Les Normands de Paris ! Dans la capitale, ils restent des provinciaux. Dans leur pays, ils ne sont plus chez eux. Suivons une famille de déracinés : les Mainberte...

Des Mainberte, ce fut Marguerite qui fut la première à monter à Paris. Elle était veuve d'Arthur Guillaumet décédé à Monchevrel, dans l'Orne, en 1926. Marguerite va travailler chez Fritz Kobus puis, refaisant sa vie avec un Espagnol, elle va tenir un café 160, avenue de Paris.

Dans la capitale, une cousine va aussi servir de tête de pont aux Mainberte : Denise Lemaréchal, née à Yainville en 1898. Après avoir été mannequin, Denise dirige un salon de couture au N° 26 de la place Vendôme. Son atelier est au dernier étage de l'hôtel de Nocé qu'occupe le joallier Boucheron à l'angle de la place et de l'amorce de la rue de la Paix.

On va le voir, la montée de Normands à Paris donne lieu à une extrême mobilité. Mais ils demeurent peu éloignés les uns des autres. Près de 100.000 Normands vivent alors dans la capitale. Ils ont leur journal, Le Normand de Paris. Des cafés rappellent la verte province. Les Mainberte eux, ne perdront pas le contact avec leur pays d'origine.

Thérèse et son mari, Marie-Louise seule et Andréa rejoignent Marguerite en 1926.

Thérèse Mainberte, après son départ de Boscherville, est localisée avec son époux dans le XVIIe au 83, avenue de Clichy en 1927. Deux devantures encadrent la porte d'entrée. L'immeuble compte six étages dont le dernier mansardé. Très marchande, l'avenue de Clichy est l'artère des Nouvelles Galeries et du bazar des Batignolles, on y trouve la gare du train de ceinture, une station d'autobus, le théâte Moncey... 
D'abord garçon boulanger, Jules était devenu peintre en bâtiment. Selon Solange Mainberte, Thérèse tiendra peu de temps un café à Charenton où la résidence du couple est fixée, en 1929, au 69, rue des Carrières. 
Dans les années 30, Thérèse allait se séparer de Jules Bruneau.
Le jugement de divorce fut, dit-on, prononcé à l'insu de l'épouse par jugement du 29 mars 1934. Jules Bruneau était domicilié 86, rue des Archives à Paris en 1932. Etait-il encore en compagnie de Thérèse ? Après son divorse, on le retrouvera en tout cas au 95, boulevard Bessières, dans le XVIIe, en 1935. C'est sans doute là qu'il est mort en 38. Quant à Thérèse, on la retrouvera concierge rue Grandville, à Saint-Mandé et elle se remariera le 26 avril 1941 avec Rémy Constant, mon parrain.  Alors âgé de 43 ans, il exerçait la profesion de chauffeur-livreur et trépassa six mois après mon baptême en décembre 53. En 1972, Thérèse vivait toujours dans sa minuscule loge de concierge où j'ai effectué quelques séjours enfant. Un serin un cage y luttait contre des émanations de gaz. A l'étage était un personnage appelé Madame Courbaton. Thérèse est décédée à la maison de retraite de Fontenay-sous-Bois en avril 1981 après avoir fait don de son corps à la médecine. Elle a légué à sa nièce Raymonde une lettre que lui avait rédigée sa petite sœur et filleule avant de mourir en 1914. C'est le plus ancien écrit de la famille Mainberte. J'en suis aujourd'hui le dépositaire.

Marie-Louise Mainberte
, épouse Hangard, vivra aussi rue des Carrières selon Solange Mainberte et fut caissière chez Fritz Kobus.
Formé à la centrale électrique de Yainville, Marius, son mari, aura plusieurs adresses successives. Le 26 juillet 1927, on le trouve à Ivry-sur-Seine, 13, boulevard Sadi-Carnot. Le 7 juillet 1930, il est localisé au 37, rue de la Seine, à Alfortville. Le 9 décembre 1931, le voilà domicilié à Maisons-Alfort, 27, rue de la Ferme. Christian, seul enfant du couple, naît le 10 avril 1932. Le 6 juin 1933, les Hangards habitent 25, rue Cécile, toujours à Maisons-Alfort. Le 14 juin 1934, le couple est établi à Saint-Mandé, 12, rue Renault, où Marie-Louise tiendra un emploi de concierge jusqu'à sa retraite.

Emile Mainberte
, muté de la centrale d'Yainville à celle d'Ivry en 1928 grâce à son beau-frère, Marius Hangard. Il habite brièvement à Alfortville puis la rue des Carrières, au 54, où Solange Mainberte est née en 1929. Alors qu'Emile travaille toujours à la centrale il occupe avec sa famille une loge de concierge, Chaussée de l'Etang, à Saint-Mandé, en 36, ils habitent peu de temps 9, rue Jeanne-d'Arc. Cette adresse figure sur le faire part de mariage de ma mère. "Les frères et sœurs de Mademoiselle Andréa Mainberte ont l'honneur de vous faire part de son mariage avec Monsieur Raphaël Quevilly et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera donnée le samedi 30 octobre à midi en l'église Notre-Dame de St-Mandé." Le repas fut servi au restaurant du Zoo, 54, rue Jeanne-d'Arc, la nuit de noce au City Hôtel, 81, rue de la République. La famille d'Emile accédera par la suite à un pavillon, rue Delaporte, à Maisons-Alfort. A 55 ans, en 1958, Emile prend sa retraite d'EDF et s'établit à Port-Navalo, dans le Morbihan. Il meurt à Kerjouanno en 1961 d'un cancer de la gorge.

Raymond Mainberte
, charretier à Boscherville, aurait travaillé à la centrale de Vitry en 1929 avec Marius et habitera d'abord dans les HLM d'Alforville où nait son 3e enfant. Au 21 janvier 1940, date de délivrance de son permis de conduire, il est localisé au 90, chaussée de l'Etang à Saint-Mandé. En 1960, son adresse est 14, rue Pelé de la Lozère, à Maisons-Alfort. Finit ses jours 143. rue du Maréchal-Leclerc à Maisons-Alfort.

Andréa Mainberte, ma mère, vécut avec tout ce monde et fut petite main et à l'occasion mannequin chez Denise "Marshal", place Vendôme.
Elle a 14 ans lorsqu'elle monte à Paris mais elle n'oubliera jamais Boscherville et rêvera longtemps de revenir y habiter. 

En 1928, une partie de la famille est au mariage de Maurice Legay et d'Alice Perruchet à Morsoult, dans le Val-d'Oise. Emile et son épouse, Thèrèse et son mari. Alice devient une amie. Originaire de la Nièvre, ses parents se sont établis dans la région parisienne.

Adrien Legay, frère de Maurice, habitait Charenton. Le 24 novembre 1930, il envoit une carte à Andréa : "En l'occasion de la Sainte-Catherine, je t'envoie mes meilleurs amitiés et te souhaite de trouver un époux le plus tôt possible pour nous faire aller à la noce. Bons baisers. André."

Andréa n'a que 18 ans et attendra encore. Adrien, lui, se marie l'année suivante. Les Legay complète le clan des Mainberte.

En 1934, le fils aîné d'Emile, Hubert, se rendit au préventorium du Tumiac, commune d'Arzon, presqu'île de Rhys. Le château du Raz accueille l'établissement. Emile va tomber amoureux de la région.Mais le 13 août de cette année-là, une catastrophe affecte la famille. Une explosion fait plusieurs victimes à l'usine de produits électrolytiques d'Yainville. Pierre Chéron, le compable est blessé par des éclats de verre. En rechanche, le Marc Lemaréchal est mort. Il laisse une veuve.

En août 1936, Andréa revint au pays. Elle fut accueillie chez Elise Deshayes, à Boscherville. 

Le 18 juin 1937 communie Jacqueline Macchi à Yainville. Andréa est présente. Hjoerdys tient alors que le café de l'église à l'enseigne de Macchi.

Le 30 octobre 1937 eut lieu le mariage d'Andréa et Raphaël à Saint-Mandé.

Un jour de 1939, Solange vint à Yainville. Avec Andréa, elle fut prise en charge par l'oncle Pierrre Chéron qui habitait sur la rive d'Heurteauville et chez qui elles se rendaient. Parvenue au milieu du fleuve, la barque fut la proie des vagues soulevées par le passage d'un cargo. Solange en a gardé la frayeur de sa vie.

Le 27 mai 1943 eut lieu la communion de Christian Hangard.

Le 4 juillet 1943, Thérèse apparaît sur une photo prise dans une ferme de Saint-Martin-de-Boscherville en compagnie des Deshayes.

SOURCES