Non. Le vrai manoir de Yainville, ce n'est pas celui de Sacha Guitry. C'est cette ferme située derrière l'église, possession des religieux de Jumièges jusqu'à la Révolution. Longtemps, cette maison fut celle des maires d'Yainville. Les plus gros paysans du bourg. On y va ?

"Allez mon loupiot, va chercher l'lait!.." Dans les années 60, et je vous parle d'une époque où les vaches ne produisaient pas encore de briques en carton, aller chez Godard était le petit bonheur du soir. D'abord c'était la dernière occasion de quitter la maison pour rencontrer, qui sait, un ou deux compagnons de jeu. Les gars Bréard. Le fils Monchi. Nanti de cette mission officielle, vous partiez de chez vous en tenant à bout de bras le pot de lait en métal blanc cabossé par le temps. Une courte chaînette reliait son couvercle au reste du récipient. Sur la route, près de la mairie, un rite inaliénable s'imposait : faire tourner à l'infini la manivelle de la fontaine publique. Bientôt l'eau venait, giclait en gerbes fraîches qui dégoulinaient bientôt dans la rigole du caniveau. Puis vous repreniez votre marche dans un Yainville désertique. Sur votre passage, des rideaux se mettaient à danser doucettement. Derrière, on devinait l'ombre d'une veuve acariâtre. C'est que traverser Yainville à cette heure-là faisait de vous un suspect...

Parvenu à l'angle du cimetière, il vous fallait pousser une barrière grinçante et tremblotante pour emprunter un étroit sentier taillé profond dans la verdure.





Sous la ramure des arbres fruitiers, vous aviez un regard pour un puits plongent dans le moyen-âge, la petite grange bancale faite de torchis et de bois. Et puis l'église vue sous un angle inédit. Tout était calme et beau. Au pignon de la ferme, seconde barrière. Plus étroite, celle-là. Vous longiez alors la longue façade jusqu'à l'escalier central. La traite avait-elle pris du retard, il arrivait que quelques clients y soient figés en position d'attente. D'autres effectuant lentement les cent pas dans l'allée du petit jardin. De là,  pour tromper le temps, les regards se tournaient vers les crèches et les granges en contrebas. Des bâtiments d'un autre âge. Massifs. Au loin, le fossé Saint-Philibert bombait l'échine, enveloppé de secrets. Beaucoup plus loin encore se prélassait la Seine.

L'arrivée des Godard était tout un spectacle. On les regardait remonter vers la maison en poussant le petit chariot lourd de récipients. Puis, pour les porter jusqu'à la maison, l'un deux endossait le carcan de bois. Avec un équilibre parfait des deux bidons au bout de leur chaîne.

Vous franchissiez enfin l'entrée. A votre droite une porte fermée sur des mystères. A gauche, un couloir. Là, à l'entrée de la pièce principale, Madame Godard officiait sans précipitation. Vous preniez votre place dans la file d'attente en maudissant le dos du grand monsieur qui vous avait chipé une place. Arrivait votre tour. Debout, face à la fenêtre, la fermière plongeait la mesure dans sa grande bassine encore chaude. Dans cette odeur laiteuse, Madame Godard était resplendissante et vous semblait faire corps avec sa fonction. Elle remplissait votre pot avec des airs de mère nourricière et comptait dans votre menotte la poignée de pièces en alu. Tout cela avec une économie de paroles largement compensée par un sourire tendre comme le bon pain. Elle ressemblait à ces tableaux de Vermeer repris par les publicités pour les produits crémeux. Seule une pendule normande rythmait le silence. Parfois, le loquet métallique d'une porte claquait brutalement. Et un vieux paysan traversait l'espace avec des lenteurs de scaphandrier. Vêtu à l'ancienne, il s'installait en haut bout de l'interminable table pour y maquer sa soup.


Pour nous, enfants d'EDF qu'accompagnait la marche du progrès social, nous qui, le plus clair de notre temps, vissions l'oreille à des transistors sentant le neuf pour écouter Salut les Copains, aller chercher le lait chez Godard était un bien étrange voyage dans le temps.

Je repartais de là le cœur gai. Le jeu consistait à décrire du bras de grands moulinets circulaires après avoir bien fermé le petit pot de lait. Une fois, une seule, il est arrivé qu'il se désolidarise de son couvercle alors qu'il était la tête en bas. Ce fut l'un des grands drames de ma vie...



Le manoir Godfroy
Le manoir de Yainville est sûrement le plus ancien édifice civil du village. Du moins ses caves semi-enterrées qui semblent dater du XIVe.
Les archives de l'abbaye de Jumièges font état du Haut-Manoir ou encore du manoir de la Lieue mais, auparavant, il fut, appelé un temps le manoir Godefroy. Un homme du nom de R. Godefroy y vivait en effet en 1325. En 1331, Jean Godefroy vendit la maison à l'abbé de Jumièges. Dès lors allaient se succéder ici une longue cohorte de locataires.



La liste des métayers

1497 : le plus ancien bail conservé par les archives de l'abbaye de Jumièges fait état de Gilles et Cardin Lenorman, d'Yainville, pour le manoir de la Lieue.

1507 : Jean Lefevre (?).

1515 : Fleury (?) d'Yainville.

1524 : Colin Nepveu, de Jumièges. On trouve l’appellation de Haut-Manoir.

1526 : Robinet et Rolin Lemaistre et fils, d'Yainville.

1555: Pierre Mazier (?)

1583 : Estienne Guebert, d'Yainville. Il s'était marié avec Cartherine Graindor le 29 septembre 1578.

1618 : Jean Levillain, de Jumièges.

1627 : Jean Levillain, dit cette fois de la paroisse d'Yainville

13 août 1633 : Robert Lebreton et fils, de Sainte-Marguerite.

En 1639, les religieux de Jumièges décidèrent de transférer le pressoir du manoir d'Yainville à la ferme du Passage, située à Jumièges. Richard et Valentin Vastey s'engagèrent à construire un bâtiment pour sa conservation.

4 février 1644 : Jacques Lévesque et fils, d'Yainville.

10 juin 1648 : Noël et Jean Herpin (?) de Jumièges.

11 mai 1656 : François Merre, du Mesnil. Bail de 9 ans à compter de la St-Michel.

22 juillet 1666 : Pierre Belley l'aisné, d'Yainville. Ses enfants sont Pierre Rigaud et Thomas Belley.

15 mars 1675 : Pierre Belley, d'Yainville. Pour 500 # chaque an payables au 1er janvier et à Saint Jean-Baptiste, 50 boisseaux de seigle le 1er janvier et un chapon à Noël.

22 septembre 1679 : Jean Viel et fils, de Jumièges.

21 juillet 1688 : François Porgueroult, de Jumièges.

15 juillet 1692 : Nicolas Lefort, de Yainville.

26 juin 1719 : Pierre Busquet, de Villequier.

12 juillet 1731 : Charles Tuvache, de Yainville.

27 juillet 1740 : Morice Thiphagne, laboureur et marchand de Yainville. "Bail pour six ou neuf années de la ferme et manoir d'Yainville par Messieurs les religieux de Jumièges à Morice Thignangne, commençant à la St Michel 1741 par le prix de 750# en argent, 60 boisseaux d'avoine et 200 de gerbes par chacun an. Le premier terme de payement pour la moitié de l'argent au 1er janvier 1743 et le second pour l'autre moitié au 1er juillet de la même année et pour l'avoine la première livraison du tout se fera à la chandeleur de la ditte année 1743 et les 200 de gerbes au commencement de novemvre de la ditte année.
Thipagne se devait d'emploer 100 bottes feuves longs sur les bâtiments de la grande ferme et 50 sur ceux de la petite.

Le corps de logis principal du manoir de l’église a été remanié au XVIIIe. Il était cerné de granges, écuries, crèches et d'un colombier détruit sans doute à la révolution. Calcaire, brique, pierre avec brique en remplissage, bois et pan de bois entrent dans les constructions dont les toits à longs pans se couvrent d'ardoises. Et si sa cour est ouverte, le verger est enclos. Jadis, les moines avaient ici une grange dîmière pour recueillir des Yainvillais leur écot à la religion. Elle était entourée d'une "masure", autrement dit une pièce de terre, bordée en partie d'un vieux mur.

Les religieux disposaient aussi d'un "petit couvent" dont dépendait une autre exploitation agricole appelée "la petite ferme". Qui louait la ferme et le manoir d'Yainville disposait d'une superficie en terres et bois des quelque 80 hectares. Plus de cent avec la Petite ferme. Autant dire qu'il appartenait à l'aristocratie paysanne. Les parcelles étaient-elles d'un seul tenant? Toujours est-il qu'elles couraient jusqu'à Jumièges. Elles avaient notamment pour noms le Perrey, terre manifestement pierreuse, le Haut-manoir, la Brosse carbonnière, autrement dit la Broche, petit bois où se produisait du charbon, la Brosse de la carrière, la Vieille ruelle, la Terre de la Motte. A cheval sur les deux paroisses, là où s'élevait un moulin à vent, cette dernière comprenait aussi une remise à gibier



Le manoir d'Yainville dans les années 1820. On voit que le bâtiment principal est en angle. L'une des ailes a donc été détruite par la suite lors du remaniement de la maison. On voit que l'église est encore dépourvue de sacristie. Un terre-plein triangulaire règne au carrefour. Les bâtiments figurant sur ce plan ont usage de cave, pressoir, bergeries, étables, écuries, granges, tasseries, four à pain, cave sous terre, charretterie avec un puits se trouvant devant la maison. Le tout règne sur un hectare 74 ares, 10 centiares. C'est sans les terres d'exploitation.


150 ans plus tard, on voit toujours figurer les bâtiments C, D et B qui a été rallongé. Une aile du manoir a disparu mais le corps subsistant conserve la même proportion et orientation. Il a été remanié sur la base des anciennes caves. En bas à gauche sur la photo, un nouveau bâtiment a été édifié.



La maison des maires
Bail passé à François Le saint pour la ferme d'Yenville commençant à la St-Michel 1759.

Le vingt mars mil sept cent cinquante huit, nous, Prieur et religieux dfe l'abbaïe Royalle de st Pierre de Jumièges, ordre de St Benoit, congregation de St Maur, capitulairement assemblez au son de la cloche en la manière accoutumée pour délibérer de nos affaires, sur ce qu'il nous a été representé que le Bail d'une de nos fermes située parroisse d'Yenville occupée actuellement par Maurice Thiffegne pour la somme de 800 livres et quelques menues charges seroit révolu à la St Michel mil sept cent cinquante neuf, et que différentes personnes demandoient le nouveau Bail, enchérissant plus ou moins sur l'ancien fermier ; L'affaire mise en délibération, il a été conclu à la pluralité des suffrages qu'il seroit passé en faveur de François Le Sain, aujourd'huy notre boulenger, lequel entrera en jouissance de la ditte ferme à la St Michel mil sept cent cinquante neuf pour neuf années consécutives, moyennant la somme de mil livres pour chacun an et douze cent livres de pot de vin ; en foy de quoy nous avons dressé et signé le présent acte les jours et an que dessus. Signent notamment les frères Sénéchal, Augustin Leclere, Vincent Mallet, François Durel souprieur, Ch. Haël....

Le 29 août 1766, François Le Sain se rend à l'abbaye signer, devant Dépouville, un nouveau bail avec les moines de Jumièges. Paysan, Le Sain sera le premier homme du tiers état à jouer un rôle politique à Yainville. Pour l'heure, il est sous la domination des religieux quand il loue la centaine d'hectares dépendant de la ferme du manoir et de la petite ferme du petit couvent.

Nobles comme religieux prennent soin d'accabler leurs locataires de contraintes et de ne point se contenter des belles promesses que tiennent à leurs yeux ces paysans rusés. Le Sain doit résider sur place avec sa famille, nantir la maison de meubles et de bestiaux en nombre suffisant. Ne pas sous-louer sans consentement ni se laisser déposséder de parcelles. Bien labourer, fumer, cultiver sans rien changer à l'ordre naturel des cultures, le type de semences et la durée de l'engrais. A la fin du bail, il laissera douze acres et demie en jachère, le reste doit avoir été labouré un certain nombre de fois selon la nature du sol. Le Sain doit entretenir les haies de plantes vives, les fossés et digues et les rendre ainsi en bon état. Il lui faut tenir les prairies en bonne nature de fauche, entretenir, renouveler les arbres fruitiers, protéger des animaux les jeunes plants en les entourant d'épines de même que ceux que les religieux viendraient à planter. On lui demande de charrier les matériaux nécessaires aux réparations de la ferme, planter en pommiers et poiriers une terre qu'il a défrichée lui-même et mise en pâture, refaire les fossés qui entourent le bois-taillis, d'en réaliser là où il n'y en pas et de les couronner de haies vives. Il doit aussi fournir les végétaux nécessaires à la couverture des bâtiments et nourrir les couvreurs quand ils viendront poser des tuiles. Il lui faut encore maintenir en état pressoir, cuves, auges, râteliers... renouveler la population du pigeonnier...


Le 29 mars 1789, François Le Sain n'est pas le dernier à signer le cahier de doléances de la paroisse. Clergé et noblesse font valoir d'importants biens sans rien payer? "Qu'ils soient imposés aux taxes royales comme nous!" Et de prôner la destruction des colombiers, signe d'arrogance, source de destruction des semences...
En 1791, le manoir de Le Sain est venu aux enchères au titre des biens nationaux. Un autre que lui convoite alors le domaine. Lire :
Quand le peuple s'en prend à l'abbaye, celui-ci commet la bêtise de brûler les titres qui lui confèrent des droits dans la forêt de Jumièges. François Le Sain arrache des mains des incendiaires les documents concernant sa commune. Les Yainvillais lui en seront redevables. Leur maire est mort dans les années 1820.


Le manoir passa ensuite entre les mains de Charles Lesain, héritier de son vieux cousin. Puis la propriété fut morcellée entre François Victor Lesain qui garda la pièce maîtresse et Rosalie Lesain qui hérita d'une seconde maison d'exploitation.

En 1864, le manoir était loué par les héritiers Lesain à Sénateur Lefebvre.


François Victor vendit le manoir à Henri Dupasseur, héritier de la famille Lepel-Cointet. En 1891. la veuve Dupasseur épouse le peintre Martin Ray. Aussitôt, le couple vend l'exploitation agricole à Armantine Ouin, veuve de Louis Laurent Denomaison, distilleur à Rouen. La ferme est alors exploitée par Emile Carpentier qui sera élu maire d'Yainville en mai 1922. Louis Acron se souvient des journées de battage. "Va me chercher la bouteille aux araignées!" Le petit Louis sait qu'il est temps d'aller chercher le calva à la cave. C'est que les ouvriers ont avalé beaucoup de poussiers. Sous le soleil d'août, on a battu le grain à la machine. A l'arrière, les enfants ont ramassé la "paille de vent". C'est l'écorce du blé qui, mélangée à des betteraves, servira à nourir les bêtes cet hiver. Pour l'heure, on fait la java au manoir...

Carpentier parti de la ferme de l'église, c'est Brunet qui lui succéda. Puis Gouard. Un temps, une certaine Lucille garda les moutons tout en brodant. Le soir, on parquait le troupeau avec des clôtures en bois. Et l'on changeait d'emplacement pour nourrir la  terre d'un engrais naturel...


Les Yainvillais d'antan
                                       

Dessiné en 1684 par Pierre de la Vigne, voici à l'arrière de l'église, le plan du manoir de Yainville. Les perspectives ne sont sans doute guère respectées. La parcelle 140 est alors appelée "Le cimetière aux Anglais", face à celui de l'église où s'élève un calvaire et l'if des morts.

En guise de conclusion, pour les plus courageux, voici l'intégralité du bail de 1766. Il renseigne notamment sur les Yainvillais d'avant la Révolution et ceux qui y tiennent ou y possèdent des terres: Pierre Bellay, Jean Chantin, aussi fermier à Epinay, Jean Viel, Guillaume Talbot, Pierre Bucaille, Maurice Tiphagne fils, un chauffournier, Jean Cauvin dont la famille aura les carrières du Trait, Pierre Clérel, Eustache Lebouvier, Nicolas Chéron, Pierre Bucaille, Charles Balie, Thouin, Jean Lecoq, Duboix, Mademoiselle du Fay du Taillis, châtelaine désargentée, Monsieur Leguerchois, Nicolas Boquet, Pierre Monguerard, Pierre Nepveu, de Maulévrier, Jean Lemarchand, Jean Levacher, Jean Huer, Saffray, Vauquier...

Par devant Estienne Romain Dépouville notaire garde nottes du roy au baillage de roüen pour la sergenterie de Saint Georges et paroisses en dependantes soussigné. Furent présents les reverends peres dom Loüis Charlemagne Fontaine, prestre religieux et prieur de Labbaye roâlle de Saint Pierre de Jumiège, ordre de Saint Benoist congregation de Saint Maur en france au diocese de roüen, Dom Nicolas le laissant sous prieur, Dom Charles hait dépositaire, Dom Benoist Vincent, Dom Charles Delarüe, Dom Pierre François Senechal Dom Jean Baptiste Labigne, Dom Laurent Masseline, Dom André Joseph Denis, et Dom Antoine François fidel Dechy, aussy prestres, religieux et proftez de laditte abbaye capitulairement assemblez au son de la chose en la manière accoutumée, lesquels ont unanimement reconnu avoir donné a loër et fermage pour le temps et espace de neuf années et neuf recoltes se suivantes et consecutives dont la jouissance commencera au jour de Saint Michel mil sept cent soixante et huit, pour finir a pareil jour de mil sept cent soixante dix sept, au bout desdittes neuf années et recoltes, au sieur François Lessein laboureur demeurant en la paroisse d'yainville a ce present, preneur et acceptant ledit bail et pour ledit temps ;

Cest a sçavoir la ferme et manoir d'âinville appartenante aux dits religieux, au droit de leur mance conventuelle consistante en cour bastiments, un colombier a pied, un puit dans laditte cour, une masure derriere la maison dudit manoir laquelle est plantée darbres fruitiers, le tout borné, d'un costé léglise, et cimetiere de laditte paroisse d'yainville, et le chemin dudit lieu conduisant a caudebec, d'autre costé et d'un bout lesdits sieurs religieux pour une petite maison et masure a eux appartenante au droit de leur petit couvent, comme representants monsieur Demaulevrier et d'autre bout ledit manoir et pourpris contenant deux acres trois vergées cinq perches ;


Item une piece de terre nommée le perrey contenante une acre vingt huit perches ou environ, bornée d'un costé lesdits sieurs religieux, d'autre costé le chemin tendant dudit manoir a la riviere de seine, d'un bout l'enclos dudit manoir et d'autre bout le chemin tendant la chaussée a la riviere de seine.

Item une piece de terre nommée le haut manoir en labour de sablon, contenante vingt acres une vergée cinq perches, tant en hai que fossez qui se borne d'un costé lesdits sieurs religieux et le chemin tendant de la chaussée a la riviere de seine, d'autre côté les représentants Pierre Belley, la broche carbonniere, et les terres du port, d'un bout laditte broche et les represants Belley et d'autre bout le chemin tendant de jumieges a duclair ;


 Item une piece de bois taillis nommée la brosse de la carbonniere, contenante deux acres une vergee seize perches, bornée d'un coté Iesdits sieurs religieux, d'autre costé et d'un bout le sieur Jean Chantin representant les heritiers du sieur Viel et d'autre costé lesdits sieurs religieux ;



Item une autre piece de terre en labour de marais contenante sept acres une vergée trente deux perches, faisant partie de dix acres et demie trente six perches, les trois acres une vergée quatre perches etant comprises au bail particulier fait au preneur ce jourdhuy devant nous par lesdits sieurs religieux des heritages dépendants de leur petit couvent, ladilte piece cy dessus bornée, d'un costé vers le fossé courant lesdits sieurs religieux pour les terres de leur petit couvent, d'autre costé et d'un bout le chemin tendant du chemin de la chaisée a la riviere de seine, et d'autre bout la sente tendante du trait a jumieges Item une autre piece de terre en pray et recrüe contenante deux acres et demie faisant partie de plus grande piece, le surplus de trois vergées etant compris dans le bail separé des terres du petit couvent, laditte pièce de deux acres et demie bornée d'un costé la piece de sept acres cy dessus, la sente entre deux, d'autre coste laditte riviere de seine d'un bout lesdits sieurs religieux pour le surplus la piece et d'autre bout Nicolas Boquet ;

Item une autre piece de pray contenante trois vergées et demie ou environ bornée d'un costé les representants de Guillaume Talbot, d'autre costé Pierre Bucaille ou ses representants, d'un bout la sente tendante du trait a jumieges et d'autre bout laditte riviere de seine ;
Item une autre piece de terre en pature et carriere cy devant en bois taillis nommée la brosse de la carriere, contenante deux accres moins douze perches, bornée d'un costé laditte riviere de seine, d'autre costé et d'un bout les heritiers ou représentants le sieur hüe et d'autre bout Maurice Tiphagne fils representant par fieffe Jean Cauvin ;

Item une autre piece en nature de pray contenante demie acre trente perches bornée d'un costé et d'un bout ledit sieur Jean Chantin representant les heritiers du sieur viel, d'autre costé le chemin du trait a duclair et d'autre bout le fossé courant;

Item une autre piece de terre pareillement en nature de pray, contenante une acre moins dix perches, bornés d'un costé le nommé Brunet representant Eustache Lebouvier, d'autre costé lesdits sieurs religieux, et les representants Bucaille, d'un bout Nicolas Cheron ou ses representants et d'autre bout mademoiselle du fay du taillis,

Item une piece de terre en nature de bois taillis contenante trois acres vingt neuf perches bornée d'un costé les heritiers de Jean Lecocq et laditte demoiselle du fay, d'autre costé et d'un bout la forest de jumieges et d'autre bout les heritiers du sieur viel et laditte forest ;
Item une petite masure enclose de vieux murs en partie, ou etoit cy devant la grange dixme, contenante vingt quatre perches et demie, bornée d'un costé et d'un bout le sieur chantin, représentant ledit sieur viel, d'autre costé le chemin de jumieges tendant a caudebec et d'autre bout les heritiers dubois ;

Item une piece de terre en labour nommée la vieille ruelle, contenante trois acres trois vergées, bornée d'un costé le chemin tendant de jumieges a caudebec, d'autre costé Pierre Clerel et autres, d'un bout lesdits sieurs religieux et d'autre bout ledit sieur Chantin ;

Item une piece de terre en brosse et labour contenante sept acres, bornée d'un costé la forest de jumieges, d'autre costé la sente tendante de yainville a la rüe mainberthe, d'un bout lesdits sieurs religieux et d'autre bout eux mesmes et autres ;

Item une autre piece de terre en labour contenante trois vergées ou environ bornée d'un costé ledit sieur Chantin representant ledit sieur viel, d'autre costé la susdite sente, d'un bout les sieurs religieux et d'autre bout ledit sieur chantin et autres ;

Item une autre piece de terre en labour contenant deux acres demie vergée deux perches, bornée d'un costé laditte sente d'yainville tendante à la rue mainberthe et les heritiers de Jean Lemarchand, d'autre costé les heritiers belley et le chemin tendant de jumieges a caudebec ou a duclair, d'un bout Nicolas Boquet, et d'autre bout lesdits sieurs religieux pour la piece du haut manoir ;

Item une autre piece de terre en labour nommée la terre de la motte, contenante dix sept accres et demie dix huit perches, bornée d'un costé le chemin tendant de jumieges a caudebec, lesdits sieurs religieux representants Monsieur Le Guerchois, qui representoit chef d'hostel et autres, d'autre costé le chemin tendant de jumieges a caudebec, les dits sieurs religieux representants le dit sieur Le Guerchois, d'un bout Jean Monguerard a cause de sa femme et d'autre bout Pierre nepveu fils marié de laquelle il y en a sur le dixmage de yainville huit acre une vergée neuf perches et le surplus contenant neuf acres une vergée neuf perches sur le dixmage de jumieges dans la totalité de laquelle piece est comprise une petite brosse de bois taillis, servant remise au gibier ;

Item une autre piece de terre en labour et sablon nommée la longue piece de la grande croix faisant plusieurs hays contenante quatre acres une vergée et demie cinq perches, bornée d'un costé lesdits religieux et Jean Levascher ou ses representants, d'autre costé ledit sieur Chantin representant ledit sieur Viel, d'un bout les representants Charles Balie a present le sieur Thoüin par acquisition des nommés Berlin et d'autre bout le grand chemin de jumieges a duclair ;



Une barrière donnait jadis sur le cimetière
Item quatre pieces de terre labourable assises en la paroisse de jumieges, la premiere contenante cinq vergées ou environ triége du chouquet au curé, bornée d'un costé la terre du thrésor de jumiéges et les representants viel chacun en partie, d'autre costé et d'un bout lesdits representants Viel et d'autre bout La seconde contenante environ acre et demie faisant partie de la couture du passage audessus des fontaines, bornée d'un costé le chemin tendant de jumieges au trait, d'autre costé lesdits sieurs bailleurs pour la piece cy apres representants Jean Viel et Jean Hüet, d'un bout plusieurs et d'autre bout le nommé saffray ;
La troisiéme aussy audit lieu contenante trois acres demie vergée ou environ, faisant le surplus de la couture du passage, d'un costé lesdits sieur bailleurs, au droit de monsieur Le guerchois, d'autre costé ledit Huet, Nicolas Boquet et les representants du sieur Viel, d'un bout la piece cy dessus et d'autre bout lesdits representants Viel qui representoit le sieur Vauquier ;

La quatrieme et derniere scise audit lieu de jumieges appelée la courte piece de la grande croix contenantes huit acres ou environ, bornée d'un costé et d'un bout lesdits sieurs religieux d'autre costé ledit sieur Viel ou ses représentants et d'autre bout le chemin d'yainville a duclair ;


Item touttes les dixmes de champart, grains et long faits, comme lins et chanvres de laditte paroisse de yainville, avec la vente dixme de laditte paroisse consistante en bois taillis, fruits, laines, moutons, cochons et autres sujets a dixme, tous les dits heritages en maison masure, terres et dixmes cy dessus loués tels qu'ils sont, sans en faire par lesdits sieurs religieux aucune fourniture ny repetition de mesure et tout et autant qu'il en appartiendra aux dits sieurs religieux dans les bornes cy dessus prescrittes au droit de leur mance conventuelle et qu'en joüit actuellement ledit preneur, par bail passé devant nous qui expirera audit jour de mil sept cent soixante huit à la charge par ledit preneur de resider dans laditte ferme avec famille et de la tenir nantie de meubles et bestiaux en nombre suffisant pour la culture et amenagement desdittes terres, sans pouvoir rien sousbailler si ce n'est du consentement exprés et par ecrit desdits sieurs religieux, de bien et duement labourer, fumer, cultiver et ensemencer lesdittes terres en labour comme les voisines sans les dessoler ny decompoter et de laisser a la fin dudit bail douze acres et demie desdittes terres en jacheres, sçavoir cinq acres en marais dont deux acres en voret labourées de deux labours, trois acres en pessery elle surplus en sablon labouré d'un tour seulement; entretiendra le preneur les hays de vive plante, digues et fossez elles rendra a la fin dudit bail autant en bon etal qu'il pourra tiendra les prairies en bonne nature de fauche, suivant l'usage du pais, sera tenu et obligé de cerfoüir et fumer le plant fruitier et de le rechausser de trois ans en trois ans et s'il tombe ou meurt desdits arbres fruitiers par vetusté ou autrement ils appartiendront au preneur en les remplaçant de chacun une bonne ente et bien reprise, qu'il fera greffer, motter et epiner a ses depends, ainsy que celles quedits sieurs religieux feroient planter de leur part, fera a ses depends le preneur les chariages necessaires pour les reparations de laditte ferme conservera les possessions sans en laisser usurper, s'oblige le preneur de planter a ses frais et depends en pommiers et poiriers un clos qu'il a defriché et qui est aujourd'huy en pasture, de les greffer, motter et epiner pour leur conservation, de faire refaire aussy a ses depends les fossez qui sont autour du bois taillis dont il joüit et mesme d'en faire faire ou il ny en a point de largeur et profondeur ordinaire et de planter dessus de la plante ou hays vives, et ensuitte aprés que lesdits fossez seront faits et parfaits de les entretenir pendant le courant et dudit bail et les laisser en bon etat a la fin de sa joüissance, de fournir et faire employer a ses depends tout tes les pailles convenables aux couvertures de laditte ferme et manoir, et tout ce qui concerne laditte couverture, tant en saulette ronce que faistage, et de nourrir le couvreur et ses gens quand ils travailleront aux couvertures en tuilles, d'entretenir le dedans 00 pressoir et les caves de touttes reparations, ainsy que de les remplacer quand besoin sera et rendre le tout en bon et dû etat en sortant a l'exception des arbres qui ne seront point a charge et entretenir lesdits batiments de touttes reparations locatives, ainsy que les auges et rateliers des ecuries, touttes lesquelles clauses et conditions cy dessus exepliquées ledit preneur se soumet et oblige d'executer des ce jourdhuy tant pour le restant du bail a expirer, que pendant le courant du present et dans l'état ou sont les choses sans aucune recherche ny examen, s'en reconnaissant du tout pour content, aura le preneur a son proffit la couppe des bois taillis designez cy dessus, une seule fois pendant le courant du present bail en couppes et saisons ordinaires, telles quelles sont de present sans pouvoir les changer, en laissant a chaque couppe les balivaux ordinaires et en observant l'ordonnance sur le fait des eaux et forests parce qu'il aura a son profit l'emonde des chenes et autres arbres etants de present dans laditte ferme, une seule fois pendant ledit bail sans les deshonorer, ny les coupper en teste, excepté ceux qui sont en testards ordinairement, dont il aura pareillement la couppe, sera tenu et obiigé le preneur de remplacer tous les ans douze plantards de sauls aux endroits les plus necessaires, d'entretenir le colombier de pigeons et le rendre à la fin dudit bail autant bien, garny que faire de pourra, engrenner tous grains dans les granges de laditte ferme, consommera les feures et fourages et portera les fumiers sur lesdittes terres sans en enlever aileurs, a l'exception de la derniere recolte qu'il aura droit d'enlever les feures et fourages, se reservant lesdits sieurs religieux tous droits de proprietaire sur laditte ferme et de pouvoir faire abattre du bois de haute futaë quand bon leur semblera sans estre tenus a aucun dedomagement, les branches desquels arbres demeureront au profit du preneur,


Ce present bail fait aux charges susdittes et outre par et moënnant le prix et somme de huit cent livres de loër et fermage par chacun, payables par le preneur a ses depends, en deux termes et paëments egaux; au premier de janvier au premier de juillet de chaque année après chaque recolte, premier terme de paëment escherra et sera exigible au premier de janvier mil sept cent soixante et dix le second au premier,de juillet suivant, ,et continuer d'an en an jusqu'au bout dudit bail excepté la derniere année qui sera paâe en entier au jour de Saint Michel, cest à dire fin de bail, fin de paëment, a la garantie de tout ce que dessus ledit preneur a obligé et hipotequé tous ses bien meubles et immeubles presents et avenir, et mesme son corps comme pour deniers de fermage, ainsy qu'a delivrer a ses depends la presente grosse en forme et executoire auxdits sieurs religieux duement insinuée et registrée ou besoin sera obligeant renonceant ;


ce fut fait et passé a jumieges en labbaye l'an mIl sept cent soixante et six le vendredi avant midy vingt neuf d'aoust en presence de maistre Jean-François Delabarre sergent roâl demeurant à rouen et sieur françois deshays demeurant a jumieges temoins qui ont signé avec les parties et notaire lecture faitte, a la minute des presentes demeurée pour registre vers nous notaire controllé a bourgachard le six septembre mil sept cent soixante six. Reçu unze livres quatorze sols signé lizot avec paraphe pour absence.


Depouville

 

Sources


Josiane Marchand, Baux du manoir d'Yainville, ADSM.
Bruno Penna, Info Yainville.
Abbés Bunel et Tongard, géographie de la Seine-Inférieure.
C.A. Deshayes, Histoire de l'abbaye royale de Jumièges.
Paul Bonmartel, Le Pucheux N° 57
Souvenirs de Louis Acron recueillis par sa fille Marie-Claude, 2007-2008


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