Chez Bidaux

C'est en 1956 que fut servi le premier verre chez Bidaux. Le café venait compléter une épicerie ouverte dix ans plus tôt dans une maison particulière. Histoire d'une institution locale...


Par Laurent Quevilly
et Didier Bidaux.


En 1947, Geneviève Bidaux, épouse d'un agent EDF, ouvre une épicerie dans sa salle à mange. Face au presbytère, cette maison particulière était à l'angle des rues Pasteur et Victor-Hugo. Près de là  était une petite chaumière occupée par la famille Pigny. Il y avait aussi la maison de Marceau Edde qui mourut rn 1994 après avoir été victime d'une accident.

Généalogie des Bidaux

Famille Bidaux


André Bidaux et Geneviève Delèque s'étaient mariés à Yainville en 1940 et avaient d'abord habité en bord de Seine dans ce que l'on appelait "la maison Passerel".

Photo ci-contre : André Bidaux jeune homme en compagnie de ses parents et de son frère Emile à Yainville.


Si la famille Bidaux puisait ses lointaines racines dans le Pays de Caux, du côté d'Auzouville-L'Esneval, elle s'était fixée chez nous avec le mariage de Jean Bidaux et Rose Angélique Mainberte, à Jumièges, en 1850. Ainsi ai-je des ancêtres communs avec Didier qui fut un ami d'enfance. Tout comme son père fut ami avec le mien. Tous deux fondèrent le comité des fêtes d'Yainville.

Didier raconte : " Lors de la création de son épicerie, les tickets de rationnement étaient toujours d'actualité. Or, pour acheter de la marchandise, il fallait donner des tickets aux grossistes. Mauvaise époque pour commencer... Alors ma mère est allée faire le tour des voisins et des gens qu'elle connaissait pour qu'ils lui avancent des tickets. Certains lui faisaient cadeau de leurs bons pour des marchandises qu'ils n'utilisaient pas. D'autres avançaient même l'argent pour payer ! Petit à petit, les grossistes donnaient toujours un peu plus de marchandise que ce qu'elle pouvait avoir
. Elle a mis plusieurs mois à rembourser ces fameux tickets..."

"Geneviève, un rouge !"


En 1956, Geneviève Bidaux allait adjoindre un débit de boisson à son alimentation. " Avant la construction du café, ma mère faisait parfois, dans la cuisine, office de café clandestin pour quelques personnes. Un jour, elle a été dénoncée au fisc par des gens bien intentionnés et plusieurs inspecteurs fouillaient partout lorsque le garde-champêtre de l'époque (M. Duffet sans doute) entre dans l'épicerie et puis directement dans la cuisine en disant : "Geneviève, un rouge !". Ma mère a alors repoussé l'homme dans l'épicerie et lui a mis un litre de rouge non ouvert dans les mains. Il a mis un certain temps à comprendre que les hommes qui étaient là étaient des inspecteurs. Et il est reparti avec son litre..."

Famille BidauxDans les années 60, c'est le rendez-vous des ados le samedi après-midi pour des parties de baby-foot et de flipper. Le café portera le nom de Bar des Sports.
Vers 1965, une station essence complète l'épicerie et le bar. Elle arbore la marque Caltex avec son étoile rouge à cinq branches. En 1967, elle prend les couleurs d'Elf. Et voilà mai 68. "
Plus d'essence nulle part, se souvient encore Didier Bidaux, pas plus à Yainville qu'ailleurs. Alors, mon père, qui était déjà retraité EDF mais resté syndiqué CGT, est allé, en compagnie des syndicalistes d'EDF négocier avec ceux de la raffinerie le retour de l'essence à Yainville. L'essence est donc ensuite revenue, mais uniquement pour les gens de l'EDF ! Il y avait alors une file d'attente incroyable, débutant presque dans la cité EDF jusqu'à la station essence. Certains poussaient leur voiture (ça descendait, c'était plus facile)..."

M. et Mme Bidaux dans la cuisine...


Une fois la porte de l'épicerie poussée, le temps d'attente était parfois fort long, Mme Bidaux étant occupée à servir au bar. Du coup, nombre de galopins en ont profité pour voler une friandise. Deux ? Bon, de toute façon, il y a prescription. On trouvait là des Malabars avec une petite image "le saviez-vous" à l'intérieur, des Carambars dont on collectionnait les DH et les blagues à deux balles, des boules de gomme rouges entourées de réglisse, des Roudoudous, bonbons à sucer engoncés dans une coquille, des Aspire-frais, bonbons en poudre que l'on aspirait avec une paille, de grands chewing-gums rectangulaires avec la photo d'un coureur cycliste. Anquetil de préférence. Le bonheur, quoi...

Vers 1970, le café a été agrandi en rognant sur la partie où le gaz était installé. Puis le tout fut  racheté par Francis Bidaux, l'aîné des garçons, en juillet 1976. Le café des Sports fut alors débaptisé pour s'appeler le "Brotonne". Francis fit de l'épicerie traditionnelle un self-service avec une caissière qui n'était autre que Geneviève Bidaux, sa mère, qui, ayant du mal a quitter son magasin, ne prit sa retraite que deux ou trois ans plus tard.

Famille Bidaux
Le commerce fut repris par Lionel Lebret en juillet 1985. Puis vint Gérard Gondot en 1988. La supérette est supprimée. En 90, voici Sophie Gautier qui fait du café une brasserie. Mais les temps sont difficiles.Après un arrêt du café quelques mois, elle vend à James Richard en décembre 95 qui mettra définitivement la clef sous la porte dans les années 2000...


Un peu plus loin, rue Pasteur, une librairie fut fondée par Nadine Bidaux, épouse de  Jean-Marie, vers 1972. Elle devait éditer une carte-postale représentant plusieurs vues d'Yainville. Suivront Mlle Gaillon vers 1980, M Dodelande vers 1985, Didier Bidaux en 1990, la Jumiégeoise Corinne Lugon en l'an 2000. D'autres propriétaires se sont succédé jusqu'à la fermeture.