'est d'abord rendre hommage à M. Olivier, nommé instituteur communal à Duclair en 1818.
Vingt ans plus tard, médaille d'argent de l'académie pour l'année 1834, Jean-Baptiste Olivier compte 140 enfants dans son école.
« Son dévouement pour l'enseignement mérite les plus grands éloges », lance en 1837 le bulletin de la Société pour l’instruction élémentaire.
Ses succès sont tels, qu'il attire  à lui 
« les enfants des communes éloignées de plus de deux lieues ». Sans doute de Yainville donc.  Il est toujours disposé à rendre service aux instituteurs voisins, soit par ses leçons, soit par ses conseils.

Avec Le Trait

Le 28 juin 1833, la loi Guizot est formelle : « Toute commune est tenue, soit par elle-même, soit en se réunissant à une plusieurs communes voisines, d’entretenir au moins une école élémentaire.» Justement! La commune du Trait nourrit depuis longtemps le projet de construire une maison d'école. Mais cela coûte cher. Alors, en 1835, elle engage des pourparlers avec Yainville pour une réalisation commune. Yainville préfère se tourner vers Jumièges qui a déjà sa maison. Mais le comité supérieur de l'instruction publique oblige Yainville à s'unir au Trait qui "ne peut à elle seule subvenir aux besoins d'une école." De là suivirent de nombreux démêlés entre l'instituteur traiton et la municipalité de Yainville qui oubliait de le payer.

Qui sont ces enseignants ? Ils doivent avoir au moins 18 ans, posséder un certificat de capacité et un certificat de bonne vie et mœurs.

En 1842, le préfet produit un rapport sur l'instruction primaire dans l'arrondissement de Rouen. Il montre que Yainville reste l'une des cinq communes sans école. Elle ne semble donc plus réunie au Trait.

Avec Jumièges...
Le 13 novembre 1851, le conseil se retrouve pour commenter une lettre du préfet. Des enfants d'Yainville fréquentent alors l'école de Jumièges. Or, cette dernière commune souhaite que Yainville "soit astreinte à payer à l'instituteur pour l'instruction des indigents". En 1851, les conseils municipaux  fixent les tarifs dans les écoles. C'est tant pour apprendre à lire, tant pour lire et écrire et encore un supplément si vous voulez savoir compter. En revanche, l'école est gratuite pour les indigents.
Pour le préfet, la commune d'Yainville ne peut être dispensée de cette obligation qu'en ayant sa propre école. Se réunir à une commune voisine pour assurer et financer l'instruction primaire ? Impensable. Envoyer les enfants au Trait présenterait un danger, argumente le maire. Il faut, sur trois kilomètres, prendre la grand route fréquentée par de nombreuses voitures, notamment publiques, aux heures où les enfants vont ou reviennent de l'école. Même distance pour se rendre à Jumièges. Là, une très longue plaine est à traverser qui présente aussi ses dangers. 

Les élus yainvillais optent donc pour la création de leur propre école et s'appuient sur la loi pour obtenir une aide financière du Département, notamment quant au logement de l'instituteur.

Le conseil estime à 30 le nombre d'enfants concernés. Dix recevraient un enseignement gratuit. Les parents des autres paieraient. A raison d'un franc par mois sur dix mois d'études, voilà qui dégagerait 200 F. Le vote de 3 centimes addistionnels sur les quatre contributions apporterait 80 F supplémentaires. Total  : 280 F. Or le traitement de l'institueur s'élèvera à 600 F. Le Département devra donc régler la différence. On est persuadé cependant que des enfants des communes voisines fréquenteront l'école d'Yainville, ce qui diminuera d'autant la contribution départementale.

Langlois, premier instituteur

L'école en 1891
L'école fut un temps dans l'actuelle rue Pasteur, maison occupée plus tard par le capitaine Chéron.  L'école fut aussi  à l'angle des rues Pasteur et Jules-Ferry.
Le 10 février 1852, le préfet demande à Yainville de délibérer sur le budget scolaire prévu pour l'année suivante. Or il n'y a toujours pas d'instituteur à Yainville et nos élus s'estiment dispensés. Les choses s'accélèrent alors. Le 20 février, le préfet autorise la création d'une école à Yainville. Le 1er mars, on vote les 3 centimes additionnels. Le 1er mai, le conseil autorise le maire à louer pour trois ans une maison qui servira au logement de l'instituteur et à la classe. A condition que le montant annuel du bail n'excède par les 100, 110 F...
Ce fut Pierre Constant Langlois, 21 ans qui remplit cette fonction. L'installation d'un instituteur faisait l'objet d'une cérémonie à laquelle participait... le curé ! C'est ainsi que Langlois fut installé officiellement le 16 novembre 1852 :

"Nous, maire de la commune d'Yainville, nous sommes transportés en la maison d'école de la dite commune et, vu la lettre de Monsieur le recteur de l'académie en date du 4 courant qui nomme le sieur Langlois Pierre Constant instituteur communal d'Yainville, en vertu de la délégation à nous délivrée par Monsieur le recteur en date du 15 courant, avons, en présence des membres du conseil municipal soussignés et de Monsieur le desservant aussi soussigné procédé à l'installation du sieur Langlois Pierre Constant instituteur de notre commune..."

Langlois ne resta que trois ans à Yainville. Il
mourra en 1897 à Dulair.

Loisel, Beauvisage


Auguste Eléonore Loisel fut nommé par le préfet le 25 août 1855 et installé le 1er octobre suivant. L'abbé Houlière, célèbre chansonnier, participa à la cérémonie présidée par Lafosse maire, en compagnie des conseillers Duval, Pierre-Paul et Thomas Grain, Sécard, et Thuillier.
"Je jure obéissance la constitution et fidélité à l'Empereur..." A peine installé, Loisel fut appelé trois semaines plus tard à un autre poste et remplacé le 1er octobre par Joseph Beauvisage. Les mêmes participants, avec cette fois l'adjoint Mabon, Pinguet et Lafosse père, firent de nouveau la cérémonie d'installation dans la salle de la mairie.
L'école était alors installée chez la veuve Aubé ainsi que le logement de l'instituteur. Le bail arrivant a expiration
en 1862, l'école fut installée à titre provisoire dans la ferme du maire, Jean-Augustin Lafosse.

Gacoin, Breton, Blanchard...


En février 1863, voici Victorien Stanislas Gacouin qui jure fidélité à l'Empereur. Il percevra 700F de salaire. Le maire est toujours propriétaire du bâtiment qui accueille la mairie-école.
Il perçoit pour cela un loyer. Mais les locaux sont jugés vétustes. L'école déménage à la Saint-Michel de 1864 pour une maison appartenant à M. Caron.

En novembre 1865, nouvel instituteur en la personne de Nicolas Désiré Breton, 47 ans
. Il aura une trentaine d'élèves des deux sexes. En 1867, la loi du 10 avril exige qu'ils soient séparés. Impossible, répond la commune; 260 habitants, c'est trop peu. On crée cette année-là des travaux d'aiguille et Mme Breton, née Marie Clothilde Courtier, les dirigera une heure par jour. Le couple a un fils de 22 ans. On encourage la pratique de la gymnastique. Des haltères sont achetées en 1872.

En 1873, Edmond Blanchard succède à Breton.
Il a 45 ans et est l'époux de Marie Loisel dont il a un enfant de 11 ans.
Le bâtiment qui sert à l'enseignement est dans un état défectueux et le préfet s'en émeut en 1876. Mais que faire ? La commune n'a pas les moyens de l'améliorer d'autant qu'il appartient à la veuve Houssard.
1877, la commune est mise en demeure de construire une nouvelle école. Reste à trouver le terrain. Son achat intervient un an plus tard avec un emprunt de 4.000F. Puis les plans sont approuvés en 1879. Suit l'achat du mobilier, tant pour les classes que pour la mairie.

Henry Bazille


1881-1882 : alors que Blanchard est remplacé par Henry Basille, 23 ans, l'école primaire, gratuite et laïque devient obligatoire pour les enfants âgés de 6 à 13 ans. Une loi était votée. Mais nombre d'enfants n'iront jamais à l'école. Ou de façon épisodique. On a besoin d'eux pour les travaux des champs. Pour arrondir les fins de mois.

Henry Basille, le nouvel instituteur, s'est marié à la Bouille le 13 septembre 1880 avec Mélanie Clotiau... Le couple aura un enfant en 1882 à Yainville et l'instituteur du Trait, Edmond Féret, sera témoin. 

Le 23 août 1882 mourut à Yainville un instituteur retraité, François Pierre Mabon, natif de Bliquetuit, il s'était marié en 1824 à Yainville avec une Delépine, morte en 1872. Mabon avait été nommé en 1820 instituteur au Trait par le maire de cette commune, Tiphagne. Le recteur d'académie ordonnait aussitôt une enquête auprès du juge de Paix de Duclair. Elle fut défavorable. Mabon est né, dit le magistrat, "dans une contrée de ce monde gangrainée de tous temps du plus redoutable libéralisme."Et d'ajouter que pendant les Cent-Jours, un dénommé Mabon avait persécuté le curé du Trait. Mais c'était son frère... Mabon a exercé jusqu'en 1926, date à laquelle il devint conseiller municipal du Trait. Etabli à Yainville et voisin de Lesain, au manoir de l'église, Mabon devint son adjoint en 1839. Il fut de ceux qui s'opposèrent à la restauration de l'église abandonnée alors. Il avait pour cousin Jean-Louis Lafosse, gros contributeur de la commune qui, lui, était favorable au projet. Il démissionna en 1846 avec Lesain, désavoué par ses administrés.

Paul Millot


A la rentrée de 1883, Paul Milliot, 24 ans, devient instituteur communal à Yainville. Il est membre de la société normande de géographie.
A Ry, en compagnie d'un autre érudit, Léon de Vesly, il va faire une surprenante découverte: 
Madame Bovary
 la pierre tombale de Madame Bovary !  

En 1885, Millot est toujours en poste. Le 28 juin, vers 16 h, un incendie se déclare dans la maison qu'il occupe, attenante à l'école et la mairie. Le feu de la cheminée de la cuisine enflamme une poutre qui communique l'incendie au plancher de la chambre à coucher. Millot étant absent, le sinistre a le temps de faire son œuvre avant que l'alerte soit donnée. Les pompiers de Jumièges arrivent mais ne pourront sauver le mobilier de l'instituteur. On ne retrouvera pas non plus l'argent qu'il conservait chez lui. Les registres de l'état civil sont en revanche épargnés.
Drame à l'école du Trait


En janvier 1890, les corps de Jusles Hippolyte Breton, 28 ans et de sa mère sont découverts dans un petit cabinet attenant à leur habitation. Ils sont morts asphyxiés par un réchaud de charbon de bois emprunté à des voisins.
Breton était instituteur au Trait depuis quinze jours, venant de Vattetot. Quant à sa mère, elle sortait depuis peu d'un asile d'aliénés. Marié, Breton était séparé de sa femme. Manifestement dérangés, l'instituteur et sa mère présentaient les signes d'un grand découragement et l'entourage ne fut qu'à demi surpris de ce drame. Conseiller d'Arrondissement depuis peu, le Dr Maillard, de Duclair, fit les constations légales avec les gendarmes.

Le maire de l'époque, Emile Silvestre, patron des carrières d'Yainville, a des libéralités pour l'école. En 1887, il offre 27 volumes aux écoliers. Le 14 juillet, M. et Mme Silvestre organisent un goûter pour les enfants et distribuent  des drapeaux,  des lanternes et  des jouets. Puis Milliot repartit à Ry mais garda un pied à Yainville. C'est ainsi qu'en 1896, il sera témoin de la naissance de ma tante, Thérèse Mainberte, en compagnie du nouvel institueur d'Yainville, Charles Hébert qui nous arrive fin 1887...



La
mairie-écoleLa plus ancienne photo connue. Elle date de 1891. Ma grand tante Marie Chéron est à l'extrème gauche. Tous les autres enfants restent à identifier. L'instituteur est Charles Hébert, 26 ans.

En 1891, Charles Hébert vit en compagnie de sa sœur, Angèle, 24 ans, qui exerce le métier de couturière. Sans doute est-ce elle qui encadre les enfants à gauche... En février, M. Hébert demandait un crédit de 25 F pour faire l'acquisition d'une carte murale de la Seine-Inférieure. Ce qui fut fait et l'on remercia le préfet en mai.

Machisme sous Hébert !

1898 : Hébert pousse à la créaction d'une Société de secours mutuels, refusée lors d'une délibération antérieure. Les ouvriers yainvillais gagnent suffisamment pour s'acquitter d'une cotisation. En cas d'accident, ils bénéficieraient plus que l'aide médicale gratuite et ce ne serait pas à la charge de la commune...
A la demande du préfet, nos élus doivent choisir en août. Soit conserver l'instituteur, Charles Hébert, qui enseigne à 60 élèves en classe unique et assure le secrétariat de mairie, soit le remplacer dans ces deux fonctions par une jeune institutrice. On conservera l'instituteur, même s'il coûte plus cher. "Il est à craindre qu'une jeune institutrice soit peu apte à se mettre vivement au courant des divers services."  Non, on ne voit pas une femme gérer 60 élèves, assurer l'administration d'une commune qui dispose d'une gare, d'un télégraphe, d'une carrière de 80 ouvriers où les accidents sont fréquents et où une vingtaine de bateaux à fond plat ont leur port d'attache. Sans compter la quinzaine d'enfants assistés.
On souhaite donc que l'instituteur actuel "soit maintenu le plus longtemps possible et qu'en cas de départ il soit remplacé par un autre instituteur." Le machisme avait encore de belles années devant lui. Pourtant, Charles Hébert s'était marié avec une institutrice, Elise Rachinel, 34 ans. On voit d'ailleurs d'autres institutrices de Duclair signer comme témoins l'état-civil de Yainville en 1898 : Louise Letorey, 24 ans, Anne Bécam, 22 ans, Archangéline Girard, 25 ans...

La mairie-école                La mairie-école sous un autre angle
La mairie et l'école furent regroupées en un seul bâtiment. La première était auparavant rue Jules Ferry, la seconde rue Pasteur. Deux vues du nouveau bâtiment.

En 1898, la classe de couture compte 29 filles. En 1900, le Ministre du  Commerce décerna une médaille de bronze à M. Hébert "qui s'est particulièrement distingué pour sa propagande en faveur de la caisse nationale  des retraites pour la vieillesse".

Lucas Petit

En mai 1902, Hébert fut nommé par arrêté préfectoral à Clères tandis que nous arrivait Lucas Petit, venant de Bradiancourt.Portrait En ce début du siècle, on réalise déjà des  portraits individuels. Ici, pour l'année scolaire 1904-1905, voici deux sœurs de Claquevent : Marguerite Mainberte, six ans et Thérèse Mainberte, neuf ans. On remarquera le titre : Université française ! Mais aussi les banderoles : Sciences, Arts, Littérature. Agriculture, Commerce, Industrie...


Accusé de vol

Hélas, Lucas Petit ne laissera pas de bons souvenirs. Sur plainte de Bruneau, cultivateur à Yainville, l'instituteur et secrétaire de mairie est arrêté par les gendarmes de Duclair et conduit chez Deligne, le juge d'instruction, à Rouen. Trésorier de la société de secours mutuel, Petit a, depuis son arrivée dans la commune, détourné en deux ans la somme de 1.200 F. Dès les premier interrogatoire, l'instituteur reconnaît les faits et avoue avoir falisfié diverses factures. L'affaire fait grand bruit dans le canton. Chargé de famille, Petit ne se privait de rien.
Le 5 juin 1904, ce fut l'assemblées général de la Société spoliée. Elle pouvait entrevoir l'avenir grace à la générosité de donateurs : Mme Silvestre, Eugène Guilbert, deux figures des carrières d'Yainville, Mustad et fils, le maire Costé, Henri Denise, MM Lemoigne, Godard ou encore un anonyme...

Petit quittera Yainville. Plus tard, il réclamera un arriéré de salaire. La réponse sera négative. Il demandait aussi qui lui soient restitués certains objets laissés après lui au moment de son départ. Le conseil ne l'entendit pas de cette oreille, "les affaires communales, surtout le budget, ont souffert de la présence de M. Petit par suite de la confection de faux de toutes sortes. Beaucoup de signatures ont été contrefaites par lui dans le but de toucher certains mandats ou de faire croire au paiement de certaines factures qui sont réclamées maintenant et restent à la charge de la commune. De plus, la société de secours mutuels d'Yainville dont M. Petit était trésorier est celle qui a le plus souffert de la conduite indigne de cet homme. En effet, des vérificatins faites après l'arrestation du dit trésorier, il résulte que cette société se trouve largement atteinte dans sa vie même par suite de détournements évalués à près de 1.200 francs." Enfin, le mobilier réclamé a été enlevé par la famille Petit affirme le maire qui s'en remet au jugement du préfet pour affecter l'arriéré à la caisse de secours mutuels.


M. Pioli


Le 24 décembre 1904, Georges Pioli, nouvel instituteur, offre une soirée instructive et récréative aux habitants. Mme Silvestre, veuve du patron des carrières, est encore là. La salle de classe peine à contenir tout le monde. Pioli donne une conférence intitulée "Expédition au pôle" sur fond de projections. Suit une saynète interprétée par les élèves : "De plus en plus fort". Enfin, deux jeunes gens firent un tour de chant désopilant.

Le mardi 24 janvier 1905, à la sortie des classes, Mme Silvestre procède encore à une distribution de jouets. Le correspondant du Journal de Duclair y était : "et c'était plaisir de voir en rangs les petits bambins armés l'un d'un fusil, l'autre d'un pistolet, tandis que les plus grands emportaient précieusement un cinématographes, des boîtes de compas et de peintures,, pressés de rentrer chez eux pour essayer leur locomotive, leur tir etc. De leur côté, les filles, non moins favorisées, avaient à choisir parmi les ravissantes poupées, les belles boîtes à ouvrage, ou les paniers utiles dans lesquels se trouvaient glissées d'agréables surprises. Rendons hommage à cette généreuse bienfaitrice qui ne cesse de prodiguer ses bontés aux enfants de notre école publique."

En janvier 1905 fut renouvelé pour trois ans la délégation cantonale de l'enseignement primaire : Dr Allard, conseiller municipal à Duclair, Andrieu, maire de Boscherville, Bellard, instituteur retraité à Fréville, Couvreur, ancien instituteur d'Yville, Goimbault, conseiller municipal à Duclair, Guibert, à Yainville, Huchen, Varengeville, Hulin,  Berville, Lattelais,Saint-Paër, Ménielle, Duclair, Pigache, maire d'Anneville, Riquier, instituteur honoraire à Sainte-Marguerite.

En mars 1906, Pioli. signe avec Emile Mainberte, l'acte de décès d'un nourrisson de l'assistance placé à Claquevent chez mon grand-père. L'anticléricalisme bat alors son plein. A la rentrée de septembre, Pioli reçut une circulaire l'invitant à veiller à ce que nul emblème religieux ne figurât dans son école.

  Puis vint Monsieur Vimont...


 
Journal l'Avranchin, 7 mai 1910 :

PUBLICATION.  — M.  Emmanuel-Paul-Ernest  Vimont,  instituteur,  domicilié  à Yainville,  et Mlle Marcelle-Alice-Charlotte-Louise  Adrien,  domiciliée  à Mortain.

1911-1912

Année scolaire 1911-1912. Ont été reconnus, de bas en haut et de gauche à droite: X, épouse Beyer, Juliette Fessard, Germaine et Louise Acron, Berthe Grain, Roger Bruneau, Edwige Lévêque, Georgine Beyer, Louise Lefebvre, épouse Lépron, Raymond Mainberte, Germaine Acron, X Bénard, Henri Bruneau, Marie-Louise Mainberte, épouse Hangard, Louise Grain, épouse Colignon, Louise Lévêque, Lucie Grain, épouse Lévêque, Yvonne Lévêque, Blanche Bénard, Marguerite Mainberte, René Lévêque, Emile Mainberte, X Renieville...
1913-1914

Année scolaire de triste mémoire: 1913-1914. De gauche à droite et de bas en haut, seuls ont été identifiés X Lépron, X Brosse, Madeleine Beyer, épouse Van de Per, Joseph Grain, Léon Grain, Marguerite Bénard, épouse Thiollent, Roger Bruneau, X Fessard, Berthe Grain, Germaine Acron, Hélène Mainberte, Louise Lefebvre, épouse Lépron, Germaine Beyer, Henri Beyer, Emile Mainberte, Raymond Mainberte, Marie-Louise Mainberte, épouse Hangard, Juliette Fessard, Blanche Bénard, Yvonne Lévêque, Louise Grain, Marie Deconihout, Louise Acron...

Sur ces deux images, nombre d'élèves restent à identifier.


Et ce fut la Grande Guerre !

Durant ces quatre années, le village s'est vidé de ses hommes. Eustache Délogé, le garde-champêtre et l’instituteur  assurent seuls la gestion communale. A cent ans, Germaine Acron se souvient: « Il avait le cou de travers. Et ce handicap lui a sans doute valu de ne pas être mobilisé... » 

Dans les souvenirs d’enfants, les maîtres d’école de ce temps là sont souvent durs. Très durs. « Monsieur Vimont était violent. » Si bien que Germaine finit par refuser de fréquenter l’école. Il faudra toute la diplomatie de son oncle, le garde-champêtre, pour amener Vimont à plus de clémence. 

L’instituteur assure aussi les fonctions de secrétaire de mairie. C’est lui qui délivre les cartes d’alimentation, procède à la distribution de saccharine, de savon noir contre la gale. Un jour, il refuse une aide à la maman de Germaine qui ne peut payer le médecin. Motif : elle possède une vache. Cette fois, c’est le Docteur Allard qui vient sermonner Vimont. 

Un peu plus bas que la mairie-école, face à la maison de briques rouges qui fait l’angle avec la sente aux Gendarmes, un refuge accueille les gens de passage. Eustache Délogé les y enferme le soir et les délivre au matin. Ses occupants traversent alors la route pour venir vider leur seau de nuit dans le baril qui sert d’urinoir aux garçons de l’école. Les filles, elles, bénéficient de toilettes à fermeture. Parfois, les gendarmes montés viennent contrôler les occupants du refuge.

Un temps, les enfants d'Heurteauville fréquentaient notre école et prenaient ainsi le bac deux fois par jour. Ils le tiraient eux-mêmes à la corde puis souquaient sur les avirons, au grand bonheur du passeur, Gustave Chéron.


Le 16 avril 1917, on lut aux écoliers de Yainville un message du président Wilson mais aussi le rapport du sénateur Chéron sur les atrocités allemandes. Un discours signé Viviani faisait suite à ce réquisitoire. Chéron! Les enfants ont sûrement pensé au passeur du bac. Le 5 novembre, on lut cette fois un hommage à Guynemer, abattu aux commandes de son avion sur le front des Flandres. 

Monsieur Sanson

Vimont exerça aussi les fonctions de garde-chapêtre de juillet à décembre 1918. On lui octroya une indemnité. En février 19, on fit appel à un maçon de Sainte-Marguerite, M. Simon, pour pallier au fait que l'eau de la citerne de l'école, servant à l'instituteur et aux élèves, n'était pas potable. Quant à la pompe, elle ne fonctionne pas.

Vimont fut nommé à Saint-Osvin, dans la Manche, en juillet 1919. Il fut remplacé par M. Samson. Le 10 décembre de cette année-là, approuvé par le conseil municipal, le bureau d'assitance décida d'accorder une paire de galoches à certains enfants : Léon Grain, Marcel Delestre, Emma Acron, Léon Maupoint, Marcelle Lecroc, René Lefebvre, Bernard Chéron (futur capitaine du bac), Lionel Lefebvre, Solange Wesolowski, Lucienne Vallet, Andréa Mainberte (ma maman) et Lucien Landrin.

1921. La scolarité est alors obligatoire de 6 à 13 ans. Durant l'été, il y eut une telle sécheresse que l'on fut dans l'obligation de forer un puits pour alimenter l'école en eau potable.

Le nouveau maître règne sur une classe unique. Relisons ici les souvenirs de Louis Acron: « L’instituteur, Monsieur Sanson, avait été gazé pendant la première guerre mondiale. Quand il avait trop de mal à respirer, sa femme lui apportait son fauteuil. Mais il n’était jamais absent. Il n’admettait pas les absences des élèves. Si l’un d’eux ne se présentait pas, il partait à bicyclette, à la récréation, pour connaître le motif de l’absence. S’il le trouvait en train de jouer, il le ramenait avec lui. La bicyclette restait toujours prête au pied de la barrière. Ce maître était très exigeant sur la politesse. Il questionnait les habitants pour savoir si tel ou tel enfant disait bonjour et enlevait bien sa coiffure.
Quand Monsieur Sanson devait s’absenter quelques instants, il appelait sa femme pour surveiller les enfants. A son retour, celle-ci dénonçait toutes les petites « bêtises ». Aussi, les enfants ne l’appréciaient pas trop. » Louis et son copain Lionel ont trouvé un moyen de se venger. Chargés de ramasser les œufs pondus sur des bourrées difficiles à atteindre, il en cassaient un de temps à autre et avertissaient aussitôt Madame Sanson :

Madame ! Madame ! Les rats ont encore mangé un œuf ! » L’instituteur se faisait alors réprimander par l’épouse : « Léonce ! Il y a encore un rat. Occupe-toi de le détruire ! »

Les deux compères avaient fait chacun le serment de ne jamais révéler ce méfait. Même s’ils venaient à se fâcher. Promesse tenue : Madame et Monsieur Sanson n’en ont jamais rien su. L’instituteur utilisait aussi une sanction utile. « L’élève puni, raconte Louis, devait promener un aimant dans la cour pendant toute la récréation pour ramasser les clous à galoches, très nombreux à cette époque. Sinon, ce maître ne battait pas les élèves. Il avait une baguette… »

Marceau Edde vivait derrière le café du Passage tenu alors par Marie Chéron. Louis se souvient aussi que, vers 1923, l’hiver, Marceau amenait en brouette à l’école un pauvre garçon sans pieds : Armand. C’était un « burotin », autrement dit un enfant de l’assistance. Il était en pension chez Mme Colignon. On l’allongeait parfois au bord de la côte de Jumièges. Quand venaient à passer des touristes anglais, l’infirme montrait ses jambes. Il en recueillait quelques pièces. Et s’achetait ainsi des « bôbons »...

Monsieur Sanson fut l'un des premiers Yainvillais à posséder  une automobile. Une 4 CV ! Pas la célèbre 4CV. Mais une petite cylindrée. Dans la nuit du 12 au 13 juin 1930, à 23h30, Sanson rentrait chez lui quand, près de la gare du Trait, il découvre deux hommes à terre et une moto disloquée. Sanson stoppe peu après la voiture de Poirée, garagiste de Caudebec et va prévenir les gendarmes de Duclair pendant que Poirée reste sur les lieux. Bientôt arrivent le Dr Bourlange, le maire, Pestel. Bernard Lacaille a été tué sur le coup, Marcel Lecret, père de trois enfants, est très grièvement blessé. Ils revaient de chez Quevaine, jardinier à Canteleu, quand ils ont percuté l'arrière d'un camion effectuant des transports pour Bruneau Gilles, du Trait.

En décembre 1930, la collecte faite par les jeunes Lastennet et Frémont au profit des pêcheurs bretons a donné 225F. Les enfants de l'école ont déjà vendu 130 F de timbres antituberculeux. 

Monsieur Piard


En 1934, M. Piard dirige l'école des garçons. Cinq années passent. Ce devait être la der des der. Voilà déjà une nouvelle guerre. En 1941, on décide d'acheter à des fins scolaires un terrain alors loué à la veuve Levreux. L'école de Yainville fut pour deux bons mois le lieu de détention de quatre otages après le sabotage des lignes téléphoniques de la plaine de Duclair. MM Hardy, adjoint du Trait, Horion, chef d'équipe de l'Immobilière, également Traiton et puis deux Duclairois: MM Baron et Guérin.



La classe de M. Piard à la Libération (Collection : Amadio Da Pozzo)







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