Elle datait du XIe siècle, et elle a bien failli être rasée. Voici comment les Yainvillais sauvèrent leur petite église. Et par là l'indépendance de leur commune...


Petit rappel des faits. Au Concordat, l'église d'Yainville, en fort mauvais état, est déchristianisée. Elle servira de grange jusqu'au jour où, son toit étant à ciel ouvert, on n'y entrepose même plus les grains. Les paroissiens assistent alors à l'office de Jumièges où ils se font même enterrer.

Seulement, sentant la vie lui échapper, le premier maire d'Yainville, François Lesain, a fait un testament. Quatre ans après la mort de sa veuve, 10.000 F iront à la paroisse de Jumièges. A moins, à moins, à moins qu'entre temps l'église d'Yainville ne soit restaurée. Telles furent ses dernières volontés.
Avant de mourir en 1826.


Etat de l'église d'Yainville en 1832. La toiture est percée, la végétation couronne un contrefort. Les baies de la nef sont de simples fenêtres qui n'ont pas le caractère qu'on leur connaît aujourd'hui. On ne distingue pas de sépultures sur ce côté.

En 1842, la veuve rendit l'âme à son tour et ces dispositions testamentaires allaient entrer en vigueur lorsque une majorité de Yainvillais se décida à réhabiliter la pauvre église.

On organisa une souscription tandis que l'ancienne bonne du curé léguait le vieux presbytère qu'elle avait racheté.
Face à cette volonté farouche, le maire d'Yainville, héritier et petit-cousin de François Lesain, ne voulait rien entendre.

Dans le même temps, il n'opposait aucune résistance à la volonté du préfet de voir Yainville perdre son statut de commune pour devenir un simple quartier de Jumièges.

L'ancienne bonne du curé

Marie-Catherine Delafenestre était née à Guerbaville. Bonne du curé Lechanoine, elle se porta acquéreur du presbytère d'Yainville en 1818. Bien qu'elle légua par disposition testamentaire à la commune.

Elle mourut célibataire le 14 novembre 1843 à 9h et demie du matin. Elle avait 80 ans. Son neveu, Jean Amand Lenoir, sous-brigadier des Douanes à la retraite, âgé de 50 ans, vint d'Hénouville déclarer son décès en mairie en compagnie du voisin de Marie-Catherine, Pierre-Amable Duval, 32 ans, cultivateur à Yainville.


Aussitôt, les héritiers firent fi du testament de leur parente et mirent ses biens en vente. Un procès s'engagea avec la commune.



Les Antiquaires s'en mêlent

Le 6 juillet 1843, la commission départementale des Antiquités de la Seine-Inférieure s'exprime "sur la destruction qui menace, dit-on, l'église d'Yainville, près Jumièges, qu'on suppose propriété communale. La commission pense qu'il importe de la conserver comme monument historique du XIe siècle."

Alors, elle va délèguer sur place deux émissaires, MM Rondeaux et de La Querrière.  Ils n'iront qu'en novembre...


Trois contre tous

20 octobre 1843. Réunion extraordinaire du conseil municipal d'Yainville. Le préfet en a voulu ainsi par un arrêté du 7 courant. Au domicile du maire, Thuillier est absent autour de la table. Mais on note la présence de Joseph Jeanne. On ouvre la séance. Maire, Charles Lesain rappelle qu’il s’agit de délibérer sur le projet conçu par plusieurs habitants de restaurer l’église à l’aide de leur souscription. La majorité du conseil y est favorable. Et elle se dit même pressée. Le 2 octobre, elle a déjà approuvé un devis de 849,25 F.
 Lesain, Mabon et Duval, eux, sont farouchement contre. Et ils vont longuement exposer leurs arguments.


 1)      La commune d’Yainville est réunie pour le culte à la commune de Jumièges dont elle n’est séparée que d’un kilomètre et demi à peine. Cette réunion date de la réorganisation du culte catholique en France et n’a jamais jusqu’alors donné lieu à aucune réclamation de la part des habitants.

 2)      L’église d’Yainville s’étant trouvée supprimée depuis la même époque, ce qui en existe maintenant appartient à la fabrique de Jumièges en vertu des décrets du 30 mai et 31 juillet 1806. Ce qui a d’ailleurs été reconnu par Monsieur le Préfet lui-même par sa lettre adressée au maire d’alors le 10 mars 1832.

 3)     L’église d’Yainville est dans un état de démembrement tel qu’il serait matériellement impossible de la restaurer avec une somme aussi peu élevée que le chiffre total du devis. Monsieur le Préfet a pu se convaincre de l’insuffisance de ce devis et  pour le cas où il le trouverait bon il est prié de commettre un architecte pour en faire un autre auquel on puisse se rapporter.

 4)  Les habitants qui ont pris part à la souscription dont la liste a été présentée à Monsieur le préfet se trompent lorsqu’ils pensent que l’église d’Yainville rétablie profitera du legs fait par Monsieur Lesain. Ce legs est acquis à la fabrique de Jumièges qui l’a accepté par suite d’ordonnance royale en date du 30 janvier 1828. Vouloir aujourd’hui réclamer le bénéfice de ce legs serait exposer la commune à avoir un procès avec la fabrique de Jumièges et les représentants de M. Lesain qui demanderont l’exécution de ses intentions. Il est à remarquer que le testament dit que le legs resterait au profit de la fabrique de l’église d’Yainville pour le cas où elle serait rétablie. Or, cette église lors même qu’elle serait réparée ne pourra pas être rétablie dans le sens de la pensée de M. Lesain puisqu’elle n’aurait pas de fabrique ni d’existence légale.

 5)      La demande des habitants d’Yainville, si elle était accueillie, n’aurait donc pour but que de faire des dépenses inutiles puisque la commune ne pourrait s’imposer aucun sacrifice afin de les aider à accomplir leur projet. Comment, en effet, une commune dont le dernier recensement fait en 1841 indique 210 habitants et quand le principal de sa contribution foncière est de 1209F par an pourrait-elle subvenir aux dépenses que nécessiterait la réalisation de la demande des souscripteurs ?

 6)      Enfin Jumièges se trouve, relativement à Yainville, dans une situation très favorable en ce sens que les chemins sont toujours bons et les communications très faciles. On se loue et on s’est toujours loué de la manière dont MM les desservants qui se sont succédés à Jumièges se sont acquittés de leurs fonctions en ce qui concerne Yainville qui ne peut vraiment retirer aucun bien-être matériel ou moral de sa disjonction de Jumièges. Il est encore à remarquer que l’église dont il s’agit ne sert plus à la célébration du culte depuis environ 35 à quarante ans et que, depuis la même époque, les inhumations se sont toujours faites à Jumièges.


 Les sieurs Jeanne, Lambert, Lafosse, Pinguet, Delépine et Mettérie formant la majorité ont déclaré ne vouloir signer et la minorité a signé le tout après lecture. Mabon, Lesain, Duval.




Un conseil municipal parallèle

Les opposants au maire quittent la salle. Furibonds. Cet entêtement à ne vouloir accomplir le vœu de son bienfaiteur à sûrement une raison. Charles Lesain, c'est certain, veut mettre la main sur l'église et avec elle le cimetière pour agrandir sa propriété. On va se réunir chez Joseph Jeanne, on va écrire au préfet.

« Ce jourd'hui, le 20 octobre 1843, par suite d'une convocation extraordinaire que Monsieur le Préfet a adressé à M. le maire de cette ditte commune nous nous sommes présentés au lieu des séances ordinaires à dix heures précises du matin.

Cela étant, M. le maire nous a présenté une délibération faite par lui en notre absence qu'il nous a présentée pour la signer et nous, six membres du conseil soussigné, avons refusé de signer en ce qu'elle nous a paru contraire à nos prétentions.

A cet effet, nous nous sommes retirés et nous sommes transportés au domicile du premier membre inscrit au tableau (...) fixé par l'autorisation de M. le Préfet à six heures de relevée ou étaient présent Jean-Louis Lafosse, Guillaume Lambert, Joseph Jeanne, Nicolas Patrice Pinguet, Pascal Metterie et Jean Delépine.

Des animaux voraces dans le cimetière

« A cet effet nous sollicitons et supplions Monsieur le Préfet à nous autoriser à la restauration et la réparation de notre église et à la suppression des trois ouvertures tendant de la propriété de M. Lesain dans le cimetière de cette commune faites pas lui, ce qui donne lieu à la divagation d'un nombre d'animaux voraces qui devient préjudiciable au respect dû au genre humain dont la sépulture repose dans l'enceinte du dit cimetière.

Une barrière entre le cimetière et le manoir

« Recevez, Monsieur, l'assurance des nos considérations distinguées, les membres soussignés.

Delépine, Lambert, Jeanne, Lafosse, Pinguet, Metterie. »

M. Lefort, voici le double de cette délibération qui a été adressée à M. le Préfet.

Le même jour, les six conseillers adressent cette lettre à Lefort.

Les six membres soussignés vous présentent le détail de M. le maire et l'adjoint et un membre du conseil municipal nommé Duval, fermier de M. Lesain, le 4e Jacques Thuillier ne s'est point présenté, les trois premiers mentionnés se sont comportés de la manière la plus insolente, premièrement M. Lesain s'est permis à l'aide de son adjoint de faire et former une délibération tout à fait contraire à nos prétentions. A notre refus de signer, nous ont invectivés d'une nombre infini de mots très humiliants, plusieurs réitérés, en disant que nous réussirions point et qu'il ferait tout ce qu'il pourait contre de nous pour nous opposer de réussir et que le legs de M. Lesain a fait à son échéance qu'il en fera le dépôt à la caisse des amortissements et qu'il fera tout ce qu'il pourra contre nos prétentions. Monsieur Lefort, nous avons l'honneur de vous prévenir que nous adressons ce dit jour une délibération que nous adressons à M. le préfet ainsi nous vous supplions d'avoir la bonté d'appuyer notre délibération près M. le préfet. Recevez. ... etc...

Le 21 octobre, Lesain écrit au préfet :

J'ai l'honneur de vous informer que conformément à votre arrêté et à votre lettre du 7 de ce mois, j'ai convoqué les conseiller municipaux à se rendre le jour d'hier au lieu ordinaire des séances pour délibérer sur les travaux à faire aux réparations de l'église. La majorité a été d'avis que la restauration devait avoir lieu le plus tôt possible. La minorité a été d'avis que cette restauration n'était point utile et elle en a déduit les motifs comme vous le verrez dans la délibération ci jointe.
La majorité s'est refusée à signer cette délibération parce que, a-t-elle dit, si nous la signons, Monsieur le préfet croirait que nous adhérions aux moyens que fait valoir la minorité, je leur ai observé que toute assemblée délibérante avait le droit (majorité et minorité) d'un consigner des opinions sans que cela ne porte aucune atteinte à l'avis émis par l'un ou par l'autre, je n'ai jamais pu les convaincre et il se sont retirés en disant qu'ils allaient délibérer eux-mêmesL
La minorité pense, Monsieur, que le devis est insuffisant et qu'il faudrait une somme bien supérieure à celle qui est souscrite pour opérer cette restauration. C'est pourquoi elle vous prie de bien vouloir commettre un architecte pour en faire un autre auquel on puisse de sapporter; Car si on faisait ces réparations sans remplir toutes les formalités prescrites par la loi, celui qui en serait chargé s'exposerait à bien des récréminations et vraisemblablement au scandale de la calomnie.
Cette souscription a été faite à mon sinsu et je ne l'ai apprise que par la clameur publique, c'est votre lettre du 7 courant qui m'a convaincu de son existence, car si j'avais été consulté sur les intentions des membres de la majorité du conseil, j'aurais eu l'honneur de vous en informer en vous demandant votre avis sur ce qu'il y avait à faire....


Lesain réécrit au préfet le 5 novembre 1843.
J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint la liste de souscription et le devis que vous me demandez par votre lettre du 2 courant que j'ai reçue hier soir et vous préviens que je remets à l'instant même ces pièces à la poste avec cette lettre (3 heures de l'après-midi).
Le retard que vous avez eu dans la réception du procès verbal de la délibération du conseil municipal d'Yainville et de ma lettre du 21 octobre dernier a d'autant lieu de me surprendre puisque j'en avais fait faire la remise par mon fils au bureau de Duclair le dimanche 22 du même mois sur les 4h l'après-midi, ce que j'affirme et le prouverait au besoin. Je n'ai reçu aussi, Monsieur le préfet, votre lettre et votre arrêté du 7 octobre que le 12 suivant, jour où il a été timbré à la poste de Rouen, n'ayant pas rompu les bans, je l'ai fait voir aux conseillers municipaux réunis le 20 pour délibérer.
Je ne sais à qui attribuer ces retards.
Quant à la seconde demande que vous me faites, monsieur, relative au décès de Madame Lesain, je pense qu'il a eu lieu le 22 ou 23 juillet 1842. Je ne puis vous préciser le jour, cette dame étant domiciliée en la commune de Duclair ou a été constaté son décès...

La dénonciation de Delépine

Les lettres de protestations vont bientôt pleuvoir sur l'administration préfectorale. On accuse Lesain de braconnage, de fraude électorale, de népotisme... (voir notre page consacrée à Charles Lesain) Mais on parle surtout de l'église. Imaginez la tête de nos fonctionnaires à la lecture de cette littérature...

Yainville, le 7 novembre 1843

Monsieur Le fort

(...)

Jusqua Monsieur le Curé de Jumieges qui reitaire souvent dans notre Cne chez Mr le maire et ladjoint, pour faire leur les yntantions dun donc qune demoiselle delafenetre aurait l'envie de faire a l'eglise d'yainville, ce donc c'est une maison et sa dependance, lui appartenant et ayant apartenu cy devant a l'eglise servant de presbitaire  a notre Commune. 

Ressevez, Mr, L'assurance de ma parfaite consideration distinguee.

Delépine

La dénonciation de Lafosse

Monsieur Lefort. 

J'ai l'honneur de vous exposer, Jean Louis Lafosse, propriétaire et membre du conseil a Yainville un des plus imposés de la commune par les veux de toute la commune et que j'ai trouvé trouvé un bienfait que tout les habitants de cette commune et autres ayant vu tout leurs desirs et leurs offres au retablissement de leglise de Yainville et même je ferais un sacrifice honnetement. J'ai été chez l'adjoint mon cousin Mabon ayant été tres mal reçu en me disant je ne donnerai rien pour l'église a cette reponce je me suis retiré sachant que Monsieur le maire etait de son meme avis. 

Recevez Monsieur l'assurance de ma consideration distinguée.

Lafosse

Fait a Yainville le 7 novembre 1843.
La dénonciation de Pinguet

Mon sieur

Le membre du Con seil pinguet, vous declare que Mr le maire m'a toujours voulu faire croire, et voulant me trompé, ce que j'ai reconnu de puis en voulant me dire le Contraire ce que j'ai reconnu même j'ai cesser de lui parler, Ce Mr le maire de con sert avec Mr le Curé de Jumiege et ce Mr l'agoint Cme tresorier a cette fabrique dite de Jumieges, mont fait une avannie, comme d'habitude depuis nombre d'années, je portais le surplis, le perre prevost, perre de Mr le Curé conseiller de ses messieurs m'a fait les plus grande ingures que je n'ose vous dire dans cette eglise.

J'ai l'honneur d'ettre, Monsieur, votre très humble et obeissant serviteur.

pinguet  

Et une dénonciation collective

Yainville, le 13 novembre 1843

A Monsieur le baron Dupont Delaporte, Pair de France, commandeur de la légion d'honneur, préfet du département de la Seine-Inférieure.

Monsieur le Préfet,

Les habitant de la commune de Yainville soussignés sont ont sollicité par l'organe de leur conseil municipal votre bienveillante intercetion pour le rétablissement de leur petite église par une souscription volontaire. Tous les habitants ont adhéré à cette souscription, on ne peut donc pas dire que ce n'est pas le veu général puisqu'il n'y a à excepter de cette adhésion que Mr Lesain, Maire de la commune, son Adjoint et l'un de ses fermiers : un autre a souscrit malgré les menaces. Vous avez bien voulu entendre nos délégués et les encourager, Monsieur le Préfet, et cependant, malgré toute la justice de votre demande unie à votre désir d'y faire droit, nous n'obtiendrons aucun résultat favorable si Mr Lesain reste Maire de notre malheureuse commune. Le motif, le voici.

Il attaque l'église à la pioche !

Notre église se trouve juste en face de la maison d'habitation de Mr lesain et n'en est éloignée que de cinq ou six mètres, ce qui rend cette habitation fort incommode et sans vue, ensuite, le cimetière se trouve entre la dite habitation et la route, par la démolition de l'église, Mr lesain se procurait le moyen d'acheter le cimetière à vil prix, donnerait à sa propriété une sortie sur toute la route et lui faisait ainsi acquérir une une grande valeur. Il a bien malgré toutes les réclamations pratiqué trois sorties sur le cimetière, mais cela ne lui suffit pas, ces raisons qui n'ont pas besoins de commentaires font que Mr lesain trouve que l'Eglise tombe en ruine, qu'elle ne peut être rétablie et pour aider à son écroulement, la chronique n'hésite pas à l'accuser de donner de temps en temps, pendant la nuit, quelques coupes de pioches aux murs, ce qui malheureusement pour lui est un fait visible et criant.

Le conseil municipal se compose ainsi : six membres qui sont MMrs Lambert, Delépine, Jeanne, lafosse, Pinquet et Metterie. Ces six membres votent pour le rétablissement immédiat de l'Eglise, trois autres membres qui sont MMrs le maire, son Adjoint et son fermier, ces trois membres sont opposants, un dernier membre, Mr Thuillier, cousin du maire, reste presque toujours neutre.

Les délibérations de la majorité ne vous parviennent jamais, Monsieur le Préfet, mais celles de la minorité vous arrivent toujours.

(...)

Nous ne croyons pas de dire, Monsieur le Préfet, Mr lesain comme voisin serait un malheur, mais comme maire, c'est une calamité, et nous devons vous déclarer que si Mr lesain conservait ses fonctions dans notre commune, les six conseillers municipaux soussignés donneront ensemble leur démission.

Nous avons l'honneur d'être avec respect Monsieur le Préfet vos très humbles serviteurs.

Lambert, Pinguet, Jeanne, Lafosse, Méttérie, Delépine, tous conseillers municipaux. 

Signatures des habitants de la commune d'Yainville à la suitte

Lafosse fils, Sécard, LD Jeanne, Fressenge, Lafosse, Grain, Gacoin, Dorléans, Jn Aubéze, le Bourgeois, Fermant, Marechal, Théllié, Faine, bapaume, Prévost, dubois, Grain, hériché, Catton, jaque, Delépine, colombel, Féret, chale décharrois, masse, Renaut fils, théodule janne, Pinguet fils, pour ma mère Ade Lefieux, Damande, veuve costé, lafosse, jourdain, michel (?), Dubosc, duquesne, quilbert.

Après le charabia adressé à titre individuel par chacun de ces élus, ce texte collectif, plutôt bien tourné, fut manifestement rédigé par un tiers plutôt lettré. Alors qui !

A Rouen, on s'agite

Le jeudi 16 novembre, les deux savants mandatés par la commission des Antiquités visitent l'église et rencontrent la population. Le lendemain, ils en rendent compte à leurs pairs :

"MM. Rondeaux et De la Quérière ont visité l'église d'Yainville, annexée à Jumiéges ; ils ont été accueillis par le Conseil municipal, qui leur a exprimé le vif désir de voir cette église réparée ; ils ont fait une souscription et ont réuni environ 1,500 fr. Plusieurs habitants ont promis de concourir aux réparations par leur travail et par le don de matériaux. Un habitant riche a légué 10,000 fr. pour l'église si elle est rendue au culte ; dans le cas contraire, cette somme serait dévolue à celle de Jumiéges pour y placer des cloches.
Cette église est un dernier spécimen de l'état de l'art au XIe siècle, et mérite d'être conservée.
D'un autre côté, l'ancien presbytère a été restitué à la commune par un legs de la dernière propriétaire.
La Commission invite M. de la Quérière à se charger de rédiger le rapport qu'il lui parait convenable d'adresser à M. le Préfet à cet égard. "


Lire le rapport détaillé de M. de la Querrière au préfet :

 Le 7 décembre 1843, devant la commission des Antiquités, M. Deville relate qu’il a visité l’église d’Yainville et entre dans quelques détails sur "les curieuses peintures dont elle est ornée, et sur deux autels en pierre qui, par leur simplicité, paraissent du XIe." Il a d'ailleurs invité M. Drouin à faire des dessins, un plan et un  devis des dépenses que nécessiteraient les réparations ; il se propose de tâcher d'obtenir du Ministre de l'Intérieur un secours pour concourir à ces dépenses.

La fausse capitulation du maire

11 décembre 1843. Le conseil d’Yainville se réunit au grand complet. Lesain expose que le but de cette nouvelle réunion extraordinaire autorisée par le préfet dans une lettre du 23 novembre, est de délibérer sur la nécessité du rétablissement de l’église et de son érection en chapelle vicariale, sur le montant du traitement du chapelain, celui de la dépense annuelle présumée de l’entretien de l’église et du presbytère.

 Et ils sont cette fois unanimes nos élus, « par le motif principal que la commune se trouvera en mesure de profiter de la libéralité faite par Monsieur Lesain. »

S’agissant du traitement du chapelain et des frais d’entretien de l'église et du presbytère, la commune déclare s’en rapporter à l’administration supérieure.


Le lendemain, à Rouen, on statue sur les plaintes déposées contre Lesain.

Monsieur le Préfet m'a renvoyé ces plaintes par les mains de Mr Lefort en me chargeant de faire le nécessaire. J'ai traité la partie qui me concerne, c. à d. la double question de l'opposition et de l'érection en chapelle. Il reste à s'occuper de la suppression ou du remplacement du maire, objet rentrant dans les attributions du cabinet.

12 Xbre 1843

Le chef de la division de l'int. (Signature illisible)



L'enquête du juge de paix

Duclair, le 14 Xbre 1843

A Monsieur le Pair de France, conseiller d'Etat, Préfet de la Seine-Inférieure, commandeur de la Légion d'honneur

Monsieur le Préfet, 

Je viens répondre à votre lettre confidentielle du 4 de ce mois & j'ai l'honneur de vous communiquer le faible résultat de mes investigations, faites comme pour satisfaire ma curiosité personnell

(...)

Je suis convaincu que Mr Lesain a le désir de voir disparaitre la petite église qui existe a peu de distance de sa maison, mais je ne crois pas que ce désir ait été jusqu'à la saper. Je crois que la vétusté & l'abandon ont seules exercé leurs ravages sur ce bâtiment qui servait de grange depuis longtemps & qu'on a cessé d'employer à cet usage à cause de la destruction d'une partie de la toiture & du mauvais état d'une muraille qui mettaient en danger les grains & fourages qu'on y déposait.

Je vous prie, Monsieur le Pair de France Préfet de regarder cette lettre comme très confidentielle & pour vous seul.

J'ai l'honneur d'être avec le plus profond respect 

Monsieur le Pair de france Préfet

votre très humble & très obéissant serviteur.

Le Juge de paix du canton de Duclair.
Depeau

Le 21 novembre, la préfecture écrit au ministre de l'Intérieur :

Il existe dans la commune d'Yainville une église monumentale du XIe siècle en assez bon état de conservation pour la restauration de laquelle une dépense de 800 et quelques francs serait suffisante et afin d'y pourvoir une souscription qui s'élève déjà à 1.500F a été spontanément réunie entre les habitants.
Mais la fabrique de Jumièges, propriétaire actuel de cet église aux termes du décret de concession du 30 mai 1806 est disposée à mettre obstacle à cette restauration afin de profiter d'un legs de 10.000F qui a été fait en faveur de l'église d'Yainville dans le cas de son rétablissement  avec réversibilité dans le cas contraire en faveur de Jumièges. Je vais procéder aux formalités nécessaires pour parvenir à l'érection en chapelle communale de cet intéressant monument dont la commission d'Antiquités désire aussi mais ces formalités sont assez longues et les dégradations de l'église pourraient s'accroître si l'on n'y apportait pas promptement un remède.
Dans ces circonstances, je viens vous prier, M. le ministre, de vouloir bien me faire savoir le plus tôt possible si je peux ordonner d'urgence l'exécution des travaux dont il s'agit sans, au préalable, avoir pris l'avis de la fabrique de Jumièges.
Il n'est pas sans intérêt de vous faire savoir qu'indépendamment de son legs de 10.000F pour achat de cloches ornements etc. et de' souscription de 1.500F actuellement réunie, Yainville va posséder une maison et dépendances à usage de presbytère qui vient de lui être donnée par testament.

Le 8 décembre, le ministre de l'Intérieur répond :

Monsieur le préfet, je vous autorise à ordonner d'urgence les travaux de restauration que réclame l'église d'Yainville sans prendre l'avis de la fabrique de Jumièges ainsi que vous me le demandez... D'après les considérations que contient votre lettre, le monument doit être conservé et je viens provisoirement de l'inscrire parmi les Monuments histriques. Dans le cas ou vous désireriez  qu'il demeurât sur la liste des monuments déjà classés, vous m'adresseriez les renseignements qui sont nécessaires à l'examen de l'affaire et dont l'énumération se trouve dans mes circulaires relatives aux monuments historiques...

Le 9 décembre, les services préfectoraux préviennent Grégoire, architecte en chef du Département :

Sur ma demande du 21 novembre dernier, M. le ministre de l'Intérieur vient de m'autoriser à ordonner d'urgence les travaux de restauration que réclame l'église dYainville, petit monument du XIe siècle dont la commission d'Antiquités avair réclamé aussi la conservation et M. le ministre m'annonce qu'il vient provisoirement d'inscrire cet édifice au nombre des monuments historiques.
Une souscription d'environ 1.500F a déjà été réunie entre les habitants d'Yainville pour cet effet, j'en ai le titre sous les yeux.
Comme je suis informé que l'on a commencé les travaux et qu'ils pourraient n'être pas exécutés avec le soin et l'intelligence nécessaires, je vous invite à vous charger sans retard de leur direction, vous voudrez bien donner un croquis des réparations à faire et me l'envoyer afin que je le prenne pour base des propositions que j'aurai sans doute à présenter pour obtenir un secours du gouvernement, dans le cas probable de l'insuffisance des ressources réalisées.
Ci joint un petit projet informe que les souscripteurs m'ont remis.

Le 13 décembre, la préfecture écrit à Lambert, l'un des conseillers d'Yainville

M. Grégoire, architecte en chef du département, que j'ai chargé de surveiller l'exécution des travaux à faire pour restaurer l'église d'Yainville, m'écrit que toutes dépenses de réparations intérieures à cet édifice deviendraient en pure perte si on ne les ajournait pas jusqu'après la consolidation des murs et du toit.
Il nous a fait dans ce sens des recommandations que je vous invite à ne pas endreindre, car en continuant les travaux sans ordre, vous pourriez devenir responsable des accidents qu'un défaut de soin occasionneraient.
Je conçois l'impatience dont sont animés les habitants d'Yainville pour remettre au plus tôt en bon état leur église, mais c'est seulement en vous conformant avec ponctualité aux instructions de M. Grégoire ou de son adjoint que vous pourrez espérer d'arriver à ce but.
Je vous prie de communiquer cette lettre aux membres du conseil qui ont provoqué avec vous cette restauration.


Sauvée in extremis !

Ouf ! L'église d'Yainville est classée provisoirement monument historique. Le Journal des débats du 14 décembre 1843 :

« L'église d'Yainville est remarquable par son antiquité depuis plus de quarante ans elle était abandonnée et elle tombait en ruines, lorsque la sollicitude de M. le préfet de la Seine-Inférieure fut éveillée, non seulement par les plaintes des habitants, mais encore par une souscription où les plus pauvres se cotisèrent pour obtenir la conservation de leur église et du cimetière où reposent les cendres de leurs pères divers incidents compliquaient cette question, et des débats s'étaient engagés pendant lesquels la destruction de l'édifice serait devenu complète. M. le ministre de l'Intérieur a tranché toutes ces difficultés par une décision qui sera louée par les gens de bien, et qui sera reçue avec acclamations dans ce petit pays; il a accueilli la demande de M. le préfet, en inscrivant provisoirement l'église d'Yainville sur la liste des monuments historiques, et en autorisant le magistrat à ordonner d'urgence les travaux de réparation que réclame cet édifice.
 M. le préfet va procéder aux informations nécessaires pour que, sur le rapport de la commission des monuments historiques, le ministre de l'Intérieur puisse prononcer définitivement, s'il y a lieu le maintien de l'église d'Yainville parmi les anciens monuments de la Normandie. »


Le 15 décembre 1843, on réécrit de Rouen à Lambert :

Sur la demande que vous avez faite par une lettre du 11 de ce mois, signée de vous et de cinq autres conseillers municipaux d'Yainville, j'ai l'honneur de vous renvoyer la liste des souscriptions montant à 1.186F qui ont été recueillies dans la commune pour concourir à la dépense de restauration de l'église. Je vous invite à m'en adresser un double sur papier libre qui restera déposé dans mes bureaux. Il serait utile, pour que l'on puisse employer cette ressource au moment opportun, sur la justification du mémoire de la dépense, que cette somme fut versée dans la caisse municipale, avec son affectation spéciale. Vous voudrez bien m'en informer. Veuillez au surplus communiquer cette lettre à vos co signataires.

Le préfet interpelle le ministre

Le baron Dupon-Delporte, se montrera sensible à l'appel des Antiquaires. Le 18 décembre, il adresse une longue lettre au ministre des Cultes.

"La commune d'Yainville située près des rives de la seine a son église intérieurement dépouillée de ses ornements mais dont le vaisseau, au moyen de quelques réparations pourrait être conservée pendant longtemps encore. Cette église, monument historique du XIe siècle, est du nombre de celles, fort rares, encore debout sur le sol de Normandie, dont il importe d'arrêter la ruine et j'ai vu avec intérêt que tous les habitants de la commune viennent de souscrire spontanément à cet effet. Le devis de restauration porte la dépense à 849.25, la souscription s'élève déjà à plus de 1.200F. Les travaux n'engagent donc en rien les ressources communales et ils pourraient être immédiatement entrepris. Mais au moment d'y donner mon approbation, un obstacle a surgi. L'église d'Yainville paraît comprise dans le décret du 30 mai 1806 et appartiendrait dès lors à la fabrique de Jumièges à laquelle Yainville est réuni depuis longtemps pour l'administration du culte.

Ai-je le droit d'ordonner la restauration de la dite église sans consulter la fabrique propriétaire ? Si je la consulte, son avis sera certainement défavorable, on conçoit effectivment que le clergé de Jumièges craindra que les réparations de l'église de son annexe ne soient un premier pas vers une mesure d'indépendance. Cette fabrique aurait un autre motif d'opposition non moins puissant : M. Lesain, père du maire actuel d'Yainville
(sic), a donné par testament à titre gratuit une somme de 10.000F destinée à l'achat de cloches et ornements affectés à l'église d'Yainville si celle-ci est rétablie et, dans le cas contraire, réversible en faveur de la fabrique de Jumièges qui a accepté ce legs conditionnel en vertu d'une ordonnance royale du 30 janvier 1828.

Alors, il faudra que par suite de cette opposition, d'une part, l'édifice historique tombe en ruines malgré les vœux du gouvernement pour la conservation de ces sortes de monuments et que la volonté manifeste de l'auteur du testament ainsi que les sacrifices fort honorables de tous les habitants d'Yainville ne soient plus qu'une lettre morte.

J'ajoute à ces considérations que l commission d'Antiquités à exprimé plusieurs le vœu, et notamment dans le rapport ci-joint, de la restauration de l'église d'Yainville et que ces derniers jours, pour justifier l'universalité du sentiment qui anime les habitants de cette petite commune, un d'eux vient de lui faire donation par acte authentique de la propriété d'une maison et dépendance située dans cette localité et ci-devant à usage de presbytère, à la condition de reprendre la même destination.

J'avais, dès lors, le projet de provoquer l'érection de cette église en chapelle communale mais pour y parvenir, je rencontrerai encore, dans les enquêtes prescrites, et à plus forte raison, l'opposition de Jumièges. Faudra-t-il que par l'effet d'une résistance d'intérêts pécuniaires, la commune d'Yainville qui se montre si digne d'intérêt, soit dépouillée des avantages que lui assure à la fois les intérêts de la science archéologique et les sacrifices multiples de ses habitants ? Il serai, je n'en doute pas, le résultat de l'accomplissement des formalités exigées par l'érection en chapelle.

Mais un doute me vient sur la nécessité de s'appuyer sur l'adhésion de la fabrique chef-lieu, dans cette instruction et dans l'autorisation à donner par les restaurations de l'église d'Yainville. En premier lieu l'intérêt général ne peut-il pas justifier les mesures de conservation de cet édifice, même malgré la résistance du propriétaire, la fabrique ? En second lieu, l'avis du conseil d'Etat transmis par la circulaire de M. le ministre de l'Intérieur du 23 juin 1838 reconnaît bien, il est vrai que les édifices supprimés avant le décret de 1806 appartiennent aux fabriques chef-lieux, mais en résulte-t-il un droit incommutable en faveur de ces fabriques. En d'autres termes, si une administration fabricienne était aujourd'hui instituée à Yainville, ne serait-ce pas à celle-ci que reviendrait la propriété comme la possession de l'église du lieu ? Ces deux questions trouvent leurs solutions dans une ordonnance réglementaire du 28 mars 1820 qui permet de distraire des biens et rentes possédés par "une fabrique paroissiale pour les affecter à une succursale ou chapelle, tout ou partie des dits biens et rentes provenant de ces succursales ou chapelles", ordonnance dont le principe a été appliqué à une affaire concernant la commune de Victot par une autre ordonnance rendue au conseil d'Etat le 11 mai 1825.
Si, en droit, vous partagez mon avis à cet égard, je donnerai suite immédiatement
1) en autorisant les restaurations urgentes de l'église d'Yainville
2) en provoquant l'érection en chapelle communale de cette même église après l'accomplissement des formalités prescrites.
Je vous serai très obligé, M. le ministre, de m'adresser le plus tôt possible vos instructions pour ce rapport...


Les mutins présentent leur démission

Le 26 décembre, les insurgés reviennent à l'attaque.

« Monsieur le Préfet, 

Nous pensions, d'après ce que vous aviez dit et ce que Monsieur le secrétaire général nous avait promis en votre nom, nous pensions, disons-nous, que vous rendant aux voeu de toute une population que vous auriez révoqué le maire de notre commune. Il aparait que nous nous sommes trompés et que ce n'etait que de vaines promesses, il nous afflige de vous le dire, Monsieur le Préfet, mais il est impossible que votre religion ne soit pas surprise par ceux qui sont assez heureux pour vous approcher, car nous voyons à Jumièges un Maire changé sous le plus léger prétexte (cinq depuis 1840). 

Le presbytère va être vendu !

« Cette commune est constamment en désacort tandis que nous tranquilles et parfaitement unis, vous nous imposez un homme renvoyé par vous d'une autre commune et qui vous le savez est l'ennemi juré de tous les habitants, cela est-il équitable, Monsieur le Préfet, nous vous le demandons à vous-même ? Malgré vos arrêtés et vos instructions, dont Mr lesain se vante de ne faire aucun cas, le presbitere qui nous avait été donné par Mademoiselle Delefenêtre va être vendu par les héritiers qui sont d'accord avec le maire, il se moque aussi bien de vous comme de nous et tous les jours ce sont les propos les plus grossiers. 

Comme le scandale est à son comble et qu'il en résultera peut-être des malheurs dont nous voulons vous laisser toute la responsabilité en y étant tout à fait étrangers, nous vous prions d'accepter notre démission de conseillers municipaux, plus tard, vous reconnaitrez qui de vous ou de nous avait raison. Dieu veuille que quelqu'un ne soit pas victime de ceux qui vous trompent si hardiment !

A son de caisse

« Monsieur le Préfet, il nous afflige encore une fois de vous le répéter que le vingt quatre du courant, jour auquel Mr le maire a fait publier au son de caisse, le jour ou devait avoir lieu le comodo et incomodo de la commune de Yainville par Monsieur le juge de paix qui a été délégué par vous, Monsieur le Préfet, ce qui a donné léveille a tous les habitants de notre commune qui se sont approchés pour entendre la publication. Dans le nombre de ces habitants, nous n'ignorez pas, Monsieur le Préfet, que plusieurs ne se trouvent pas apportée de savoir, ce que c'est que le commodo et l'incomodo, cest mêmes personnes ont demandé au fils de Mr le maire ce qui il publiait au son de la caisse, Mr lesain fils lui a répondu qu'il annoncait qu'il ne falait pas qu'il payent le montant de leur souscription parcequil perdraient leur argent.

Les souscripteurs se défilent

« Comme vous le voyez, Monsieur le Préfet, cette défiance annoncée au public par le fils de Monsieur lesain aux habitants de notre commune nous occasionne beaucoup de contrarietés dans ce moment ci car c'est dans ce moment que nous parcourons la commune pour recueillir les fonds provenants de la souscription qu'ils ont fait et que beaucoup de personnes sont près de refuser de remplir l'obligation qu'il ont pris par leur souscription, et cela par la défense quil leur en est faite par le fils de Mr le maire.

« Ainsi, Monsieur le Préfet, vous vous trouvez encore une fois convaincu des mauvaises intantions de Monsieur lesain pour sa commune.

Une corde tendue...

« La preuve en est dans tout ce qui est mentionné ci dessus, Monsieur le Préfet, car le dix neuf courant, nous nous sommes transportés chez Mr le maire, son adjoint et le fermier de Mr le maire pour leur présenter la souscription que vous nous avez fait l'honneur de nous envoyer pour qu'ils s'inscrivent avec nous d'après la promesse qu'ils vous ont faite, Monsieur le Préfet, ce quil ont refusé en nous professant les plus grandes injures, nous nous sommes retirés sur les sept heures du soir, descendant le cimetière de notre commune sortant de chez lui et par la principale entrée du cimetière il existe trois gradins à descendre, hélas sur le second gradin il s'est trouvé une corde tendue attachée à deux piquets, un de chaque coté, enfoncé de chacun seize centimettre de profondeur, sur la longueur d'un mettre cinquante centimettre, cette corde élevée à seize centimettres de hauteur, cela etait fait pour occasionner un malheur et estropier quelqu'un de nous celui qui sonne l'angelus matin et soir.

On a tiré sur le coq du clocher !

« Il n'y a pas même juqu'au coq de dessus notre clocher qui a été tiré d'un coup de fusil chargé a balle venant du coté de la propriété de Mr lesain, ce qui a occasionner une perte d'environ soixante six centimettres, vers la route de Jumieges a Duclair, ce qui nous a contrainte de le faire descendre pour le faire réparer.

«Nous avons l'honneur d'être, Monsieur le Préfet, vos dévoués serviteurs.

Méttérie, Lambert, Delépine, Pinguet, Jeanne, Lafosse.

Yainville le 26 décembre 1843. »

Soutenu par le Préfet

Commune d'Yainville 

Plainte des membres du conseil 
contre le maire

(Affaire confidentielle)

(Conférence du 28 Xbre 43)

M. le Préfet se fondant sur la lettre du Juge de paix ne croit pas qu'il y ait de motifs assez graves pour provoquer la destitution du maire. 

Le seul fait grave qui ait été articulé est la tentative de destruction des murs de l'église, et ce fait n'est pas prouvé. S'il apparaissait quelque circonstance importante, il faudrait en demander la justification et alors on enverrait sur les lieux un conseiller de préfecture pour faire une enquête.

Si les conseillers municipaux insistent sur leur démission, leur faire remarquer que dans leur intérêt, il vaut mieux qu'ils demeurent pour servir de frein aux envahissements dont ils se plaignent.


Les 45 Yainvillais qui sauvèrent leur église

Le 31 décembre 1843, le vieux juge de Paix du canton de Duclair, Adrien Despeaux, se transporte encore à Yainville pour procéder à une nouvelle enquête. Officielle, celle-là. Il est midi quand il pénètre dans le local de la mairie. Tout avait été annoncé par voie d'affiches. Le maire, sans doute par la voix du garde-champêtre, en avait fait l'annonce les dimanches 24 et 31 décembre. En entrant, Despeaux dépose sur le burean la délibération du 11 décembre et copie des affiches. Aux Yainvillais réunis, il lit à haute voix toutes ces pièces et le préambule du procès-verbal qu'il va dresser et invite les habitants présents à déposer.

1) Le sieur Pierre François Prosper Lafosse, retraité des douanes, à dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale et offre à contribuer pour ce qui sera nécessaire ultérieurement ce qu'il a signé. Lafosse.

2) Le sieur François Cauvigny, cultivateur, a dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale parce que je préfère aller à l'office ici pour ne pas faire une demie lieue pour aller à Jumèges, ce qu'il a signé. Cauvigny.

3) Le sieur Jean Augustin Lafosse, propriétaire, a dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale pour mon utilité, ce qu'il a signé. Lafosse fils.

4) Le sieur Robert Guilbert, propriétaire, a dit Je demande qu'on raccommode l'église et qu'on l'érige en chapelle vicariale pour l'utiité de la commune , ce qu'il a signé. Guilbert.

5) La dame veuve Fleury, journalière, a dit Je demande qu'on raccommode l'église et qu'on l'érige en chapelle vicariale pour la commodité de la commune, ce qu'elle n'a signé ayant déclaré ne savoir écrire. A Despeaux.

6) Le sieur Dominique Damandé, propriétaire, a dit Je tiens à ce que l'église soit rétablie et mise en chapelle vicariale pour la commodité des habitants, ce qu'il a signé;. Damandé.

7) Le sieur Théodule Jeanne, cultivateur, a dit Je demande que l'église soit rétablie et qu'elle soit chapelle vicariale pour ma commodité et celle des habitants, ce qu'il n'a signé ayant déclaré ne savoir. A Despeaux.

8) Le sieur Lt Dubosc, journalier, a dite Je demande que l'église soit rétablie et soit chapelle vicariale pour ma commodité et celle des habitants de la commune, ce qu'il a signé. Dubosc.

9) Le sieur Tranquille Cléret, journalier, a dit Je réclame que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune, il a déclaré ne savoir signé et avons signé pour lui. A Despeaux.

10) Le sieur Jean Aubé, cultivateur, a dit Je tiens à ce que la chapelle l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale pour ma commodité et celle des habitants, ce qu'il a signé, rayé deux mots nuls. Jean Aubé.

11) Le sieur Félix (enfant de l'hospice) domestique a dit Je demande que l'église soit rétablie et reconnue chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune. Il a déclaré ne savoir écrire. A Despeaux.

12) Le sieur Louis Héricher, journalier, a dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale et n'a d'autre motif à donner, il a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

13) Le sieur Jacques (enfant de l'hospice), journalier, a dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale, il a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

14) Le sieur Denis Masse, propriétaire, a dit Je demande que l'église soit rétablie et mise en chapelle vicariale pour la commodité de l'endroit, il a déclaré ne pouvoir signer. A Despeaux.

15) Le sieur Pierre Forcher, journalier, a dit Je demande que l'église soit rétablie et soit reçue chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune, ce qu'il a signé. Forcher.

16) Le sieur Nas Loquin, propriétaire, a dit Je demande que l'église soit raccommodée et mise en chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune, ce qu'il a signé. Loquin.

17) Le sieur Jean-Jacques Lécuyer, propriétaire, a dit Je désire que l'église soit rétablie et et érigée en chapelle vicariale pour l'utilité de la commune, ce qu'il a signé. Lécuyer.

18) Le sieur Ferdinand Capelle, journalier, a dit Je demande que l'église soit rétablie et mise en chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune, il a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

19) Joséphine Héricher, journalière, a dit Je demande que l'église soit rétablie et reconnue chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune, elle a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

20) Le sieur Isidore Lafosse fils, domestique, a dit Je demande que l'église soit rétablie et mise en chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune, il a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

21) Le sieur Vincent Victor Duquesne, douanier, a dit Je demande que l'église soit rétablie et passée chapelle vicariale pour ma commodité, celle des mes enfants et de la commune, ce qu'il a signé. Duquesne.

22) Le sieur Pierre Forcher père, journalier, a dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale pour la commodité de la commune, il a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

23) Le sieur Jacques Féret, marin, a dit Je demande que l'église soit rétablie pour l'utilité de la commune et de mes enfants, ce qu'il a signé. Feret.

24) Le sieur Pierre Paul Grain, propriétaire, a dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale, ce qu'il a signé. Grain.

25) La demoiselle Miorme Rose (enfant de l'hospice) a dit Je demande que l'église soit rétablie et reconnue chapelle vicariale, elle a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

26) Le sieur Georges Delépine, journalier,a dit Je demande que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale pour la commodité publique, ce qu'il a signé. Delépine.

27) Le sieur Jean-Baptiste Bapeaume, cultivateur, a dit Je demande que l'église soit arrangée et érigée en chapelle vicariale pour la commodité de la commune, ce qu'il a signé. Bapeaume.

28) Le sieur Eugène Héricher, carrier, a dit Je demande que l'église soit rétablie pour chapelle vicariale pour l'utilité de la commune, il a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

29) Le sieur Michel Boisguillaume, journalier, a déclaré Je désire que l'église soit rétablie pour l'intérêt de la commune et qu'elle soit érigée en chapelle vicariale, ce qu'il a signé. M. Boisguillaume.

30) Le sieur Isidore Lafosse père, journalier a déclaré Je désire que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale pour ma commodité, celle de mes enfants et de ma commune, ce qu'il a signé. Lafosse.

31) Le sieur Joseph Ferment, pêcheur journalier a dit Je désire que l'église soit rétablie et érigée en chapelle vicariale pour ma commodité et celle de la commune, il a déclaré ne savoir signer; A Despeaux.

32) Le sieur Esprit Caton, journalier, a dit Je désire que l'église soit rétablie chapelle vicariale pour l'utilité de mes enfants et de la commune, il a déclaré ne savoir signer. A Despeaux.

Le sieur Pascal Metterie, membre du conseil municipal, nous a présenté quatorze + déclarations écrites et signées. Il nous a affirmé que les signatures y apposées sont bien celles des déclarants qui sont dans l'impossibilité de se présenter, il nous requiert de les joindre au présent procès-verbal, ce à quoi nous avons obtempéré dans l'ordre qui suit pour valoir ce que de droit.

Le sieur Thomas Grain dont la déclaration porte le n° 33. A Despeaux.

34) Le sieur Pinguet fils, cultivateur. A Despeaux.

35) Le sieur Edouard Jeanne, marchand de foin. A Despeaux.

36) La dame veuve Aubé, propriétaire, cultivatrice. A Despeaux.

37) La dame veuve Vautier, propriétaire. A Despeaux.

38) Le sieur Prévost, propriétaire et douanier. A Despeaux.

39) Le sieur Riault, douanier. A Despeaux.

40) La dame veuve Côté, propriétaire. A Despeaux.

41) Le sieur Jourdain, sous-brigadier des douanes. A Despeaux.

42) Le sieur Cauvigny fils, chez son père, cultivateur. A Despeaux.

43) Le sieur Tribouillard fils, charron. A Despeaux.

44) Le sieur Sécard, propriétaire et douanier. A Despeaux.

45) Le sieur Alexandre Dossier (c'est le cousin du maire !) propriétaire dit Je m'oppose au rétablissement de l'église parce que je crois que ce sera une charge trop onéreuse aux habitants tant pour l'entretien la réparation de l'église, son entretien, l'acquisition et l'entretien d'un presbytère et le traitement du prêtre; rayé un mot nul, ce qu'il a signé. Alexandre dossier.

Après avoir attendu jusqu'à quatre heures du soir, personne ne se présentant plus, nous avons clos le présent procès-verbal.

+ Nous faisons observer qu'il n'y a que douze déclarations présentée par le sieur Metterie au lieu de quatorze comme il est dit ci-dessus, rayé deux mots nuls. A Yainville, les jour, mois et an susdits. A Despeaux.

Le juge de Paix transmit son rapport au Préfet. Mais la partie était loin d'être gagnée.



Pour suivre : Les mauvais coups des Jumiégeois