Par Laurent QUEVILLY.

Le père puis la mère fauchés par la tuberculose... A Yainville, au hameau de Claquevent, la Grande guerre a laissé une fratrie orpheline. Il fut question de placer les jeunes Mainberte à l'assistance. Pierre Chéron, leur oncle, s'y opposa. Adieu Yainville, bonjour Boscherville...

Emile Mainberte, le père, est mort quelques mois après son retour de l'armée. Julia Chéron, la mère, le suit dans la tombe en septembre 1919. Tuberculose. Son gendre, Arthur Guillaumet, va déclarer ce décès au maire d'Yainville. Comme tout le monde, il se pose la question : que va devenir le café du Passage ? Mais surtout que va-t-on faire de toute cette fratrie orpheline ? Placer les plus jeunes à l'Assistance ? L'oncle Pierre, véritable saint-bernard de la famille, s'y oppose fermement lors d'un conseil de famille. Ces enfants, passons-les en revue...

Thérèse Mainberte. C'est l'aînée. A 23 ans, voilà maintenant deux bonnes années qu'elle est mariée à Jules Bruneau, un Poilu de Sainte-Marguerite démobilisé voici peu. Ils ne sont pas chauds pour reprendre le café. En revanche, on a de la famille à Boscherville. Alors, le couple partira habiter là-bas. Il va s'établir dans le quartier de la mairie. Jules travaillera comme marinier.

Marguerite Mainberte. A 20 ans, elle vient de se marier à Arthur Guillaumet, un électricien, fils aîné d'un fabriquant d'engins agricoles, dans l'Orne. Elle et sa sœur aînée auront contribué à l'effort de guerre en étant munitionnettes. Eux aussi, les Guillaumet, ils vont s'établir à Boscherville et accueillir les trois jeunes Mainberte. Au hameau des Carrières, Arthur ouvrira un atelier de mécanique.


Boquerville...

Saint-Martin-de-Boscherville est encore désigné sous plusieurs noms. Boquerville, disent les patoisants, Saint-Georges, disent les croyants en pensant à son abbaye. Au hameau de la Carrière vivait en 1913 un personnage : Edmond Spalikowski. Natif de Rouen, il a fait médecine et sa myopie lui a épargné le service militaire. Après avoir vécu dans le Rhône, il est revenu depuis peu en Normandie. Bigleux ou pas, Spali sera bientôt mobilisé comme médecin à Vernonnet. Après guerre, il se tournera définitivement vers la littérature et nous donnera de fort belles pages sur notre pays. Ce fut un anim de Gabriel-Ursin Langé, chantre de Jumièges.


Marie-Louise Mainberte. 18 ans. Elle aura travaillé chez Mustad durant la guerre, se rendant à pied de Claquevent à Duclair. Elle, on va la retrouver encore à Yainville.

Emile Mainberte. 16 ans. C'est l'aîné des garçons. La classe...

Raymond Mainberte. 14 ans, la gentillesse même.

Andréa Mainberte. 7 ans, ma mère. 7 ans ! J'aurai aussi cet âge quand elle nous quittera...

Les trois tantes Chéron de Boscherville...

Trois tantes maternelles des enfants vivent à Boscherville. 

Delphine Chéron. Epouse de Gaston Poullard. Le couple tient une graineterie au hameau de la Carrière, sur la route de Rouen. Ils ont un fils : Max, alors âgé de 16 ans. 

Suzanne Chéron. Elle est mariée à Raoul Chandelier, fils de charcutier, facteur en bois à l'entreprise Bardel. Raoul revient de la Grande guerre avec la médaille interalliés et sera capitaine des pompiers. Ce couple a deux filles : Eva et Simone Chandelier. Ils vivent aussi au hameau de la Carrière.

Marie Chéron. Couturière, elle élève seule sa fille conçue par un ingénieur norvégien de chez Mustad et qui porte le nom de son père : Christiane Topp, dite Hjoerdis. Marie va reprendre le café du Passage, à Yainville. 

L'école des filles peu avant l'arrivée des Mainberte, année scolaire 18-19, celle qui voit la fin de la Grande guerre. 6e à partir de la gauche, au dernier rang : Yvonne Legay, 7e : Eva Chandelier. Devant la maîtresse : Christiane Topp, dite Hjoerdis. 2e à partir de la gauche du 3e rang, en blouse à carreaux : Hélène Menant, fille du Suisse de l'abbaye. La petite qui tient la pancarte est Simone Legay. Qui sont les autres ?

L'après-guerre à Saint-Martin

Quand les enfants Mainberte arrivent ici, Saint-Martin vit son après-guerre entre mémoire et oubli. Mémoire avec l'organisation des anciens combattants, les campagnes en faveur d'un monument, la décoration à titre porthume d'enfants du pays morts pour la France. L'oubli avec des fêtes retentissantes un peu partout dans le pays. 

Les démobilisés s'organisent. Le 18 avril 1920, ils se réunissent à l'épicerie de Jean-Baptiste Dominois pour constituer une association d'anciens combattants. Maréchal des logis, Dominois a été gazé durant la guerre mais maintenu jusqu'au bout dans le service armé. Le 8 août, le Groupe artistique indépendant de Rouen vient donner un nouveau concert au profit du monument. Puis on organise une tombola. 

Sur la place de l'abbaye, le 11 Novembre 1920 est le jour tout choisi pour poser la première pierre du monument aux morts. Pour le financer, les jeunes filles vendent encore des insignes. Puis on va au cimetière pour bénir un drapeau offert par la municipalité. Il flotte là où les sépultures de soldats tombés au front seront transférées. Parmi les participants, des gens au visage grave. Ce sont les proches du canonnier Bruneau et du sergent Delahaye, morts pour la France. On leur remet à titre posthume la Croix de guerre. 

En 1921, la situation des enfants Mainberte est la suivante : Thérèse vit effectivement au bourg avec son mari. Arthur Guillaumet, l'époux de Marguerite,  tient son atelier de mécanique au hameau des Carrières, sur la route de Rouen et a pour apprenti Emile Mainberte, 18 ans.
Raymond Mainberte, 15 ans, loue ses bras comme journalier. Quant à Andréa, 9 ans, elle fréquente l'école de Boscherville. 

Cette maisonnée cohabite avec le grainetier Gaston Poulard et Raoul Chandelier, époux de filles Chéron. Ce sont les oncles et tantes des enfants Mainberte qui veillent sur leur destinée. Gaston Poulard fait travailler son fils de 17 ans comme employé grainetier. La famille a aussi une domestique en la personne d'Eugénie Levavasseur, 28 ans, orginaire de Saonnet, dans le Calvados.
Raoul Chandelier, lui, est chef d'exploitation forestière pour le compte de l'entreprise Malétra, de Petit-Quevilly. Cette usine est à la pointe de l'industrie chimique. Les fours Malétra destinés à brûler les pyrites sont mondialement connus. Ulysse, le père de Raoul, débite toujours ses tranches de jambon dans sa charcuterie de la Carrière.

Reste Marie-Louise Mainberte, 20 ans. En 1921, elle est à Yainville au café du Passage, là où elle a vu le jour. Ce café, a été repris par une de ses tantes Chéron, Marie. Cette dernière est mère célibataire. Sa fille, Christiane Topp, dite Hjoerdis lors du recensement, est issue de grands dirigeants du groupe Mustad.

Qui saura dire où se situait cette maison. Sur cette photo figurent ma mère, Andrea Mainberte, et sa cousine Christiane Topp. Elles portent exactement la même tenue, peut-être confectionnée par Marie Chéron. On aperçoit un vélo en arrière plan et une chambre à air pendue au mur. Nous sommes sans doute chez Arthur Guillaumet.


A droite, sur cette image, le café de Gaston Poullard. Sans doute est-ce la diligence de Duclair que l'on voit-là. M. Acius a remisé son fouet pendant la Grande guerre pour laisser place aux autocars. A gauche est l'hôtel "Au repos des voyageurs". derrière la diligence, on aperçoit l'auberge-messagerie Demarais.

Le même café sous une autre enseigne : celle des Inondés. Un nom hérité des grands débordements de la Seine en 1910. L'établissement s'est appelé aussi café des Touristes, tenu par Ridel.


Andréa vers 12 ans.

En 1921, sous l'égide de l'UNC, Quevillon, Boscherville et Hé­nouville sont regroupés en une seule et même section. Léonis Danet en est le président d'honneur. Avril voit encore un spectacle à Boscherville au profit du monument. Opérette, chanteurs à transformation, violon... nombre des 670 habitants viennent applaudir, salle Brulin, Castelly, Luciano, Drayel, Max Roberts tandis que Mlles Coffre et Guilbert mènent la quête. Ce mois-là apparaissent les premiers autocars, rectangulaires et de couleur verte, on les appelles les aquariums. Le mois s'achève par un western à Boscherville. Guillaume Tas­sin, le garde-chasse, s'en revient de Montigny quand il croise deux braconniers, au Chêne-à-Leu. L'un d'eux est porteur d'un fusil. Tassin le prive de ses cartouches et s'en va.  Il rencontre alors deux autres hommes qui, manifestement, vont à la rencontre des premiers. L'un s'enfuit, l'autre fait face au garde, armé d'un fusil. C'est le jeune Marcel, un cailloutier des carrière du Val-aux-Dames. Ancien engagé volontaire, il n'a été libéré de l'Armée en 1920 après avoir notamment fait campagne en Orient. Se croit-il encore au front ? Poursuivi par le garde, route de Saint-Georges,  Marcel se retourne et met Tassin en joue. Celui-ci est désarmé et fait mine de viser aussi son adversaire... avec sa paire de jumelles. Le braconnier finit par tirer sur le garde qui ne doit son salut qu'à une providentielle esquive. La cavalcade reprend. Nouveau coup de feu vers Tassin. Marcel finit par s'évanouir dans la nature. Mais une enquête de la 18e brigade mobile aboutit rapidement à l'arrestation de cette tête brûlée. Juge d'Instruction, M. Ragot obtiendra ses aveux aux forceps. Marcel écopera de deux ans de prison et, un peu plus tard, sera encore condamné pour vol ou encore délit de chasse.

Georges Henri Menant, le Suisse de Boscherville


L'inauguration du monument

Le dimanche 14 août 1921, portant une gerbe de fleurs, Andréa participe à l'inauguration du monument aux morts. Lors de la messe solennelle du matin, on entend les voix de Mlles Villette et Guiche dans une Prière pour les morts. Puis l'abbé Poisson exalte le sacrifice de ses dix-neuf paroissiens tombés au chant d'honneur1.
Après l'absoute, le curé bénit le monument. Érigé sur un terrain offert par M. Martel, il a été réalisé par Duboc, architecte rouennais et le sculpteur Deconihout. A l'avant de la haute stèle se dresse un coq gaulois campé sur un trophée d'armes et de drapeaux.L'après-midi a lieu l'inauguration civile. Le cortège des officiels quitte la mairie vers 15 h. En tête marche la musique du patronage de la Jeune garde de Canteleu et la société musicale de cette même commune dirigée par M. Taillis. Denise est toujours là, près de La­brégère, représentant la Préfecture et le lieutenant-colonel de la Gontrie, du 3e corps d'armée. Près du commandant Guéroult, chef des sapeurs-pompiers, le curé de la paroisse porte l'insigne de l'UNC. Les écoliers de M. Coffre agitent de petits drapeaux, les écolières des fleurs. On arrive bientôt sur la place de l'abbaye et le cortège forme aussitôt un demi-cercle. Président du comité, titu­laire de la Légion d'Honneur, le commandant Danger prend d'abord la parole pour remercier le donateur du terrain. Puis le ca­pitaine Bardel, président de l'UNC, égrène la liste des morts. Grand mutilé de guerre, médaillé militaire, M. Bourdon lui répond.


Parmi les orateurs, on entendra le maire qui reprend cette cita­tion de Foch à l'égard des régiments normands : « Quand ils étaient là, j'étais tranquille... » Bardel, lui, apporte le salut des anciens combattants et la promesse du culte de la mémoire. « Ce n'est plus dans les craies de la Champagne ni sous les rochers de Verdun, c'est sous l'arc de Triomphe que vous devez vous figurer aujour­d'hui vos morts... » Denise prêche l'union sacrée. « Après une pa­reille épreuve, la grande famille française doit rester unie à jamais. Union et travail, telle est notre devise ! » Le représentant de l'Ar­mée remet alors des récompenses posthumes aux familles des sol­dats Leblond et Carpentier, du sergent Delahaye. « Écoliers, tra­vailleurs, conclut le représentant de l’État, entendez la voix de ceux qui sont morts pour la Patrie. Il faut travailler maintenant pour la grandeur du pays et l'affermissement de la Paix ! »
Les jeunes gens de Boscherville ont eu la délicatesse d'acheter une palme. Ils la déposent au pied du monument tandis que Jean-Guéroult, le fils du capitaine, exprime les sentiments qu'inspirent les Poilus à la jeunesse. Une gracieuse écolière puis un jeune gar­çon récitent un Salut aux morts. Un chœur enfantin chante La Marseillaise tandis que des jeunes filles déposent des fleurs sur les marches du monument. Au vin d'honneur, on lève son verre à la santé du Président de la République.

La communion de 1922


Andréa Mainberte à l'école de Boscherville à l'époque de sa première communion.

Le 28 mai 1922, Andréa Mainberte fait sa communion dans l'église abbatiale de Saint-Martin-de-Boscherville. Le curé était l'abbé Alfred-Henri Poisson, venu de Tocqueville en juillet 1919 pour remplacer l'abbé Hermier mort l'année précédente. Quelques jours avant la cérémonie, le 24 mai, les communions avaient été célébrées à Yainville. Parmi les jeunes filles, l'amie d'enfance d'Andréa, Renée Lévesque, fille du passeur du bac, lui avait donné une image pieuse. Voici quelques-unes des coréglionaires d'Andréa qui, à Boscherville, lui remirent aussi une petite carte-souvenir :

Ida Brochart. C'est une météorite. Elle ne figure pas aux recensements de 1921 et 1926 à Boscherville. On note une Ida Brochart née le 20 novembre 1910 à Maricourt, dans la Somme et décédée à Corbie en 1987.

Geneviève Chandelier. Elle est née le 9 février 1911 à Boscherville avec pour autres prénoms Madeleine Suzanne. Elle a un frère et une sœur. Sa mère, Honorine, s'est remariée avec Jules Lacaille, journalier chez Dusauls, à qui elle donnera trois enfants. Cette famille vit à la Carrière Val Saint-Léonard. Dans cette maison vivent aussi la belle-mère et la belle-sœur de Lacaille nommées Gueurier. Jules quittera la condition de journalier pour devenir cultivateur. Geneviève Chandelier est décédée à Boscherville le 26 septembre 1996.

Edith Désanaux. Née le 6 septembre 1911 à Boscherville, elle est la fille du boulanger du Genétay, André, venu de Varengeville. Marcelle est son second prénom. Elle avait une sœur prénommée Renée. La boulangerie comptait deux employés : Marcel Bellanger et Raymond Dufils. Edith est décédée le 9 mars 2001 à Amfreville-sous-les-Monts.

Simone Legay. Née en 1910, c'est la fille du facteur natif de Yvecrique. Famille de six enfants. Andréa aura les yeux de Chimène pour l'aîné, Maurice. Adrien, autre frère de Simone, restera l'ami d'Andréa quand il résidera plus tard à Charenton. Quant à Yvonne Legay, elle épousera bientôt Emile Mainberte, le frère d'Andréa.

L'archevêque vint administrer la confirmation le 2 juin en cette abbatiale, objet de ses prédilections, qu'il ne se lasse pas de voir et de faire voir à ses amis. L'abbé Poisson  a compté que Mgr André du Bois de La Villerabel y est déjà venu cinq fois en amateur ; mais aujourd'hui il y apparaît dans la majesté de ses fonctions pontificales, et les voûtes du noble édifice semblent se rajeunir pour abriter pendant quelques instants les pompes liturgiques dont elles ont connu la splendeur pendant sept cents ans, au temps où les abbés présidaient là dans leur haute stalle, mitre en tête, crosse en main. 

L'institutrice d'Andréa est Mlle Perrier.

La moisson de 1923

L'année 1923 est marquée par un premier drame familial. Max Poulard est emporté à 19 ans par la fièvre typhoïde. Les Mainberte le pleurent comme un frère. 

Emile et Raymond, les garçons Mainberte, participèrent encore à la moisson de 1923 à Boscherville. En voici deux images...

Emile Mainberte est ici debout à l'extrême-droite.

Il est ici au centre

Le temps de laisser passer un ouragan sur le canton, voilà un nouveau 11 Novembre. Celui de 1923 est terni par une bien mauvaise polémique. Sans le nommer, on accusait un élu de Boscherville d'avoir soulagé sa vessie au pied du monument aux morts. Piqués au vif, le maire, Léonis Danet et son adjoint, M. Carpentier, opposèrent à cela un vigoureux démenti en réclamant des sanctions contre l'auteur de ce ragot paru dans le Journal de Rouen sous couvert de l'anonymat. Comment pouvait-on taxer la municipalité de Boscherville d'irrespect envers ses héros alors qu'elle leur avait élevé deux stèles !

Le 20 septembre 1924, Marie-Louise Mainberte se marie avec Marius Hangard. Les noces ont lieu à Yainville. On pose en famille près de la gendarmerie de Duclair, devant l'objectif de M. Deschamps.  
Pratiquement en face du Café du Passage, de l’autre côté de la rue, au pied de la falaise, Marius Hangard et Marie-Louise Mainberte vont élire domicile dans une maison  précédemment occupée par Gustave Chéron, le passeur du bac et son épouse, dite « Ma tante Marie-Gus »

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Simone Chandelier, cousine d'Andréa, décédée  à Orsay à 29 ans.

Prix d'honneur

1925, voilà maintenant cinq ans qu'Andréa vit à Saint-Martin. Le 26 avril eurent lieu de nouvelles communions à l'abbatiale. Parmi elles, Renée Armand qui va offrir à Andréa une image pieuse. Les Armand habitent au hameau du Genétay. Originaire de Dijon, le père est chef de chantier chez Canat Menuiserie, à Rouen. C'est une famille de six enfants. Trois sont nés à Rouen, trois à Boscherville. Ce sont les voisins d'un frère Chandelier, bûcheron lui aussi chez Malétra et que fréquentent les Mainberte.

Le 26 juillet, Andréa termine son cours moyen en beauté. Elle obtient un prix d'honneur offert par le maire pour ses résutats en morale, lecture, orthographe, histoire et géographie, calcul, leçon de chose, composition française, écriture, dessin travaux manuels et chant. M. Vandenbosch lui offre en outre un livret de Caisse d'Epargne doté de 20 F.

Cette année là, à St-Martin, le maire, Léonis Danet est réélu. Il occupe ce fauteuil depuis 1912 et ne le quittera qu'après 32 ans de mandat. Père d'un Poilu, Léonis a mis ses propres charrettes à la disposition de ses administrés pour leurs besoins en ravitaillement à Rouen durant la Grand guerre. Une figure, Léonis Daniet..

Arthur Guillaumet et Marguerite Mainberte ne sont plus les protecteurs des orphelins. Ils ont quitté Boscherville. Arthur meurt à Montchevrel, sa commune natale, en novembre 25. Marguerite est recensée à Yainville en 26 chez la tante Marie Chéron. Que s'est-il passé pour que cette cellule familiale éclate ainsi ?
Les orphelins sont maintenant pris en charge par l'aînée des Mainberte, Thérèse, et son époux qui, du bourg, ont déménagé pour le hameau de la Carrière, sur la route de Rouen. En 1926, Jules Bruneau, l'époux de Thérèse, est marinier pour le compte de Chouard. Sous le toit du couple vivent donc  Emile Mainberte, mécanicien chez Etienne Cornillaux, patron d'une scierie mécanique au Genétay et Raymond Mainberte, charretier. Fiancés, ces deux garçons vont prendre leur envol. Curieusement, ma mère n'apparaît pas sur le recensement. En revanche, au hameau de la Carrière, il est fait état d'une famille Maimberte, avec un "m" devant le "b". Natifs de Mont-Saint-Aignan, ce sont de lointains cousins qui l'ignorent. Les Maimberte avec "M" descendent d'une fille-mère de Jumièges, Rose Angélique, qui faisait bien partie des Mainberte avec "N" et qui accoucha en 1847 d'un enfant né de père inconnu. Depuis, le temps a distendu les liens...

En 1926, Gaston Poulard, le grainetier, a un charretier sous son toit : Emile Guidez, né en 1903 à Roncherolle-en-Bray.
Raoul Chandelier, lui, est toujours chef d'exploitation forestière pour Malétra. Sans profession, les filles Chandelier, Simone et Eva, sont toujours là. Ulysse Chandelier, le patriarche, a rangé ses couteaux de charcutier.

Double mariage

Le 10 avril 1926, Raymond épouse à Boscherville Yvonne Menant, la fille du Suisse qui a participé à la Grande Guerre au sein du 21e RIT, le même régiment que celui du père Mainberte. En 26, Henri Menant est journalier et père de cinq enfants. Mais il y a aussi un petit Maurice, 3 ans, enfant naturel d'une fille Menant. Malheureusement, ce mariage ne donna pas lieu à une photo de groupe. Dommage car eut eut été riche d'enseignements. Peut-être a-t-elle disparu des archives familiales. Raymond et Yvonne posent en tout cas en couple devant le manoir du Mesnil. 

Le 15 mai 1926, c'est au tour d'Emile, l'aîné des Mainberte de se marier à Boscherville. Il a choisi Yvonne Legay. Eux aussi posent devant le manoir. Ainsi que plusieurs invités à tour de rôle : Andréa, Maurice Legay, Thérèse et Des liens d'amitiés unissent les Mainberte et les Legay. Andréa est secrètement amoureuse du frère aîné, présent ce jour-là en uniforme. Andréa qui, oubliée du recensement, figure bien sur la photo de groupe, près de son frère...


Mai 1926. La cousine Christiane Topp n'est pas venue d'Yainville. Elle va accoucher dans moins d'un mois...

Outre les Legay, les Mainberte ont des liens étroits avec Maurice Deshays, né en 1892 à Boscherville. En 26, il habite au Genétay, près de la scierie Cornillaux mais il est cimentier chez Platinec, à Petit-Quevilly. D'une Versaillaise, Elise Hys, Maurice a une fille, Gilberte, née à Barentin en 1919. Nos archives familiales conservent plusieurs photos des Deshays, notamment dans une ferme de Boscherville. Puis plus tard dans un pavillon de Petit-Quevilly où Maurice est mort, le 24 janvier 1977. L'amitié avec les Deshays traversera le siècle. Maurice était un original, accordéoniste à ses heures. Je me souviens lui avoir rendu plusieurs fois visite avec mon père, bien après la disparition de maman. Au 45 de ma rue Gustave-Flaubert, à Petit-Quevilly, sa clôture était décorée avec des crocodiles en ciment. C'était notre palais du facteur Cheval...

En 1926, Andréa a coupé ses longs cheveux blonds virant sur le roux et dégagé un visage angélique. A quoi rêve cette jeune fille...

Dès 1927, Thérèse Mainberte et son époux sont déjà à Paris. Avec les siens, Andréa suivra le mouvement. Deux cousines, les filles Chandelier, aussi. Les Legay ne seront jamais loin. Et puis il y a la cousine Denise Le Maréchal, qui, avec sa sœur Lili, tient un atelier de couture place Vendôme...

Pour suivre : Les Mainberte à Paris

La voiture de M. Chandelier


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