Ou les Yainvillais du XVIIIe siècle

Par Laurent Quevilly


C'était au temps où la cloche rythmait la vie du village. Retrouvé tardivement, le vieux registre de la fabrique d'Yainville nous aide à retracer la vie quotidienne de nos ancêtres au XVIIIe siècle...

En ce XVIIIe siècle, l'église est la seule maison commune, le pivot central de la vie collective, l'endroit où se lisent en chaire les nouvelles, se colportent les potins, se désignent les collecteurs d'impôts... Bref, la fabrique, c'est un peu le conseil municipal avant l'heure.

Son trésorier est en quelque sorte l'ancêtre de notre maire. C'est lui qui gère les biens de la paroisse, ses rentrées financières, ses investissements. Il est désigné selon un turn over très rapide. Son mandat est en général d'un an.

Le conseil de fabrique se réunit quand besoin est après la messe dominicale, au son de la cloche. Il adopte des délibérations qui ne figurent pas dans le document que nous allons étudier. Mais il est la traduction comptable des décisions prises en commun.

Le "trésor" de l'église dispose d'un coffre où sont mis sous clef documents et fonds.

Le registre de la fabrique d'Yainville compte 178 pages. Il n'est entré aux archives départementales qu'en 2007.
En soulevant la couverture en vélin, mille petits détails vous assaillent. Mais d'abord, on parle gros sous...

La fabrique, au sein d'une communauté paroissiale catholique, désignait un ensemble de « décideurs » (clercs et laïcs) nommés pour assurer la responsabilité de la collecte et l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction puis l'entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse : église(s), chapelle(s), calvaire(s), argenterie, luminaire(s), ornement(s), etc.

Les membres du « conseil de fabrique » sont donc des administrateurs désignés plus spécifiquement par les termes de marguilliers et de fabriciens.

Les revenus de la fabrique provenaient, c'est ce qui est le plus connu, des quêtes et offrandes. Mais pas seulement : la location des places de bancs dans l'église, par exemple, était aussi un revenu régulier (bien souvent perçu annuellement à date fixe) pour la fabrique.


Plan de situation d'Yainville
Plan de situation d'Yainville dressé par Delavigne, arpenteur à Jumièges, en 1665.

Le budget de Saint-André


La première page du registre était restée vierge. Messire Poisson, qui fut curé d'Yainville en 1760, eut la bonne idée de nous dessiner le budget type de l'église Saint-André. Ses revenus annuels comprenaient :

1) des recettes fixes

Ce sont des rentes versées à l'église par des particuliers : 26# 14s.
Nous allons les voir en détail plus loin
La location des bancs de l'église : 8# 17 s.
Cette ressource budgétaire a été décidée en 1750 pour pallier au peu de revenus de l'église.

Soit un total de 35 # 11s.

2) des recettes variables

La vente des pommes du cimetière, bonnes et mauvais années, 12# en moyenne
La vente de l'herbe du cimetière : 1# 10 s.
La vente des cerises : 3# 10 s. Beaucoup de trésoriers disent "cerisses".
On y ajoute parfois la vente de bois et de boue.
Les quêtes que l'on appelle plat et tasse. 15#. Et plus précisément la quête du plat du trésor. La tasse, elle, est passée le jour de la messe de la sainte vierge.

Soit un total de 34 #.
Total des recettes fixes et variables : 67# 11 s.

Les dépenses annuelles comprennent des paiements obligatoires :

1) pour la cire des cierges, environ 25#. C'est un poste budgéraire très important et l'on s'adresse généralement au maître cirier de Duclair.
2) pour l'acquit des fondations, 17#. Ce sont les messes que célèbre le curé en contrepartie des rentes allouées par des particuliers pour le repos de leur âme.
3) pour le blanchissage du linge : 1# 16s. Une Yainvillaise s'en charge. Voire un Yainvillais.
Total : 43# 16s.
S'ajoute l'achat des registres de baptèmes, mariages et sépultures. Une année d'actes à Yainville tient sur trois ou quatre pages.
Lorsqu'il n'y a point de frais faits en outre pour l'église, précise l'abbé Poisson, il doit revenir de bon la somme de 23# 15s. chaque année.

Les rentes

Alors, quelles sont les rentes dont bénéficie l'église d'Yainville, quels en sont les bienfaiteurs. Le registre se poursuit justement par un état détaillé des contrats. Le plus ancien date de 1576 :

- Un contrat d'une vergée de terre et 19 sols de rente donnés par Marguerite Cavelier, le 28 août 1576, aux charges de célébrer tous les ans deux hautes messes et une basse, passé devant Pierre du Tour, notaire à Saint-Georges.
Qui était Marguerite Cavelier ? Elle était l'épouse de Marin Bertin. Le couple s'était uni à Jumièges le 8 octobre 1576. Il est permis de penser que Marguerite Cavelier trépassa peu après car un Marin Bertin se marie à Yainville le 16 juin 1578.

- Un autre contrat de 15 sols de rente par Jeanne Dumontier, femme de Guérin Ferment, aux charges de dire une basse messe par an, passé devant François du Saussay, notaire à Saint-Georges, le 27 d'avril 1622.
Un regard sur ce contrat permettrait d'en savoir plus sur ce couple.

- Le troisième est un contrat de trois livres de rente donnée par Monsieur Le Comte du Taillis à prendre sur Benoist et Jacques Bertin, aux charges de dire un libera & tous les dimanches après la messe & de payer cinquante sols au prêtre qui le dira, passé devant F. du Saussay, notaire à Saint-Georges.
Dans le dit contrat est une reconnaissance de Marie de Conihout, veuve de Félix Bertin et de Pierre Billet passée devant Pierre de la Vigne, notaire à Saint-Georges le 7 de juillet 1684.

- Le quatrième est un contrat de 16 livres de rente fondée par Charles Ballier aux charges d'une basse messe par semaine, le samedi, passé devant Pierre Duchemin, notaire à Saint-Georges, le 11 de mars 1689.
Charles Ballier habitait Yainville. Sa rente va traverser les siècles...

Nous verrons que, chaque année, les ayant droits des personnes qui ont fait fondation versent une somme d'argent dont la quasi totalité revient au prêtre qui célèbre l'office. A titre d'exemple, sur les 16 livres apportées par la fondation Ballier, 12 vont au curé.

Autres écritures appartenant au dit trésor.

- Une  forme de revalidation de Jacques Thuillier pour une partie de dix neuf sols de rente fait le 18 octobre 1700 attachée dans le contrat.
Un Jacques Thuillier s'est marié au Mesnil-sous-Jumièges le 21 novembre 1698 avec Anne Deconihout. Elle avait 28 ans, il en avait 42 et était probablement veuf.


- une rente de revalidation faite par Jean Levacher, tuteur de la sousage de Charles Duboys par 15 sols par an faite le 27 avril 1710, laquelle attachée au contrat de fondation,
Un Jean Levacher a épousé Marie de Saint-André à Jumièges le 1er juin 1693. Il était fils de Jean et Marie Landrin, elle était fille de Pierre et Marie Dubreuil.
Jean Levacher est mort à Jumièges le 3 juin 1724 à l'âge de 70 ans.
Un Charles Dubois s'était remarié à Yainville avec Marie Quenne le 15 février 1706. Il y est mort le 20 janvier 1709 à l'âge de 70 ans.
 

- une autre forme de revalidation par Richard Bertin de 60 sols de rente, lequel a promis passer contrat toute fois et quante, faite le 5 de mars 1710, accrochée au contrat de création.
Nous verrons en effet Richard Bertin s'acquitter chaque année d'une rente établie au nom du comte du Taillis.
Richard Bertin était fils de Félix et de Marie Deconihout, cités plus haut. Il épousa à Jumièges, le 5 novembre 1715, Anne Delametterie, fille de Pierre et Anne Landrin et dont il eut un fils dès le mois suivant. Richard Bertin est mort à Jumièges le 4 mai 1731. Il avait 56 ans.

L'inventaire de l'église

Le registre de fabrique dresse ensuite l'état des ornements.  On apprend que seize tableaux décorent Saint-André dont deux de grand format. Le mot chasuble est employé au masculin. Aucun objet ne rappelle l'existence de la confrérie de Notre Dame et de St André fondée en 1513. Le registre ne nous dit pas qui procède aux inhumations. En revanche, il nous apprend que les enterrements au sein même de l'église sont facturées au profit de la fabrique.

Le linge

Deux chasubles violets différents avec le devant d'autel.
Trois chasubles blanc, un par fleurs rouge et l'autre de fleurs rouges et vertes, un devant d'autel de la même couleur et un autre sans fleur.
Deux chasubles verts, un simple et l'autre par fleur avec un devant d'autel de damas aussi par fleurs.
Un chasuble rouge et un devant d'autel.
Un chasuble noir et un devant d'autel.
tous fournis d'étoles, manipulées et voilées avec sept bourses de toutes les couleurs.
Quatre devantures de credance blanche et une violette.
Cinq chappes, une verte, rouge, blanche, violette et l'autre noire.
Quatre tapis sur les autels et le train, un autre sur les coffres du trésor et une couvrine sur les fonds avec de la frange autour.
Un dés (dais) pour le saint sacrement et autour une dentelle d'argent.
Trois aubes dont il y en a une a dentelle, avec b.... et ceinture.
Quatre nappes fines, au bord d'une desquelles il y a de la dentelles, deux de toile rond, quatre essuie-mains.
Deux rideaux de toile blanche,
Quatre couverts d'image de toile avec celle du crucifix qui est peinte en noir.
Un voile et un tablier rouge de damas, deux autres voiles et un tablier blanc.


Les objets

Une bannière de damas rouge.
Un calice avec sa pataine d'argent.
Un ciboire d'argent dont le pied sert au soleil qui est aussi d'argent.
Quatre chandeliers de cuivre et dix de bois peint en rouge, une assensoire de cuivre.
Un missel, graduel et antifonien, deux processionnaires, un canon, un manuel.
Un plat et une tasse d'étain.
Seize tableaux dont il y en a deux grands, le premier de Nostre seigneur Jesus Christ, et l'autre de la Sainte Vierge.
Une croix de cuivre avec le pied.
Deux cierges de fer autour de l'autel.
Un bénitier et son aspersoir
Deux chopinettes d'étain.
Vol de nuit...

Plus tard, une main rajoutera en marge de cet inventaire : "de plus deux chasubles donnés par les sieurs religieux, un de damas noir...  et l'autre de plusieurs couleurs par fleurs pour le jour de l'Ascension... deux rideaux de damas... qui ont été donnés aussy par les sieurs religieux en lieu et place de  ceux de toile blanche qui ont été volés nuitamment dans l'église le 29 aoust 1712."

Le budget et l'inventaire de l'église étant précisés, le registre se poursuit par la visite des autorités ecclésiastiques. Chaque année, le grand archidacre, à défaut le doyen de Saint-Georges, vient inspecter la paroisse au nez des moines de Jumièges avec qui l'on se dispute des prérogatives sur cette église.

Les horaires des messes

Nous, grand archidiacre, dans le cours de notre visite, après avoir visite le Saint Sacrement avons ordonné que les comptes du trésor seront incessamment rendus et que le sieur curé dira la messe les dimanches et fêtes à 9h et demie ou 10h au plus tard... ce dix huit juin mil sept cent quatre.

De Tourouvre




Jean Armand de la Vove de Tourouvre vint visiter plusieurs fois l'église d'Yainville. Il fut nommé évêque de Rodez en 1716.


L'année suivante, ce fut le doyen de Saint-Georges qui effectua la visite et modifia les recommandations de son supérieur. Il appela les paroissiens d'Yainville à se rendre à la messe beaucoup plus tôt :

Le 16e octobre mil sept cent cinq, nous, doyen, après la visite du Saint-Sacrement et des fonts baptismaux faite avons ordonné pour la commodité publique ... que les messes des dimanches et fêtes seront célébrées à l'heure des premières messes depuis la St Michel jusque à Pâques à huit heures et depuis Pâques jusqu'à la St Michel à sept heures laquelle ordonnance sera lue au prône de la messe paroissiale de dimanche prochain, avons aussi ordonné que les comptes seront confirmés et adressés incessamment afin de les rendre pour être approuvés...

Cette même année 1705 furent validés plusieurs exercices budgétaires restés en souffrance. Examinons-les...

1696 : Nicolas Lefort

Nicolas Lefort, le bien nommé, avait été désigné trésorier pour l'année 1696. Voilà quatre ans qu'il occupait alors le manoir situé derrière l'église et qu'il louait au religieux. C'était donc l'homme fort du village. Ses comptes sont on ne peut plus basiques. Au titre des recettes, trois ressources immuables s'additionnent chaque année : le montant annuel des quêtes, ce que la fabrique a reçu en vendant du vin à Pâques et le produit des gerbes données à l'église. 

Au titre des "mises", autrement dit des dépenses, on mentionne le montant versé à Pierre Guiot, cirier, pour le luminaire. Ce nom réapparait dans les années qui suivent. S'y ajoutent quelques sols versés à l'archidiacre lors de sa visite annuelle, les frais d'encens, de balais et de savon, voire d'amidon, enfin une somme est consacrée aux registres de baptème.  

Nous sommes sous le ministère de l'abbé Duval. A cette époque, le budget s'équilibre autour de dix livres. Les comptes sont examinés, approuvés et signés par les habitants en présence du curé. Cette ratification intervient souvent plusieurs années après l'exercice. Anciens trésoriers, principaux habitants, ils sont une vingtaine à se réunir après messe pour approuver la gestion du compte de fabrique. Bénévolat et solidarité sont des notions inconnues. Greffe des arbres fruitiers, charriage de tuiles, le moindre geste en faveur de l'église est facturé. Pas un denier ne va aux indigents.

1697 : Charles Lambert

En ce mois de décembre 1705, on examina ensuite l'exercice budgéraire de Charles Lambert. A 51 ans, il était depuis décédé le 27 décembre 1700. Ce fut donc sa veuve, Magdeleine Landrin, qui présenta ses comptes. Ils ressemblent à ceux de Nicolas Lefort.

1698 : Valentin Lévesque

Même cas de figure. Ses comptes furent présentés par sa veuve, Catherine Dragin, le même jour que l'exercice Lambert. Là aussi, aucune dépense exceptionnelle.

1699 : Robert de la Fosse

Grande famille yainvillaise qui donnera un maire à Yainville au XIXe avec un record de longévité : 37 ans de mandat ! Les Lafosse ou Delafosse semblent cependant d'implantation récente. Comptes validés lors de la même session. Conformes aux précédents.

1700 : Pierre Guiot

Voici notre fabriquant de cierge ! Lui, son document comptable est nettement plus complexe. On note qu'il a exercé sous le ministère de l'abbé Duval, alors curé d'Yainville, et que celui-ci vient de décéder. Au titre des recettes, on voit apparaître un don de Pierre Delahaye, les rentes de Jacques Thuillier, de Jeanne Dumontier...
L'année où Pierre Guiot fut trésorier, on vit l'un de ses devanciers reprendre du service. Le
26 septembre 1700, les paroissiens de Saint-André de Yainville s'assemblèrent au son de la cloche après la messe pour élire les collecteurs de l'année 1701. Celui de l'année présente et ses consorts désignèrent Me Nicolas Lefort pour maître collecteur et porte bourse et pour second Jean Yet (Hiet) père, pour troisième François Brunet. Présent, Duval, prêtre de la paroisse assistait aux signatures.

1701 : Guillaume Talbot

Sous son mandat, des travaux de maçonnerie furent effectués à l'église par Vincent Baville et son manœuvre.

1702 : Olivier Allais

Durant son exercice, l'église et le cimetière firent l'objet d'un grand nettoyage. On note la vente de cierges par un certains Gallemand. C'était le nouveau vicaire d'Yainville et du Trait.

1703 : Pierre Delahaye

Si l'église vend ses pommes, son herbe et ses cerises, elle loue aussi la terre qui lui a été donnée par Marguerite Cavelier. Le bénéficiaire en est Pierre Delalonde.


1704 : Antoine Marette

On enterre toujours dans l'église moyennant une taxe au profit du trésor. Cette année-là, c'est le cas du sieur Degelleville qui donne 10 sols "pour la sépulture de son enfant". L'odeur est parfois insupportable, surtout durant les offices d'été.
L'abbé Cauvin étant l'exécuteur testamentaire de feu Messire Toussaint Duval, vicaire d'Yainville, on solda les comptes que ce dernier entretenait avec le trésor de la paroisse.
L'heure de la messe fut fixée à huit heures de la Saint-Michel jusqu'à Pâques et à 7h de Pâques à la Saint-Michel.

1705 : Martin Delafosse

Deux vieux pommiers furent vendus 25 sols. Nicolas Hautot en versa 20 pour la sépulture de sa fille dans l'église.

1706, 1707 : Nicolas Hautot

En 1706, on voit les sieurs religieux de Jumièges se fendre de 4 livres et 10 sols au profit du trésor. Duval étant mort, le pasteur est messire Gallemant.
52 sols allèrent à l'acquisition et la plantation d'entes dans le cimetière.
On fait appel par ailleurs à un "chaussumier", Anthoine Legendre. Ainsi appelle-t-on alors les chaufourniers qui fabriquent de la chaux dans les carrières sises près de la Seine. De grands travaux eurent manifestement lieu à l'église sous le mandat de Nicolas Hautot. De la tuile fut achetée à la femme de Nicolas Malezard, Martin Delafosse aida à charrier des pierres et du sablon.

Le cimetière, terrain de pâture

On voit sous cet exercice les bêtes paître dans le cimetière. Le 4 octobre 1707, lors de sa visite, l'archidiacre Tourouvre interdit cet usage. Il ordonne par ailleurs la réparation des vitres, tant de la nef que du chœur avant l'hiver. "et qu'il seroit fait un confessionnal". C'est enfin la fabrique qui paye l'enregistrement des collecteurs d'impôts désignés parmi les habitants.


1708 : Nicolas Bellay

La femme de Pierre Hiet fut inhumée dans l'église.  Ce qui généra 50 sols. De nouveaux ciriers apparaissent dans ces comptes. Wandrille et Romain Frocque, de Duclair.

1709 : Robert Lafosse

Il expédie les affaires courantes.

1710, 1711: Nicolas Bocquet


Son exercice eut lieu sous le ministère de Thomas Roger qui acheta les noyers de devant le  cimetière avec l'appui des moines de Jumièges ou encore le vin de la Pâques.

1712 : Martin Delafosse

Ce fut Frère Fontaine, cellérier de l'abbaye de Jumièges, qui apposa son visa sur les comptes. Le prêtre étant sans doute absent.  L'ouverture de la fosse de Valentine Prentout rapporta trois livres. Idem pour celle de la femme de Nicolas Hautot.

1713 : Pierre Levillain

Le 26 septembre, le grand archidiacre Tourouvre ordonna que la couverture et la vitre de la nef soient réparées avant l'hiver et que des barreaux de fer soient posés à une vitre, côté de l'épitre. Il ordonna encore que la couverture du clocher et son lambris soient incessamment réparés. Adrien Bénard, maçon, intervint effectivement sur l'église.

1714 : Martin Bachelay

Le doyen du doyenné de Saint-Georges ordonna la réparation des cloches à la diligence du trésorier. C'est Nicolas Chéron qui, désormais, verse la rente Cavelier.

1715, 1716 : Nicolas Malzard

Il avait deux frères établis à Yainville, Jean et Charles. Lui était l'époux de Jeanne Fortier. Cette famille ne fit pas cependant souche à Yainville.
On vendit le tuillot lors de la découverture de l'église. C'est maintenant Pierre Leveau qui loue la terre de l'église.
L'herbe du cimetière est achetée par le curé lui-même ainsi que les fruits. Les veilles cordes des cloches sont vendues pour en acheter de nouvelles. Outre Romain Froques, on fait à présent appel à Lemettais, cirier de Duclair.

1717 : Jean Lafosse

Il acheta aux religieux de Jumièges des tuiles et du plâtre employés sur la nef. On rétribua Pierre Delamatterie, maçon. Vingt entes furent plantées dans le cimetière par le sieur Cauvin.

Cinq victimes dans l'incendie

L'exercice de Jean Lafosse fut marqué par un fait divers tragique. 23 mars 1717: A 9h du soir, une maison prend feu. On retrouvera les restes calcinés de Barbe Vivien, veuve Dubois, 60 ans, Antoine Marette, 16 ans, Jeanne, 8 ans, Jean, 6 ans, Magdeleine, 3 ans. Ils furent inhumés le 25 mars.

1718 : François Brunet

Une lanière fut achetée pour la grosse cloche. Ce qui confirme que l'église d'Yainville possédait deux cloches avant la Révolution. Quatre pierres vinrent consolider la clôture du cimetière.

1719 : Pierre Hiet

On remarque que Romain Frocque, le cirier de Duclair ne se limite pas à fournir  des cierges. Il livre aussi de la chaux.
Signalons que le 26 juin, Pierre Busquet, de Villequier, fit son entrée au manoir d'Yainville pour succéder à la famille Lefort.

1720 : Martin Lafosse

L'ouverture de la fosse de Jean Lefort rapporta trois livres payées par sa veuve. Pierre Leveau loue toujours la terre de l'église mais lui vend en revanche de la cire en concurrence avec le maître cirier du bourg de Duclair. Le maçon passa plusieurs journées à couvrir l'église de tuiles et en paver l'intérieur. Il perçut douze livres pour sa peine.

1721, 1722 : Maurice Thiphagne

Laboureur et marchand, Maurice Tiphagne est une personnalité du village. Il occupera bientôt le manoir d'Yainville. C'est le sieur Busquet, le nouvel occupant du manoir, qui fond maintenant les cierges. Des entes furent encore plantées dans le cimetière.

1723 : Pierre Delahaye

L'ouverture de la fosse de Catherine Roger donna dix livres reçues des mains du curé. Elle avait 69 ans et vivait au presbytère.
Pierre Delahaye tarda à reverser à son successeur la rente Ballier et fut rappelé à l'ordre par le curé du Trait lors de la visite annuelle. Delahaye était fermier des héritiers de Charles Balliet. Durant toutes ces années, signalons que c'est Richard Bertin qui verse la fondation du comte du Taillis, Antoine Chrérien celle de Jeanne Dumontier, Nicolas Chéron celle de Marguerite Cavelier.

1724, 1725  : Martin Delafosse

La terre de l'église a changé de fermier en la personne de Valentin Lecocq. On se tourne à nouveau vers Jean Lemetais, maître cirier à Duclair. Encore des réparations de couverture. Ce sont toujours les réligieux qui fournissent les tuiles. De la pierre a été extraite du cimetière pour paver l'église et des travaux sur les murs sont intervenus. Nicolas Bocquet, maître chaussumier-plâtrier a fourni pierre, chaux et plâtre. Certains de ses matériaux sont allés aussi à la réparation du mur du cimetière ou de nouvelles entes ont été plantées. Un menuisier intervint également sur la chaire à prêcher. Farcher, le maître serrurier de Jumièges, vint réparer la serrure d'un coffre et plaça surtout six chandeliers autour de l'église. On fit l'acquisition d'un panier pour le pain bénit, d'un aspersoir, une étolle violette... Bref, Martin Delafosse a choyé son église et a charrié lui-même les matériaux.

1726 : Nicolas Lambert

La plus belle écriture du registre. Deux enfants furent inhumés dans l'église : Charles Thomas Tuvache, un an et onze mois et de Marie Anne de Cruaux, fille d'un marchand de Rouen. Elle était en nourrice chez Martin Delafosse. Une pratique courante qui ne s'éteindra qu'au XXe siècle. On accueillait notamment des enfants de l'assistance.
Noël Beaunet verse parfois pour Nicolas Chéron la rente Cavelier. Le nouveau curé est le sieur Lemasson.

1727 : Pierre Leviau

Rien de notable

1728 : Jean Baville

Martin Lafosse fils loue maintenant la terre de l'église. Geneviève Le templier raccomoda une aube. Originaire d'Alvimare, on la retrouve chez son neveu, Antoine Huppé, cabaretier à Duclair, où elle décède en 1754 à l'âge de 76 ans.

1729 : Jean Lafosse fils

Il fut élu pour remplir aussi les fonctions de marguiller et de syndic de paroisse. C'est manifestement le premier syndic qu'ait connu Yainville. Le maçon revint une journée travailler sur l'église. Les sieurs Bocquet et Tuvache firent ouvrir une fosse.

1730 : Henry Gosse

Le sieur Tuvache fit encore ouvrir une fosse dans l'église. Le même se porta acquéreur, par adjudication, d'un pommier... et d'une branche cassée ! Cette année-là, Richard Bertin ne paya plus la rente du comte du Taillis, étant dans un état de pauvreté extrême. Forcher revint livrer une clef et raccomoder la serrure du coffre du trésor. Le curé livra lui-même de la cire en plus de Lemetais. Jean Lafosse accomoda les arbres du cimetière. Notre trésorier sortit des fonds lors de la nomination des collecteurs. Il paya aussi pour "un billet de milice" en février et encore en octobre. Un billet de milice échoit par tirage au sort à un jeune garçon pour aller aux armées du roi, voire à la guerre.

1731 : Noël Beaunet


Ayant été aussi syndic avant de décéder, c'est son fils, Jean-Baptiste, qui rendit ses comptes trois ans plus tard.
Richard Bertin honora cette fois la rente du Taillis. Un processionnaire fut acquis auprès de "Mme Hérault, épouse de M. de Jore".
Il s'agit de Catherine Hérault, épouse de Claude-François Jore, ces libraires de Rouen qui eurent un procès avec Voltaire.
A noter que le 31 juillet, Charles Tuvache fit son entrée au manoir d'Yainville.

1732 : Jean Lafosse

On vendit du bois du cimetière et l'on procéda au raccomodage d'ornements.

1733 : Pierre Hiet

C'est le sieur Bertin, bourgeois de Rouen, qui verse la rente Ballier. Tuvache fit encore ouvrir une fosse pour un enfant. Quelques travaux de maçonnerie. Frais de billet de milice, achat d'un goupillon.

1734, 1735 : Jean Malzard

Exerça sous le ministère de l'abbé Ygou qui acheta quelques livres de chant. Malzard consacra une journée et demie à apporter de la tuile avec son cheval. Ce qui lui rapporta un peu plus d'une livre.

1736 : Pierre Cornier

C'est un certain... Laurent Quevilly qui verse la rente dûe par Richard Bertin.

1737 : Pierre Lafosse

Il fournit lui même les cierges. Deux vieilles cordes sont vendues pour en acheter des neuves. Martin Lafosse répare le mur du cimetière, Maurice Tiphagne s'occupe des pommiers. Achat d'un marteau, d'un "vipillon".
Le curé de Petitville, doyen de Saint-Georges effectua la visite le 7 décembre. Il souhaita des livres pour l'office.

1738 : Maurice Tiphagne fils


Quelques travaux de couverture. Maurice Tiphagne était marchand de chaux. Peuplée de 120 familles, la paroisse du Trait-Yainville s'étend sur 500 hectares. 300 sur le Trait, 200 sur Yainville. Pouchin, le nouveau prêtre de la paroisse, arrive en avril.

1739 : Pierre Quesne

Mme du Taillis versa dix livres. Acquisition d'une chopinette. Quelques travaux. Quesne fournit de la chaux et des chandelles. En l'absence du vicaire, c'est le cellérier de l'abbaye, frère Lepicard, qui signera le bilan comptable le 5 juin 1741 de même que celui de Pierre Grain.
En avril Pouchin déclare être en exercice depuis un an et ayant été trois mois malades. Il n'est pas titulaire de la succursale et ne perçoit que 150 livres des religieux. Ses registres sont irrégulièrement tenus et il est condamné à l'amende sera remplacé bientôt par Mulot.

1740 : Pierre Grain

Encore un goupillon. Grain fournit du sable.

1741 : Charles Tuvache

Marie Neveu blanchit le linge. Laurent Guiot répare le coffre du trésor. Guillaume Siméon en façonne la clef.

1742 : Nicolas Lambert

Il est dit sans son rapport qu'une terre a été donnée à l'église par le comte du Taillis et qu'elle est louée 3 livres à Martin Lafosse. Or on retrouve à l'exercice 1745 le même Lafosse louant les terres données par Marguerite Cavelier.
Messire Delarue, nouveau curé, célébra les messes de la fondation Ballier.

1743, 1744 : Jacques Baville

Jean Lafosse verse la rente Cavelier. Bertin, de La Mailleraye, celle du comte du Taillis. C'est le curé Delarue qui achète les pommes du cimetière. La sépulture de Charles Bocquet et celle de sa veuve rapporta dix livres chacune. Raccomodage de la cloche. Achat d'un plat d'étain, d'un manuel, d'un bonnet, de deux boisseaux de plâtre à Maurice Tiphagne fils. On paya Martin Lafosse pour les tuiles et le travail fourni à l'église. Le sieur Foutrel se chargea du blanchissage du linge.

1745 : Pierre Leveau

Deux boisseau de plâtre vendus par Maurice Tiphagne sont employés sur l'église.
Acquisition d'une corde pour la cloche.

1746 : Jean Delépine

Foutrel blanchit toujours le linge. Cauvin, desservant et curé du Trait dit les messes de fondation. Et encore un goupillon, et encore une journée de maçon.
Cette année, Maurice Tiphagne fils, marchand plâtrier demeurant en la paroisse de Yainville, obtint les fours à chaux appartenant aux religieux et tenus auparavant par l'infortuné Pierre Haley Il. signa son bail le dimanche 17 avril 1746 devant d'Epouville, dom Abraham Lambert, le cellérier et deux témoins de Jumièges: Louis Carpentier, menuisier, et Jacques Boutard, marchand. Les conditions: 25 mines de chaux, livrables aux frais du preneur, la mine valant 20 sols. Une mine est une mesure de capacité pour les matières sèches qui équivaut à un peu plus de 78 livres.
Membre d'un fratrie d'au moins six enfants, ce Maurice Tiphagne était marié à Anne Levillain. Il était fils d'autre Maurice et de Françoise Bachelay. Une vieille famille yainvillaise. On les retrouve dans ce registre.

1747 : Pierre Levilain

Sept livres allèrent à une "niche à exposer le Saint-Sacrement". En ces années, le vin de la Pâque n'apparaît plus au titre des recettes. Mais dans le chapitre des dépenses à titre d'acquit.

1748 : Jean Delafosse fils

Maurice Tiphagne père verse la rente du comte du Taillis. 

1749 : Guillaume Lambert

2 livres sont dépensées pour "chaufouir" les arbres du cimetière.

1750 : Jean Levillain

Pour la première fois apparaît au titre des recettes les loyers d'un banc de l'église au profit du trésor. Celui-ci a été adjugé à Maurice Tiphagne fils. On voit aussi "reçu pour deux pots de vin 11 sols". Jean Lafosse a greffé les cerisiers. Cloche et chaire ont engendré des frais.  Travaux de couverture : trois chevaux ont apporté des tuiles achetées à Guillaume Campigny, de Duclair. Maurice Tiphagne père a planté six poiriers dans le cimetière tandis que son fils a vendu plâtre et chaux pour l'entretien de l'église. Martin Lafosse et un manœuvre sont intervenus sur la maçonnerie de l'église et le mur du cimetière.

1751 : Michel Leveau

La pièce de terre de l'église est maintenant exploitée par Guillaume Lambert. On fait cette fois état de quinze bancs loués à l'église. "Reçu pour six pots de vin restant de ce qui est donné aux habitants par Messieurs le religieux de Jumièges pour la Pâques la somme de 27 sols." On vendit le vieux fer de la cloche. On lui remit un montant de bois et une coupelière de cuir  à ses marteaux.  Achat d'un "vipillon pour semer l'eau bénite".

1752, 1753, 1754 : Pierre Quesne

C'est son fils, tuteur de ses frères et sœurs, qui rendit ses comptes en avril 1756. Sous son mandat se poursuivirent des travaux de restauration.

Deux chapelles dans l'église

Lors de la visite du 22 juin 1754, il est ordonné qu'un missel nouveau sera acquis dans les trois mois après quoi, il sera interdit de faire usage de l'ancien. Les deux chapelles colatérales étant en mauvais état, il est également défendu d'y dire la messe tant qu'elles ne seront pas restaurées. Quelles sont ces deux chapelles ? L'une aurait été fondée par Jean Justice, chanoine de Bayeux, vers 1420. L'autre aurait été fondée par Jean Poisson, vers 1500, et s'appellerait N.-D. de Gelleville, ou de Gédeville, du nom d'un fief situé dans l'Eure. L'église d'Yainville étant de dimensions modestes, ces deux chapelles colatérales devaient se résumer à un autel et quelques ornements flanqués sur les murs de la nef. Elles disparurent après 1800.

 En 1754 eut lieu une transaction entre l'abbaye et la cure du Trait-Yainville au terme de laquelle les religieux de Jumiège "jouiront seuls de toutes les dîmes d'Yainville, mêmes des novales, des dîmes de fruits, laines et autres dîmes domestiques que le sieur curé percevoit au lieu d'Yainville; pour le dédommagement desquelles dîmes de laines, fruits et autres dîmes domestiques, les religieux, outre la compensation faite du Trait de Gravenchon à lui cédé, lui paieront annuellement et à ses successeurs une pension de cent livres aux termes de Noël et de Saint-Jean-Baptiste, à condition que le dit sieur curé et ses successeurs continueront, comme ils y sont obligés, de faire desservir, à leurs frais et sans aucune contribution de la part des religieux, les églises d'Yainville et du Trait pour la célébration du service divin et administration des sacrements, et qu'il demeurera chargé des réparations du manoir presbytéral d'Yainville, après qu'il aura été mis en état."

1755 : Michel Levillain

Outre la quête du plat du trésor, des recettes proviennent de la tasse présentée lors de la messe de la sainte Vierge. Le total des recettes s'élève maintenant à 65 livres. A comparer avec le 10 livres au début du registre.

1756, 1757 : Maurice Tiphagne

Il est noté aussi comme syndic. La vente en bourrées des sept ormes du presbytère et de quelques branches de l'if du cimetière produisit trois livres et neuf sols. Les vieilles cordes furent vendues pour racheter des neuves. Le cimetière fut nettoyé, le presbytère replanté. On répara les aubes du trésor. 25 entes furent plantées et butées et l'on compta "un jour d'homme à greffer". Une quarantaine de livres allèrent à la fourniture et la façon du lambris des deux bouts de l'autel et à un devant d'autel blanc et rouge. Des dépenses sont inscrites pour deux chopinettes d'étain et de verre et deux chandeliers de cuivre pour le maître-autel. On raccomoda le rouet de la grosse cloche. Un mille de tuiles et quelques faitiers ainsi que cinq boisseaux de chaux servirent à la couverture. Enfin on fit raccomoder les vitres et placer deux panneaux neufs au bas de la nef.

1758 : Pierre Leveau

Il régla deux journées de charpenterie, une à recouvrir les arbres du cimetière et fit raccomoder une chappe.
Bougeard, curé de Montigny, doyen de Saint-Georges, fit la visite le 26 septembre.

1759 : Guillaume Lambert

Laboureur, il exerça son mandat sous le ministère de Pierre Nicolas Poisson.  C'est à ce moment que Maurice Tiphagne fut évincé du manoir d'Yainville au profit de François Lesain, boulanger des religieux de Jumièges.

1760, 1761 : Nicolas Bocquet


L'if est abattu

28 mai 1761 : Nous, anciens trésoriers et principaux habitants de cette paroisse, assemblés en état de commun, à l'issue de la messe paroissiale et au son de la cloche, consentons à la vente et livrraison de l'if du cimetière, vu qu'il est prêt de tomber en ruine, et qu'il ne cause que du dommage aux arbres qui l'environnent à condition  cependant que l'an prochain on plantera d'autres arbres fruitiers  pour le bien à venir de l'église.  


L'if fut replanté comme en témoigne cette photo des années 1950. Avant de disparaître à nouveau...

Le luminaire se règle dorénavent à Fossard, de Duclair. Achat d'un aspersoir, d'un bâton pour la croix, un plat de cuivre, un panier à pain bénit. Le vin de la Pâque se règle à M. Foutrel. Pierre Lafosse a travaillé aux arbres du cimetière. On a fait venir de la tuile.
En 1761; dix sols allèrent à Claude Lafosse pour le bois de l'échelle du clocher et que façonna Jean Auber. Le trou de l'if fut comblé. On répara un banc. Couteux en raccomoda un autre. Martin Lafosse alla chercher de la tuile. Le tuillot fut vendu. Maurice Tiphagne fournit un devant d'autel et des planches pour le dessus de la porte.

Il fut décidé en outre que l'excédent budgétaire aille aux ornements de l'église qui étaient alors en mauvais état.

Le 13 novembre, curé de Montigny, Bougeard, doyen de Saint-Georges fit la visite au lieu de Legrand, l'archidiacre.

1762, 1763 : Robert Tiphagne

C'est le fils du syndic.
L'affaire des bancs

Copie faite par l'ordre de M. le procureur du Roy de la haute justice de Duclair d'une délibération pour faire payer exactement les bancs de l'église paroissiale de Saint-André d'yainville, duement en forme et signée d'un grand nombre des habitants le dimanche huitième jour de novembre mille sept cent cinquante dont le précis de la teneur suit.

Nous, habitants, syndic et anciens trésoriers, assemblés en état de commun avons délibérer sur une remontrance à nous faite par le sieur Jacques Cauvin , prêtre, desservant de cette paroisse, à l'occasion du peu de revenu en fond que peut avoir l'église paroissiale de ce lieu que les bancs dans la  dite église, selles ou chaises et autres pour asseoir les fidèles pendant le service divin seraient exactement payées annuellement pour subvenir à l'entretien de ladite église et à celui du luminaire pour faire l'office divin, que si quelqu'un refuse de payer la somme à laquelle il a été imposé pour sa place, son banc soit passé dehors l'église à l'issue de la grande messe, vendu au plus offrant et dernier enchérisseur par le trésorier en charge au profit du trésor de la dite église, pour le dédommager du tort qu'on lui aurait fait par le refus de paiement, que si le trésorier en charge n'a pas le soin de cueillir les deniers qui doivent venir du loyer annuel des places dans la susdite église, il deviendra responsable au trésor de la somme que produira le dit loyer. Lequel loyer, par l'ordre de M. Joret, procureur du Roy en la haute justice de Duclair et avocat du Roy au baillage de Caudebec, sera payé tous les ans en deux termes, non selon la forme énoncée en ladite délibération par rapport aux inconvénients qui causeraient, ou perte au dit trésor ou injustice aux habitants entrant en la dite paroisse mais le dimanche avant Pâques et le dimanche avant la fête de Saint-Michel suivante.

Laquelle délibération signée de vingt habitants et contrôlée à Caudebec le dix sept d'avril 1762, sera remise dans le coffre du dit trésor pour servir quand besoin sera. Ce dimanche vingt neuf d'août 1762. Poisson, prêtre.

Poisson qui n'oublia pas de facturer le contrôle de cette délibération 12 sols.

L'inhumation de la petite Lesain dans l'église rapporta cinq livres. On acheta des clous, de la bourre et une peau de monton pour faire la porte de toile de l'église. Après quoi elle fut peinte. Des entes furent encore plantées dans le cimetière mais aussi dans ce que l'on appelait "le parquet". Six cierges vinrent de chez Delahaye, à Jumièges. Quant à Fossard, le maître cirier de Duclair, il empocha 32 livres. Le luminaire est un poste imporant du budget. Tiphagne, de Caudebec, prit cinq livres pour raccomoder une chasuble violette. Sept livres allèrent à la porte du confessionnal et à l'escalier de la chaire à prêcher. Martin Lafosse travailla une journée à l'église. Deux livres allèrent au dessus de la porte de l'église.


1764, 1765 : François Lesain


Fermier des religieux de Jumièges, occupant la manoir de l'église, il fut désigné le 26 décembre 1763. Il sera le plus tard le maire le plus détesté d'Yainville après avoir été celui de Jumièges.
Le 27 mai 1764, on délibéra pour que François Lesain fasse percer deux croisées dans la mutaille de la nef afin d'y donner du jour et de faire encore quelque chose de nécessaire comme une barrière à l'entrée du cimetière. Il s'exécuta. 
La vente de vin réapparaît au chapitre des recettes. Jean Gelleville, serrurier à Duclair,  fournit du fer à l'église. Bullet, duclairois, peignit les portes de la sacristie. Martin Lafosse effectua plusieurs journées de maçon, Maurice Tiphagne apporta diverses fournitures, Denis Delamarre un mille de briques. Plusieurs noms reçoivent de l'argent sans que le motif soit précisé : Noël Leroux, Adrien Varin, Pierre Bérenger, Saulnier, Nicolas Porgueroult...

Le 3 mars 1765, Louis de Goyon, grand archidiacre et vicaire général effectua la visite.

Le dimanche 1er septembre 1765, les anciens trésoriers et principaux habitants d'Yainville s'assemblèrent à l'issué de la messe paroissiale. On leur remontrait que les travaux décidés à l'église excédaient les revenus. Il fut passé outre en ordonnant la continuation du chantier. Lesain en a avancé le montant et il est convenu que chacun paiera sa part.
Plus tard, François Lesain lèguera une somme rondelette pour sauver cette église tandis que son héritier fera tout pour la détruire.

1766, 1767 : Nicolas Lambert père

Laboureur, il exerca sous la houlette de Pierre Théodore Mouchard.  Il mourrut en cours d'exercice et c'est son fils qui rendit ses comptes . Achat d'une corde, d'un bénitier, d'un livre....

1768, 1769 : Pierre Cornier


Il exerça sous le ministère de Georges Derouen.

1770 : Guillaume Lambert


Rien de notable.

1771 : Michel Levillain


C'est la mort du syndic de la paroisse ! Le droit de sépulture de Maurice Tiphagne dans l'église rapporta 10 livres. C'est la dernière inhmation dans l'église, du moins dans le registre.

Conflit avec l'abbaye

Pour succéder à Tiphagne, l'abbaye voulut imposer un homme à elle : François Lesain. Les Yainvillais et leur curé, l'abbé Derouen, s'y opposèrent et ce fut Charles Bocquet qui fut nommé. C'était le beau-frère de Tiphagne.
En novembre, le conflit s'envenima avec l'abbaye. Les Yainvillais mirent tous les bancs aux enchères. Tous, y compris celui des moine situé au haut de la nef. Adjudicataire, Nicolas Bocquet, le frère du syndic, remplaça aussitôt ce banc par un autre, ce qui scandalisa le chapitre de l'abbaye. "à ces considérations, la communauté a arrêté de poursuivre l'adjudicataire du dit banc ainsi que le syndic de la dite paroisse aux fins de leur faire réparer l'insulte faite à leur seigneur. " Les contestataires finirent pas demander grâce.

Le sieur Dieul fournit cette année-là la cire.

1772 : Pierre Grain


Il accueillit le nouveau curé, Charles Lechanoine. Frais de cloche et de bénitier.  On vendit un morceau de toile. La paroisse compte alors 50 feux.

Un chantre pour l'église

Nous, principaux habitants, étant assemblés en étant de commun consentons que Claude Lafosse jouira d'une petite pièce de terre d'une vergée ou environ à condition que le dit Claude Lafosse s'oblige à chanter toute l'office divin, les fêtes et dimanches, le mercredi des cendres,  le jeudi, le vendredi et le samedi saint, et le jour de Pentecôte, s'oblige en outre à accompagner le sieur déservant pour administrer les sacrements, surtout pendant la nuit et aux processions des Rogations. Ce que nous avons signé ce 7 juin 1772.

1773 : Pierre Leveau

On vendit de la vieille tuile. Des travaux eurent lieu sur les arbres du cimetière.

1774 : Jean Levillain

Quatre rentes sont toujours perçues mais elles ont changé de nom au fil des ans. Elles s'appellent rentes Thouin, Jean-Baptiste Lafosse, Chrétien, Robert Tiphagne.

1775, 1776, 1777 : Pierre Quesne


Le presbytère menace ruine

Le dimanche 8 septembre 1776, à l'issue des vêpres, les trésoriers, propriétaires et habitants s'assemblèrent chez le sieur Lechanoine après les annonces faites aux prônes des grandes messes des dimanches 28 août, 1er septembre et du dit jour pour "délibérer sur les réédifications à faire à la maison presbytérale qui consistent en ce que la cheminée de la salle est prête à tomber dans la cave, qu'il y a aussi deux soliveaux à placer, un déjà tombé en pourriture et l'autre à peu près dans le même état et hors d'usage et comme il y a des deniers au trésor plus qu'à suffire, ayant examiné l'état des choses et pour éviter à plus grands frais, il a été arrêté que le trésorier en charge fera poser des soutiens nécessaires pour soutenir la dite cheminée et la mettre en état de s'en servir et qu'il sera aussi placé deux soliveaux à la place de ceux qui sont hors de service et reboucher le trou qui s'est formé dans la salle par la chute et la pourriture des dits deux soliveaux et que les deniers qui seront employés à cet ouvrage (seront) passés dans les comptes arrêtés en présence de Pierre Quesne, Pierre Leveau, son devancier, de sieur François Lesain, Pierre Le Grain, trésoriers anciens et modernes et des propriétaires aussi soussignés, si le trésorier en charge n'a pas deniers à suffire, il touchera d'abord de M. le desservant 18 livres et le surplus de Charles Boquet. Signé Fr Le Sain, la marque de Pierre Quesne..."

1778 : Nicolas Bocquet

Pas de trace de son exercice

1779, 1780 : François Lesain

Il fut renommé au mois de mai.
Vignot, curé de ND-de-Varengeville, doyen se Saint-Georges fit la visite le 1er juillet 1779

1781 :  Guillaume Lambert


Rien de notable

1782 : Jacques Rollain

Il possède la carrière en bord de Seine. Syndic, ce sera le premier maire d'Yainville. Après lui, son fils occupera cette fonction. Rollain est né en 1743, Le Trait, garde de la forest du roi (1767), marchand chaufournier (1768), marié le 28 novembre 1767 au Trait, avec Marie Marguerite Magdeleine Le Roy, baptisée le 6 septembre 1744 à Épinay-sur-Duclair. Elle mourra le 31 juillet 1790, Yainville à 45 ans. 


1784 : Robert Tiphagne


Il clôt le registre. Mais nous lui connaissons des successeurs...

1788 : les frères Gruley

 Les frères Gruley sont nés à Jumièges et se prénomment François, Pierre Louis, Nicolas, mon ancêtre direct et Jean-Baptiste. En 1788, on fondit les deux cloches pour en faire une seule de 200 livres. Elle fut baptisée par Blanche Bénard, épouse Tiphagne et le syndic de la paroisse, Jacques Rollain. Les frères Gruley étaient alors les trésoriers de la fabrique. Prit part aussi à ce baptême François Lesain,

Ce n'est qu'en 1788 que l'on voit apparaître la notion de charité chrétienne. Cette année-là, Louis XVI ordonna une enquête sur la pauvreté dans son royaume. A Yainville,  seuls deux vieillards sont hors d’état de travailler : Jean Pescot, 80 ans, Jacques Hue, 85 ans. Besoin : 192 livres
 Les chefs de famille ne pouvant assurer totalement la subistance de leur enfant. : «  la veuve Caudron âgée de 70 ans, seule qui ait besoin actuellement de supplément, mais en outre, il y a au moins 12 familles très pauvres qui peuvent se trouver à chaque moment dans le cas d’en avoir également besoin pour peu qu’elle soient accueillies de maladies. » Besoins : 36 livres et pour les besoins accidentels, 150 livres. Aucun enfant ne nécessite de secours pour l’apprentissage d’un métier.

 Les revenus affectés aux pauvres sur la boucherie de Carême s’élèvent à 36 livres. Les aumônes distribuées par l’abbaye : 100 livres. 
« Aumônes volontaires du sieur desservant et des hatitants de la paroisse : 36 livres seulement, la paroisse étant petite et très pauvre. Les moyens de travail par établissement d’ouvrages particuliers : il y a une carrière exploitée par le Sr Rollin pour la fourniture des travaux du havre. » On joute : « Ces moyens peuvent fournir de l’emploi à 50 ouvriers. »
 « Arrêté ce jourd’hui, dimanche six d’avril 1788, à l’issue des vêpres, par nous, sindic et municipaux de la dite paroisse en présence de Dom Demontigny, procureur de l’abbaye de Jumièges, stipulant pour la dite abbaye seigneur de la paroisse et du sieur chanoine desservant de la dite paroisse ce que nous certifions véritable et avons signé
Demontigny, Michel Levillain, Le Chanoine Deff. Rollain sindic, Le Sain greffier, Tiphagne, Le Sain.

C'est le 7 octobre 1788 que furent instaurées les premières assemblées "municipales" dans notre région.

A Yainville, ils ne sont que 12, les gros contributeurs : Robert Thiphagne, Pierre  Quêne, François Le Sain, Georges Lépine, Jean Le Villain, Maurice Geoffroy, Michel Levillain, François Grulley, Michel Levillain père, Pierre Chéron et Jacques Rollain.

41 feux, 3 élus. Greffier : Charles Le Sain, âgé de plus de 25 ans.

1°) François Le Sain, 26 ans, rien pour les 20emes, 228 livres 6 sols pour le reste.

2°) Robert Tiphagne, 61 ans, 43 livres et 60 livres.

3°) Michel Villain que l’on devine après de son père âgé de 75 ans et infirme. Il a 37 ans, 8 livres et 16 sols et 38 livres et 14 sols.

Enfin l’assemblée a choisi Jacques Rollain pour syndic, 44 ans, 45 livres, 5 sols 10 deniers, et 19 livres. Pierre Chéron, Jean Villain, Michel Levillain et Pierre Quêne ne savent signer.






Et vint la Révolution...

Les cahiers de doléances furent rédigés le dimanche 29 mars 1789. Yainville compte 48 feux.

Jacques Rollain fut le premier maire d'Yainville.

Le dernier acte sur les registre paroissiaux est daté du 25 décembre 1792 et concerne la naissance de Marie Rose Manneville. Lechanoine, desservant de la paroisse va tenir à présent les actes d'état-civil jusqu'en 1795. Après quoi on retrouve la signature de Lesain, agent municipal, Delépine, son adjoint.


En 1795, l'administration propose Yainville comme chef-lieu de l'Instruction publique. Refus de la municipalité :

Les commerçants de 1796

Pierre Pécot, boulanger, 8 livres de patente. Michel Levilain, marchand de coton, fil, 15. Jacques Rollain, chaufournier, 6.

Lesain, agent municipal, établit une liste le 9 nivose, an 5e, de ses concitoyens non pourvus de patente.
Jacques Rollain, chauffournier, marchand de plâtre.
Gilles Penont, vendant un peu de mercerie (non pourvu). Originaire de Saint-Pierre d'Ellon (14), marié à Marie Anne Grain, ce personnage était, en 1784, employé dans les fermes de Sa Majesté.
Michel Le Villain, idem.
Jean Pierre Pécot, boulanger. Lesain précise que ces citoyens ne font qu'un faible commerce.

Cette année-là Claude Lafosse, journalier de 68 ans, fut nommé premier garde-champêtre d'Yainville.

Découverte d'un noyé

Le 18 mai, on découvrit un noyé à Yainville. Neufville, juge de paix et officier de police du canton vint sur place. Pierre Merre, journalier de Jumièges, reconnut le cadavre pour être celui de son beau-frère, Nicolas Louis Benneton, matelot de Jumièges âgé de 46 ans. Il fut inhumé en présence de Claude Lafosse, le garde-champêtre.


En février 1798, on planta enfin l'arbre de la Liberté :

Le 28 mars, Lesain, agent municipal, se rendit chez Jean Desmarais, journalier, où le cadavre d'un homme approchant la quarantaine a été déposé. C'est celui de Picard, domestique charretier chez Bruno Harel, cabaretier de Jumièges, mort en tombant de la charrette qu'il conduisait. Tous les efforts pour le ramener à la vie furent inutiles. On l'inhuma à Yainville. A cette époque décèdent plusieurs enfants de Rouen placés en nourrice à Yainville.

Avril 1799 : la fille du garde-chapêtre accouche d'un enfant de père inconnu.

Novembre 1799 : François Lesain appuie dans la commune le coup d'Etat d'un certain Napoléon Bonaparte.

La fabrique d'Yainville disparut avec la fermeture de l'église. La paroisse fut réunie près d'un demi-siècle à celle de Jumièges. Mais elle allait renaître en 1846  et réclamer à celle de Jumièges la rente Ballier qui existait toujours et était versée par la famille Leleu. Une seconde rente portait le nom de Georges Delépine.


Source

Archives départementales de la Seine-Maritime, cote J 1181, Yainville, trésor de l’église Saint-André : biens de l’église paroissiale, pratique religieuse et spirituelle de la paroisse, comptes des trésoriers, entretiens de l’église et du presbytère. Registre manuscrit, 178 pages, 16,5 x 24 cm, reliure en vélin, acquisition des ADSM en  2007. I.E. 3271. Document numérisé par Jean-Yves et Josiane Marchand, transcription et rédaction : Laurent Quevilly.