Quatorze noms de Poilus sont gravés sur le monument aux morts d'Yainville. Voici tout ce que nous savons de ces hommes.  Puisse leur famille nous adresser des détails biographiques, des photos pour les honorer.

BEYER Alexandre Henri. Mort à 21 ans le 17 décembre 1914, 7h30 du matin, lors des combats de Heenstrate, à Zuydschoote, en Belgique, où il est inhumé.
Né à Yainville le 15 décembre 1893, il était le fils de Joseph Beyer et de Marie-Henriette Bruneau. Alexandre Henri avait subi le conseil de révision à Rouen. où ses parents habitaient alors au 18, place de la Basse-Vieille.
Le 20 novembre 1913, il fut classé Soutien indispensable de famille. C'était un homme d'1,64 m, les cheveux châtain, les yeux brun. Marinier, il fut Matelot de 3e classe sans spécialité, il avait été incorporé à Rouen sous le N° 1890 et versé dans le 1er régiment de Marine, 1er bataillon. Sur ses papiers militaires, on indiqua par erreur qu'il mourut... en 1931. C'était en fait l'année où son acte de décès fut trasmis à la mairie de Yainville.
Il avait un frère, Joseph Raoul, né en 97 à l'île de Batz, et qui fut incorporé dans l'Infanterie coloniale en 1916 pour la campagne d'Allemagne. Gazé en 18, congédié en 19, il fut ensuite  réformé temporaire pour emphysème et maintenu dans le service armé en étant affecté comme chauffeur à la centrale d'Yainville. Il avait été cité à l'ordre de son régiment et décoré de la Croix de Guerre.
La famille Beyer habitait l'une des plus anciennes maisons de Yainville, celle qui est en pierres blanches, derrière la salle des fêtes. Après la seconde guerre, elle était habitée par Henri Beyer et son épouse, née Rio, et accueillait au fond de son terrain la salle du catéchisme construite par les paroissiens
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BRUNEAU Ernest. Il était né le 12 juin 1882 à Guerbaville. C'était un homme de petite taille, 1,53m, les cheveux chatain, les yeux marron. Au conseil de révision, il fut dispensé, étant fils de veuve alors que son frère aîné était impotant. Il fut cependant incorporé en 1903. Le 2 août 1914, il est rappelé et ne rejoint pas immédiatement son corps, car il est alors affecté à la surveillance des voies navigables. Mais on le retrouve un mois plus tard comme soldat à Rouen-Nord dans le 3e régiment du génie.  Il a été porté disparu à Douaumont le 28 février 1916 et déclaré "tué à l'ennemi". Il avait 34 ans. L'acte fut retranscrit à Yainville le 23 novembre 1921. Fils d’Aristide Bruneau et Marie Louise Monchy, il laisse une veuve à Yainville : Marie Valentine Delépine.

BRUNEAU Henri. Frère du précédent. Blond aux yeux bleu, 1,63m, il était né le 5 octobre 1878 à Guerbaville et exerça d'abord la profession de marin. c'est d'ailleurs dans la marine qu'il accomplit un an de service militaire. Il travailla chez Mustad. Son épouse, Marguerite Mainberte, ma grand tante, tenait le café de l'Eglise à Yainville. Incorporé le 4 août 1914 à Rouen-Nord au 21e RIT puis, en novembre 1915 dans le 3e régiment du Génie, basé à Arras, il a été porté disparu a Douaumont le 28 février 1916 et déclaré "tué à l'ennemi" après qu'on l'ait cru prisonnier. Sapeur-démineur, il avait 38 ans. Son cops ne fut jamais retrouvé. L'acte fut retranscrit à Yainville le 19 août 1920.  Il laissa quatre enfants: Henri, Roger, Camélia, épouse Dubois et Yolande.     
Vers 1900, un carte-postale du café de l'église fut publiée au nom d'Henri Bruneau. Si quelqu'un en possède une meilleure copie...

COLIGNON Maurice Albert. Il était né le 22 septembre 1890 à Yainville. Il était le fils de Marius Colignon et de Victoire Désirée Egret. C'était un garçon aux cheveux très blond et aux yeux clairs. Il mesurait 1,63m. Il était garçon boulanger lorsqu'il fit son conseil de révision. Il accomplit son service dans une section de commis et ouvriers.
 
Incorporé le 3 août 14 à Rouen-Nord comme soldat de 1ère classe, il mène campagne contre l'Allemagne dans 129e RI puis le 172e, 10e compagnie, il est "tué à l'ennemi" dans la région des Bovette, Aisne, le 14 mai 1917, 6h du soir. Décoré de la Croix de guerre, il avait 27 ans. Maurice fut cité à l'ordre de son régiment le 24 mai 1917 : "A constamment assuré son service de guetteur malgré un violent bombardement. Tombé glorieusement à son poste de combat."
Il fut inhumé à Vauxbin, tombe N° 649, carré B.
L'acte fut retranscrit à Yainville le 10 décembre 1919. Il laissait à Yainville une veuve de 23 ans: Juliette Lenoir, qui allait succomber à son tour le 18 novembre 1918. Ce qui laissa orpheline France Andréa, plus tard épouse Orange, née le 8 août 1916. Elle fut élevée par un oncle. 
J'ai connu une Madame Colignon, une proche de notre famille. Elle était née Louise Grain, sœur de Lucie, Léon et Berthe Grain. Femme de ménage à l'école, elle vivait dans l'un des quatre logements en briques rouges situés face à la salle des fêtes, bâtiment édifié par Sylvestre pour les ouvriers des carrières de Yainville.

 
DORLEANS Albert Lucien. Il était né à Yainville le 20 janvier 1890 de Adolphe François Dorléans et Henriette Bettembos. Il mesurait 1,66m, avait les cheveux châtain et les yeux marron. Lorsqu'il accomplit son service au 129e RI, il fut admis une quinzaine de jours à l'hôpital mixte du Havre, en avril 1912. Incorporé à Rouen-Nord comme soldat dans le 129e régiment d'infanterie. Il est mort à 26 ans le 21 avril 1916 à Bar-le-Duc, Meuse, de ses "blessures de guerre", et y fut inhumé, tombe N°  2778. Il avait 26 ans. L'acte fut retranscrit à Paris le 13 juin 1917. Les Dorléans étaient une famille de propriétaires fonciers. C'est une demoiselle Dorléans qui a vendu un terrain constructible à mon père, Raphaël Quevilly, sente aux Gendarmes, aujourd'hui rue Jules-Ferry. C'est le 6 février 1921 que le conseil d'Yainville décida de rajouter son nom à la liste des morts à graver sur le monument.

ERNST Henri Joseph. Brun, 1,78m, il était né à Oissel le 1er avril 1887 d'Eugène Ernst et Marie Lebret. Il fut d'abord employé du télégraphe et résidait alors à Darnétal et accomplit son service en 1908 au 94e RI. En 1912, on l'affecta à la 4e section de chemin de fer de campagne. Il habitait alors Oissel, cour au Duc, 27 rue Deshais.
Incorporé le 28 août 14 à Rouen-Nord comme caporal, il passe en 1915 au 3e régiment du Génie, 3e bataillon, 51e compagnie, il eut une citation. "Faisant partie de l'équipe des prisonniers, a servi avec découement et a donné beaucoup de preuves de courage, possède toutes les qualités pour entraîner les hommes qui lui sont confiés". Il est "tué à l'ennemi" le 28 janvier 1916, à 3h, lors du combat à Chuignes, dans le secteur de Frise, Somme. Il avait 29 ans et la Croix de guerre. Il fut inhumé au cimetière de Dompierre-Becquincourt, tombe N°3536. L'acte fut retranscrit à Yainville le 8 juin 1916 où il vivait et laissa une veuve : Épiphane Chrétien.


GRAIN Auguste. Né à Yainville d'Alphonse Alfred et Marie Delogé, le 10 octobre 1896. Charles Auguste était employé de chemin de fer. Châtain aux yeux bleu, il fut incorporé à 20 ans le 5 septembre 1916 au 2e sapeur et passa au 11e du génie le 6 décembre 17. On le réforma pour tuberculose le 29 avril 1918. Il est mort à Yainville le 31 octobre, 11 jours avant l'Armistice, et sans la mention Mort pour la France.
A noter, sans lien direct avec Auguste, un Alexandre Grain, cultivateur de Jumièges né à Yainville le 28 juin 1892 d'Alexandre Alfred et Louise Virvault, incorporé le 23 mai 1917 au 153e RI, blessé le 22 juillet 18 d'une balle au mollet. Il souffrit d'épilepsie post-traumatique.


LEFEBRE Joseph. Né à Yainville le 9 septembre 1895, Fils de feu Pierre Paul Lefebvre et Marie Léontine Frémont, cheveux bruns, les yeux gris, 1,72m, Pierre Joseph était célibataire et exerçait la profession de journalier.
Incorporé le 18 décembre 1914 au 119e RI il était 2e classe dans la 10e compagnie quand, le
26 juin 1915, à 1h, il est "tué à l'ennemi" à l'âge de 20 ans sur le champ de bataille d’Aix-Noulette-Souchez. L'acte de décès fut transcrit à Yainville le 8 juin 1916.

MAUGER Georges. Fils de feu Pierre Mauger et Victoire Egret, il était né le 1er juin 1886 à Yainville. Brun, 1,62m, il est mobilisé le 3 août 1914 et incorporé à Rouen-Nord comme sapeur-démineur au 1er régiment du Génie. Il est mort le 3 juin 1917 à l'hôpital militaire de Béguin, Saint-Mandé, des suites d'une "maladie contractée en service". Il avait 31 ans. Un extrait du registre des décès fut transmis à Amfreville-la-Mie-Voie le 3 juin 1917. Sa veuve bénéficia de secours.  

QUEREL Alfred. Né le 30 juillet 1883 à Saint-Paër. Habite Yainville à partir de 1912. Il est mort de fièvre Typhoïde le 13 novembre 1914, 13h, à 31 ans, à l’hospice d’Agen. Brun, 1,53m, il était soldat au 22e régiment d’Artillerie. Fils de feu Louis Quérel et de Marie Juliette Monguerard, il laissa une veuve : Marie Juliette Vermont. Son corps fut inhumé au cimetière de Sainte-Marguerite-sur-Duclair.

RAUBIET Louis Désiré. Blond aux yeux bleu, 1,62m, il était né le 10 avril 1883 à Mauny. D'abord domestique, son état de faiblesse lui valut une dispense au conseil de révision de 1904. Jugé "bon" en 1905, la présence de son frère sous les drapeaux le dispensa encore après un an de service. Douanier à Colleville, Louis Désiré Raubiet s'était marié avec Jeanne Léontine Vautier, le 7  mai 1910, à Yainville. Jeanne était native d'Heurteauville. Elle avait été placée en 1895 chez Patrice Costé qui fut maire d'Yainville et dont elle hérita. Louis Raubiet s'est établi à Yainville en juillet 1914 comme cultivateur.
Incorporé een août à Rouen comme 2e classe dans le 412e régiment d'infanterie. "Tué à l'ennemi" le 11 juin 1918 à Saint-Maure, dans l'Oise. Il avait 35 ans. Il fut inhumé à  Merry-la-Bataille (60), tombe N°763. Acte retranscrit à Yainville-par-Duclair le 6 mars 1919.
Yvonne et Louis Raubiet eurent un fils: Maurice, figure bien connue du bac d'Yainville.


RENARD Emile. Né le 11 mars 1879 aux Sablons, Jumièges, marié le 11 janvier 1905 à Yainville. Journalier, cheveux et yeux châtains, front ordinaire, nez moyen, visage ovale, 1,52m. Ajourné en 1900 pour sa petite taille, passe dans la réserve en 1903 puis l'armée territoriale en 1913. Mobilisé le 20 mars 1915 au 21e RIT de Rouen. Le 16 juin, il passe au 205e RI. 2e classe, il est tué le 26 septembre à Thause, dans la Marne. 36 ans. Il avait une sœur, Victorine, née le 9 mai 1881. Son nom est aussi gravé dans l'église de Jumièges. Il est inhumé à la nécropole nationale de Souain-la-Crouée.
 
VALLET Emile. Pas de fiche correspondant sur le site de la Défense. Pas de registre matricule indiquant un homonyme yainvillais. 

WESOLOWSKI Stanislas. On risquait de l'oublier. Car son nom est gravé sur le pan inférieur du monument et l'on pourrait penser qu'il fut victime de la Seconde Guerre mondiale. Il était seconde classe dans le 2e de marche du 1er Etranger.
Né le 23 août 1887 à Loyezzo, Pologne, il fut recruté à Arras. Durant l'offensive d'Artois, on le porta disparu, tué à l'ennemi le 9 mai 1915 à Neuville-Saint-Vaast, Pas-de-Calais. Les opérations de mai et juin 1915, en Artois cherchaient à rompre le front adverse, venir en aide aux alliés russes, assurer à l'armée italienne la sécurité nécessaire à sa mobilisation.
Un jugement déclarant Wesolowski mort pour la France intervint le 5 octobre 1921. Il fut transcrit à Neuville-Saint-Vaast le 2 novembre suivant. Sa fille solange était à l'école d'Yainville en 1920 où elle bénéficia d'une paire de galoches du bureau d'assistance.



Non inscrits
CHAUVIN Gabriel Marcel Marius, né à Yainville le 4 juillet 1892. Il était le fils d'Achille Chauvin, restaurateur, né à Bémonville et d'Augustine Vallois, née à Saint-Marguerite-sur-Duclair où le couple s'était marié en 1883. Après Yainville, le couple s'était établi à Duclair.
Garçon boulanger, 
1,63m, châtain foncé, yeux bleu clair. il fit son service en 1913 au 155e RI. Soldat  de 2e classe, il fut blessé le 8 mars 1915 à Grurie par un éclat d'obus qui lui occausionna une plaie au cuir chevelu et à la fesse gauche, il est encore blessé par obus le 6 octobre 1915 à Saint-Hilaire-le-Grand avec une plaie au mollet droit. Il disparut et fut déclaré tué à l'ennemi le 28 mai 1916 à Cumières, Somme. Le jugement de son décès pour la France fut rendu le 9 novembre 1921 et transcrit à l'état-civil de Rouen le 30 suivant.

DRONY Joseph Eugène. Il est né le 13 mars 1877 à Yainville mais ses parents, Adolphe Drony et Louis Leclerc, quittèrent vite la commune pour La Cerlangue, canton de Saint-Romain. C'est pourquoi son nom ne figure pas sur le monument. Il était maçon. Il fut d'abord dispensé de service militaire, étant le fils aîné de Sept enfants. Mais ils fut dirigé en 1898 au 11e d'artillerie comme  2e canonnier servant. Il effectua ses périodes en  1904 et 1908 au 11e puis passe au 43e d'Artillerie en 1911. Rappelé le 1er août 14, il arriva au corps le 10. Il fut tué le 16 septembre 1915 à Houdain, Pas-de-Calais. Le 24 novembre, un secours immédiat de 150 F fut payé à sa mère à la Cerlangue. L'acte de décès fut retranscrit le 5 juin 1916 à La Cerlangue, 76, où sa famille avait émigré. Il eut un frère également mort pour la France.

MAINBERTE Henri Emile, Né le 11 août 1872 - Jumièges, Les Fontaines. Père de six enfants, mobilisé le 6 septembre 1914 au 21e régiment d'infanterie territoriale, démobilisé le 4 octobre. Décédé de tuberculose le 8 mai 1917 à Yainville, Claquevent, à l'âge de 44 ans. Inhumé sans plaque au cimetière de l'église Saint-André. Contaminée, son épouse le suivit dans la tombe un an plus tard, laissant six orphelins...




Le monument



Le 20 juillet 1919, Athanase Leroy expose à ses conseillers :

"Le moment est venu de décider de la manière dont il convient de commémorer le souvenir des soldats de la commune morts pour la France. J'ai adressé à ce sujet à M. Ringot, artiste en monument qui réside actuellement au Trait et qui propose un sujet en simili pierre sur laquelle seraient gravés en lettre rouges les noms des soldats morts. Le tout d'une valeur de six à sept cent francs. Ce sujet reposerait à la place d'une porte de l'église très en vue, porte qui est actuellement fixée et d'aucune utilité pour l'entrée dans l'église.
Le conseil après s'est rendu sur les lieux a été unanime à penser que l'emplacement ne pouvait être mieux choisi et que l'effet serait digne de l'hommage que méritent nos morts. Il est donc décidé que l'érection aurait lieu à l'endroit désigné et que les frais en seraient couverts au moyen d'une souscription fait chez les habitants et que le surplus serait couvert au moyen d'une subvention prise sur le budget de la commune."
Le 25 janvier 1920, la commune demanda l'établissement d'un devis étant donné l'importance de la souscription nécessaire à l'érection du monument. Il y en eut plusieurs et, le 22 février, on  choisit M. Ringot, architecte au Trait, pour 2.000F. Le 22 février, on arrêta la liste des morts.
Les travaux terminés en 1921, un petit incident survint aux chaînes de l'entourage. Un pilier descellé avait dû jouer avant sa prise complète. On accepta le travail sous réserve de réparations.
Le monument fut inauguré le dimanche 7 août 1921 sous la présidence d'Henri Denise, conseiller général du canton de Duclair. Les cérémonies ayant occasionné un surcroit de travail au gardien du cimetière, M. Delestre, on lui accorda une indemnité de 9F.


Lien

La guerre de 14 à Yainville 

Sources
Martial Grain,  L'histoire de nos soldats morts pour la France, Jumièges et Le Mesnil, Les Gémétiques N°2, 2004.
Pierre Raubiert (communication à Laurent Quevilly, 17 novembre 2009).
Registres des délibérations du conseil municipal d'Yainville, numérisation Edith Lebourgeois, transcription Laurent Quevilly.
Photos : Alain Guyomard (couleur) ; Laurent Quevilly (noir et blanc)