45 Yainvillais s'étaient prononcés pour la réfection de leur église contre l'avis borné de leur maire. Le plus dur restait à faire. Acte 2.

Les travaux de restauration de l'église ont enfin commencé. Mais le maire fait tout pour les perturber. Le 15 janvier 1844, ses six conseillers frondeurs interpellent de nouveau le préfet en des termes choisis :

Des pigeons dans l'église !

La grande résistance que Monsieur Lesain fait et s'oppose à ce que la suppression des trois ouvertures de sa propriété tendant sur notre cimetière soit supprimées, ce qu'il refuse formellement comme aussi à la suppression de la divagation de ses pigeons qui est toujours libre et qu'ils viennent journellement se reposer dans notre église et ce qui nous occasionne de grands dégâts dans les travaux que nous venons d'y faire et comme aussi pour parvenir au déblaiement des terres à déblayer de notre cimetière, ce qu'il conteste journellement à nous alléguant que nous n'avons pas droit à opérer l'extraction de ce déblai sans en avoir obtenu l'autorisation de Monsieur le préfet, à cet effet, Monsieur le préfet, nous vous supplions d'avoir la bonté de vous interposer près de bis réclamations pour parvenir à l'extraction des travaux ci dessus non terminés car c'est l'avis de Monsieur Grégoire, architectecte qui a jugé, étant sur le lieu, la nécessité de l'exécution des travaux ci dessus mentionnés. PS : Il nous est bien douloureux, Monsieur le Préfet, d'ête obligés de vous demander à ce qu'il vous plaise, de rendre notre souscription exécutoire pour parvenir à la faire (illisible) par la voix de droit envers ceux qui se refusent de payer le montant de leur souscription et cela par les défenses que Monsieur Lesain leur fait, joint à son adjoint...

De Rouen, le 20 Janvier 1844, Grégoire écrit au préfet :

Dans la lettre que j'ai l'honneur de vous écrire le 13 du mois dernier pour vous rendre compte du résultat de ma visite à l'église d'Yainville, je vous annonçais que M. Alexis Drouin, architecte, allait s'occuper du croquis et du devis des dépenses à faire à cette église. Je vous transmets ce travail qu'il m'a remis depuis quelques jours. Il se compose d'un plan de l'église, de trois croquis et d'un devis qui évalue la dépense à 6.300F. M. Deville y a joint une note d'observation qui me dispense de vous faire un rapport particulier sur le mérite de cette église et je me borne à faire des vœux pour que M. le ministre de l'Intérieur alloue les fonds nécessaires pour seconder le zèle si honorable des habitants...

Le 28 janvier 1844, le préfet réécrit à Lambert,

Vous et cinq autres membres du conseil municipal d'Yainville m'avez écrit le 15 de ce mois pour obtenir l'autorisation de déblayer une partie des terres qui entourent l'église. M. Grégoire que j'ai consulté à cet égard juge effectivement cette opération nécessaire pour dégager le monument dont le sol intérieur se trouve aujourd'hui plus bas que le sol extérieur, ce qui produit une humidité nuisible aux murs et au pavage. J'accorde en conséquence aux habitants d'Yainville l'autorisation qu'ils sollicitent. Je vous prie d'en informer vos co-réclamants comme j'en donne moi même avis au maire d'Yainville.
Vous aurez toutefois à faire disposer le nivellement de manière à éloigner les eaux pluviales des murs de l'édifice, ce qui peut être obtenu au moyen de pentes ménagées avec soin, sur les indications que vous demanderiez à l'architecte suppléant chargé de la surveillance des travaux de restauration.
Je pense que le déblai dont il s'agit sera opéré gratuitement, cela est désirable pour ne pas diminuer le chiffre des ressources recueillies par souscription.
A ce propos, je vous prie de me faire savoir si toutes les souscriptions ont été payées et versées dans la caisse municipale, à cet effet, vous voudrez bien m'envoyer la liste générale avec le certificat... du percepteur receveur municipal. Si vous rencontriez quelques difficultés dans le paiement d'une partie des souscriptions, je vous donnerais des instructions spéciales. Veuillez communiquer cette lettre à tous les signataires de la réclamation du 15.

M. le maire d'Yainville,
J'ai l'honneur de vous adresser copie d'une lettre que j'écris aujourd'hui aux conseillers municipaux d'Yainville qui ont été plus spécialement chargés de surveiller les travaux de restauration de l'église de cette commun et qui, à cet effet, ont fait des démarches pour recueillir les subventions volontaires des habitants. Il s'agit de l'autorisation de déblayer les abords de l'église des terres de rapport qui les obstruent. Je ne doute pas que vous ne concourriez en ce qui vous concerne à la bonne exécution de cette utile mesure.

Les six conseiller réécrivent au préfet le 6 février 1844 :

Les six membres du conseil soussignés se sont réunis au lieu ordinaire pour délibérer à l'effet de remplir l'autorisation que vous avez bien voulu nous donner à l'effet de déposer la somme de 809 F provenant de la souscription des propriétaires et habitants de notre commune que nous avons remis aux mains mains du receveur municipal de Duclair.
De plus, un somme 105 F 60 centimes qu'ils ont été payées sur mémoire aux ouvriers et fournisseurs que M. le receveur n'a point voulu accepter qu'il n'en reçoive l'autorisation de vous, M. le préfet.
Jointe à l'autorisation qu'il vous plaira de lui donner, M. Le préfet, en rendant le liste du nombre des souscripteurs qui se refusent de payer exécutoire dont le montant s'élève à la somme de 395F.

12 février, Lesain répond au préfet avec un empressement tout relatif :

Je m'empresse de répondre à votre lettre du 5 courant par laquelle vous vous plaignez que j'aurais négliger le paiement de mémoires dus depuis longtemps à des ouvriers qui ont travaillé à la restauration de l'église d'Yainville.
Je puis donc vous assurez, Monsieur le préfet, que je n'ai jamais refusé cette autorisation puisque aucun de ces mémoires ne m'ont été présentés. Monsieur De Rouen, architecte que vous avez commis, Monsieur le préfet, pour vérifier ces travaux et taxer ces mémoires les avais reçus tous, ce n'est seulement qu'hier que M. le receveur municipal me les a communiqués. Jusqu'alors, j'étais resté entièrement ignorant sur les sommes dues, mais ce dernier m'ayant écrit une lettre assez inconvenante par laquelle il me menaçait que si je me refusais à délivrer des mandats aux dits ouvriers, ils vous en écrirait afin que vous le fissiez d'office. C'est pourquoi je me suis transporté à son bureau.

Le retard apporté au paiement des sommes dues aux ouvriers et fournisseurs ne provient nullement de ma faute et je viens de nouveau vous donner l'assurance, Monsieur le préfet, qu'aucun de ces derniers ne s'est jamais adressé à moi.
Je joins à la présente les mémoires qui m'ont été remis par le receveur municipal et vous prie, Monsieur le préfet, de les revêtir de votre approbation.

Rouen, le 25 janvier 1844, Grégoire réécrit au préfet.

Le 25 novembre dernier, vous m'avez transmis en communication deux lettes de M. Alain Drouin, architecte chargé de la surveillance des travaux de réparation de l'église d'Yainville, la première établissant la balance entre les sommes allouées et celles dépensées pour cette restauration et spécifiant le refus fait par le maire de payer les sommes dues à l'entrepreneur par le motif que le conseil municipal contesterait le mérite des travaux et le chiffre de la dépense.
La deuxième lettre établissant que M. Drouin aurait fait exécuter à l'église des travaux supplémentaires non prévus au devis mais reconnus par lui indispensables après un examen approfondi et pour lesquels il demande aujourd'hui votre approbation.
Vous m'avez inviter à me rendre à Yainville pour examiner ces travaux et vous faire un rapport sur le degré d'utilité de ceux faits en dehors des prévisions du devis ainsi que sur le chiffre du mémoire dont le paiement est réclamé.
Conformément à cette invitations, je me suis rendu sur les lieux avec M. Drouin et en présence du maire. J'ai procédé à la vérification sommaire du métré établi par l'architecte le 1er juin der nier et d'où ressortait une dépense de 6.082,78 F, compris les honoraires de l'architecte. Ayant remarqué que plusieurs articles de dépense, et spécialement ceux de charpente et de vitrerie n'y étaient portés qu'en bloc et sans justification des éléments qui avaient produit les sommes inscrites, j'ai engagé M. Drouin à faire un décompte plus détaillé qu'il vient de me remettre et que j'ai l'honneur de vous adresser.
Les motifs du refus de la commune de payer ces dépenses sont consignées dans la délibération prise par le conseil municipal le 11 avril 1847 dont je crois inutile de rappeler toutes les dispositions. Les objections principales sont que des travaux ont été exécutés en dehors des prévisions du devis, que quelques uns, entre autres ceux de peinture, sont de mauvaise qualité et portés à un prix exagéré, enfin que quelques dépenses ne sont pas justifiées.
Quoiqu'il soit difficile, aujourd'hui que les travaux sont terminés, de pouvoir bien apprécier la valeur des motifs qui ont porté l'architecte à en modifier quelques uns, je pense qu'il donne à cet égard, sans la lettre qu'il a eu l'honneur de vous adresser le 16 novembre dernier, ainsi que dans le nouveau métré qu'il a établi, des explications satisfaisantes. Je pense d'ailleurs en thèse générale que dans des travaux de cette nature, il serait fâcheux que l'architecte n'eût pas une certaine latitude et qu'il fût obligé de se renfermer rigoureusement dans les indications d'un devis dont les évaluations ne peuvent être qu'éventuelles. Je dirai même que la plupart du temps la chose serait absolument impossible.
Je pense donc qu'il y a lieu d'approuver les modifications apportées par M. Alexis Drouin puisqu'en définitive elles ont été exécutées deans un but utile, soit pour la décoration, soit pour la conservation du monument et que la dépense faite ne dépasse par les prévisions du devis. Relativement aux objections faites sur les travaux de peinture, je ferai remarquer que le prix de un franc a été porté au devis et qu'il est motivé par le rétablissement des anciens compartiments à fresques dont quelques traces existaient encore sur les murs. J'ajouterai, d'ailleurs, que pour cet article, la dépense faite est inférieure à celle prévue.
Mais j'ai remarqué qu'en effet cette peinture n'avait presque pas d'adhérence avec les murs dans la partie basse de l'édifice et qu'elle s'en allait facilement en poussière. Il est possbile que l'humidité des murs contribue à cet effet, mais je crois pourtant qu'il tient aussi à l'insuffisance et à la mauvaise qualité de la colle employée par l'entrepreneur, et par ce motif, je pense qu'il y a lieu d'exiger de lui que ce travail soit refait au moins dans la partie inférieure des murs, sur 2M environ de hauteur.
Quant aux dépenses qui n'avaient pas été justifiées, elles ont eu pour objet des réparations faites à la couverture, des travaux d'emménagement et il est résulté des explications données par l'architecte, en présence du maire, que ces dépenses ont été ordonnées directement par l'autorité locale et que quelques unes ont mêmes antérieures à l'adjudication.
Je pense, en définitive, Monsieur le préfet, qu'il y a lieu d'approuver le nouveau mémoire ou métré rédigé par l'architecte le 20 du courant et qui porte la dépense totale à la somme de 6.130,82F, sous la condition toutefois que l'entrepreneur aura à refaire convenablement la peinture intérieure des murs sur la hauteur de deux mètres environ.



La mauvaise volonté du maire

3 mars 1844, le conseil d'Yainville est en réunion extraordinaire. Le préfet en a voulu ainsi. On a convoqué aussi les dix propriétaires les plus imposés. Trois se présentent : Quévremont, Lefort et Sécard. Charles Lesain, maire, donne l'objet de cette réunion : voter une somme suffisante pour l'acquisition de vases sacrés, linges et ornements pour l'église. On s'accorda sur la somme de 300 F.
Unanimité de façade. Car Charles Lesain traîne toujours les pieds...

Le 11 mars 1844, les autorités préfectorales écrivent au maire d'Yainville.
Le 23 novembre dernier, j'ai eu l'honneur de réclamer de vous la production de diverses pièces relatives à l'érection en chapelle vicariale de l'église de la commune d'Yainville. Ces pièces consistaient en :
1) Une délibération du conseil indiquant les motifs de nécessité de l'établissement de la chapelle, le montant du traitement proposé pour le chapelain, celui de la dépense annuelle présumée de l'entretien de l'église et du presbytère, contenant l'engagement de pourvoir à ces dépenses et faisant connaitre de quelle manière elles seront acquittées.
2) Le budget de la commune.
3) Un inventaire des vases sacrés, linges et ornements existant dans l'église ou a défaut vote d'une somme pour les acquérir.
4) Un état de la population de la commune chef-lieu de la paroisse.
5) Un certificat du percepteur des contributions constatant le montant de celles qui sont payées en la commune d'Yainville..
6) Un rapport de l'ingénieur sur les difficultés de communication et les distances entre la commune chef-lieu de la succursale ainsi que celui de l'agent voyer.
7) Un état de la population de la commune d'Yainville certifié...
8) Le projet de circonférisation de la chapelle
9) Une délibération de la fabrique et du conseil municipal chef lieu.
10) Le budget de la fabrique.

Le 17 janvier dernier, je vous informais que M. le juge de Paix du canton de Duclair venait de m'adresser le procès-verbal de l'enquête et que je n'attendais plus, pour donner suite à cette affaire, que nous m'ayez fait parvenir les pièces ci-dessus énumérées.

Je viens de nouveau, M. le maire, vous inviter à me transmettre ces documents sous huit jours car cons concevrez facilement qu'il est d'intérêt bien entendu de la commune qu'ils soient envoyés à Paris dans le plus bref délai possible.
Quant au rapport de l'ingénieur indiqué au N° 8 et aux autres pièces mentionnées aux numéros 4, 9 et 10, vous n'aurez point à vous en occuper comme j'ai déjà eu, Monsieur, de' vous le faire savoir.

Les aides ministérielles arrivent

Les aides ministérielles finit par arriver pour la réfection de l'église. C'est M. Grégoire qui l'annonce, le 4 avril 1844, à la Commission des Antiquités. Commission qui, le 13 juin suivant, reçoit de Gustave Morin le calque d'un dessin « qu'il a fait autrefois de l'église d'Yainville ». Morin est directeur de l'école municipale de Rouen et membre de la société des Antiquaires.

Les Jumiégeois sont contre

Le 2 octobre 1844, le conseil municipal de Jumièges, qui louche sur le territoire d'Yainville, se réunit en session extraordinaire à la demande du préfet. Présents: Chantin, le maire, Philippe, le premier adjoint, Dupont, le second, Vauquelin, Heuzé, Virvaux, Lefebvre, Boutard et Bicheray, le notaire. Et comme ce dernier est homme de plume, il fera office de secrétaire.

Considérant que la réunion pour le spirituel de la commune d'Yainville à Jumièges date de plus de quarante ans, et que depuis la même époque il n'a été inhumé aucun mort dans son cimetière,
Que le village d'Yainville compte moins d'habitants que le plus petit hameau de Jumièges,
Qu'en aucune saison son accès ne présente l'inconvénient de débordement des eaux, comme à Conihout et à Heurteauville, ces deux grands hameaux beaucoup plus éloignés que Yainville de l'église de Jumièges,
Que loin de là, Yainville, limitrophe de Jumièges il n'est pas séparé par la distance de plus de deux kilomètres, d'un clocher à l'autre, présente pour le desservant comme pour les habitants qui assistent aux offices la facilité d'un grand chemin vicinal reliant les deux communes et communiquant avec la grande route de Rouen au Havre.
Qu'à présent surtout que Le Mesnil, longtemps réuni à Jumièges pour le spirituel, quoiqu'il soit séparé de plus de cinq kilomètres de distance, se trouve pourvu d'un prêtre, s'est déclaré annexe de Jumièges, s'il y avait lieu de détacher encore une partie quelconque de la circonscription de la succursale de Jumièges, il faudrait prendre cette mesure pour Heurteauville, dont la population est plus que double que celle de Yainville, et qui se trouvé séparé du chef-lieu par la Seine,
Que si Yainville possède une petite église en ruines offrant quelque intérêt sous le rapport de l'art, il n'est que trop certain que cette commune, la moins populeuse du canton,
Qu'en, n'a aucun bien bien communal ni autres ressources pouvant servir à l'entretien d'un culte,
Qu'elle est même placée dans le nombre de celles présentant les conditions de réunion, si judicieusement signalées, par Monsieur le secrétaire général de la préfecture dans le remarquable rapport fait dans la session de 1843,
Que déjà cette réunion a été demandée en 1827 par M. le préfet d'alors et qu'elle paraît indubitable,
Le conseil à l'unanimité est d'avis et décide qu'il n'y a pas lieu à accueillir la demande des habitants d'Yainville, ceux-ci n'ayant aucun intérêt vrai à en obtenir l'objet.
Il est fait observer, pour satisfaire à la demande de M. le préfet, que le dernier recensement de la population de Jumièges donne 1678 habitants...

Charles Lesain freine toujours

Le 3 octobre 1844, Charles Lesain s'adresse au préfet.
... Vous m'engagez à convoquer extraordinairement le conseil municipal d'Yainville pour, par sa délibération, déterminer le chiffre de la dépense annuelle de l'entretien de l'église, du presbytère et le traitement du desservant.
Avant de convoquer les membres du conseil, je viens vous demander, Monsieur le préfet, s'il n'y aurait pas lieu à appeler aussi les dix propriétaires les plus imposés puisqu'il s'agit d'une contribution extraordinaire.
Je vous ferai observer aussi, Monsieur le préfet, que déjà le conseil, augmenté des plus forts imposés, à voté une somme de trois cents francs pour achat d'ornements d'église et que depuis j'ai reçu de Me Bicheray, notaire à Jumièges, de Me Hébert, avoué à Rouen et de Me Metterie, huissier à Duclair, leur note de frais s'élevant ensemble à la somme de deux cents trente neuf francs soixante trois centimes concernant la donation faite par feue demoiselle Delafeneste et le procès qui en a été la suite, si l'on ajoute à cela les centimes additionnels pour prestation, on est frappé de l'énormité de la dépense à acquitter relativement aux ressources de la commune dont le mandement général de la contribution pour 1845 donne le chiffre total modique de 1.624 F.
J'attendrai donc pour convoquer selon vos ordres que vous veuillez bien, Monsieur le préfet, me tracer la marche que j'aurai à suivre..

Le 11 octobre 1844, une réponse lui vient de Rouen

Par votre lettre du 3 de ce mois, vous me demandez s'il ne serait pas nécessaire de convoquer les dix plus imposés de votre commune pour voter avec le conseil municipal une imposition extraordinaire destinée à faire face tant au traitement du desservant qui pourrait être accordé à Yainville si la demande en érection de la chapelle était accueillie, qu'à la dépense annuelle de l'entretien de l'église et du presbytère dudit lieu.
D'après la jurisprudence du conseil d'État, ce mode provisoire de paiement pour les dépenses permanentes d'une chapelle ne saurait être admis. Il n'y a donc pas lieu dans ce cas à une imposition extraordinaire qui ne présente pas le caractère de certitude et de stabilité que l'on doit surtout rechercher en semblable occurrence.
Toutefois, si, comme il semble résulter de l'examen du budget de la commune, elle est hors d'état de pourvoir, sur ses revenus ordinaires, aux dépenses dont il s'agit, vous pourriez réclamer l'érection de votre église en annexe conformément au décret du 30 septembre 1807 à la charge pour les habitant de subvenir, au moyen d'un rôle de souscription volontaire dressé par acte notarié, au traitement du vicaire, mais dans ce cas, la commune d'Yainville serait toujours tenue de concourir pour sa part aux frais du culte du chef-lieu de la paroisse conformément à l'avis du conseil d'État du 14 décembre 1810.
Je vous autorise conformément à votre lettre prédatée à convoquer extraordinairement votre conseil municipal pour délibérer sur ces moyens de faire face à la dépense occasionnée par le procès Delafenestre.
Si une imposition extraordinaire était nécessaire pour accuser cette dépense, il faudrait appeler les plus imposés à concourir....

Jumièges enfonce le clou

Le 12 octobre 1844, pressé par le préfet, le conseil de fabrique de Jumièges se réunit. Le maire et le curé, membres de droit sont là mais aussi MM Dossier, Cauchois et Heuzé, membres et président. Il s'agit de délibérer sur la demande des Yainvillais tendant à rétablir leur église. Que disent ils ?
Vu le peu d'importance du village de Yainville et son peu d'éloignement de Jumièges,
considérant que Yainville est réuni pour le spirituel à Jumièges depuis plus de quarante ans, que depuis la même époque il n'a été inhumé aucun mort dans son cimetière, que cette réunion dont tout le monde se trouve bien est dans l'intérêt des deux communes et surtout des habitants de Yainville, puisque d'une part leur commune se trouve plus rapprochée de l'église de Jumièges que les hameaux dépendant de cette dernière commune dont le moindre est plus populeux que Yainville et que de l'autre, elle ne possède ni presbytère ni terrain communal ni aucune autre ressource pouvant subvenir à l'entretien du culte.
Qu'enfin il y a tout lieu de croire que réunie depuis si longtemps pour le spirituel, la commune d'Yainville le sera aussi bientôt pour le temporel.
le conseil de fabrique décide qu'il n'y a point lieu de faire droit à la demande des habitants d'Yainville, cette demande étant inopportune et mal fondée.
Ainsi délibéré et signé après lecture Baptiste Chantin (maire), Prévost (prêtre), Dossier, Cauchois et Heuzé. Pour copie conforme, le président. Heuzé.

N'en déplaise aux Jumiégeois, la réfection de l'église d'Yainville va bientôt commencer...




 Pour suivre : pendant les travaux, la polémique continue