Au 21e RIT

A 42 ans, père de famille nombreuse, mon grand-père fut mobilisé un mois après la générale. Il laissait derrière lui un foyer dans la précarité. Sa guerre fut courte. Sa vie aussi. Je chercher à en savoir plus...

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 septembre 1914. Joffre adresse ce message à tous les combattants. " Au moment où s'engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne saurait être tolérée. 


Officiers du dépôt de Rouen.

Henri Mainberte fut mobilisé ce fameux 6 septembre au sein du 21e Régiment d'infanterie territoriale. Comme Louis Auguste Lefrançois, son cousin à la mode de Jumièges. Un agriculteur du Mesnil aux cheveux bonds. En prenant sans doute le train à la gare d'Yainville, les deux hommes regagnaient ainsi les "Pépères", comme on surnommait les territoriaux, les "terribles taureaux" comme diront bientôt les gars d'active devant leur ardeur au combat.

A Rouen, au dépôt, du 21e RIT, Henri toucha aussitôt tout son barda, le fameux "flingot" Lebel et sa baïonnette, la "Rosalie", les godillots, le képi, la tunique bleue et le pantalon garance, cible idéale pour les tireurs ennemis.

Cachet postal du dépôt de Rouen.



Ainsi étaient décrits les soldats du régiment:


"Tous étaient remplis de bonne volonté et prêts à faire tout leur devoir, mais leurs périodes d'exercice déjà anciennes les avaient certes insuffisamment préparés à la lutte terrible qui s'annonçait et au rôle actif qui allait leur échoir devant l'ennemi."

Le dépôt du 21e RIT était situé à la caserne Jeanne-D'Arc et le partageait avec quatre régiments d'active...


Le 21e RIT avant la mobilisation d'Henri

Le régiment s'était constitué dès le 2 août sous le commandement du lieutenant-colonel Durand. Le 7, il s'était porté à Saint-Etienne-du-Rouvray où les vieux réservistes avaient été tant bien que mal préparés à monter au front. 

Le 17 août, à 18h, le 21e avait quitté le Rouvray, traversé Sotteville. A la gare de Saint-Sever, une foule immense l'avait salué en entonnant la Marseillaise et la Chant du départ. Trois trains, dont le dernier à 22h, emportaient les 3027 sous-officiers, caporaux et soldats et les 41 officiers vers Arras...

Le 19 août fut constitué un groupement de quatre divisions territoriales, dont celle à laquelle appartenait le 21e. Le commandement de ce groupe fut confié au général d'Amade. Amade! Le grand "pacificateur" du Maroc. Ce qui lui a valu en son temps les foudres de Jaurès. Sa mission dans l'Oise était d'inquiéter la ligne de retraite de l'ennemi. 

Je passe vite sur la suite des événements. 

Après sa retraite de Belgique, de Tournai à Orchies, le 21e s'était, les 4 et 5 septembre, redéployé à Renneville, dans la vallée de l'Andelle en couverture de la place de Rouen distante de 16 kilomètres. Le 21e avait déjà enregistré de nombreuses pertes.

"Il devenait évident que notre régiment ne serait plus en état de retourner au feu avant d'avoir été remis sur pied. Sa première initiation à la lutte avait été rude, en moins de trois semaines, tous ces pères de famille s'étaient retrouvés arrachés à leur labeur des champs, à leurs ateliers ou leurs bureaux et jetés au plus fort de la mêlée, en face des meilleurs éléments de l'armée allemande qui se prétendait alors, on sans raison, la plus formidable du monde. Dans son malheur, le 21e avait eu le périlleux honneur de supporter le choc des troupes d'invasion du général Von Kluck qui allaient bientôt menacer Paris. Mais nos territoriaux ne devaient pas tarder à s'aguerrir pour constituer à leur tour une troupe solide, occupant dignement sa place parmi celles qui devaient tenir l'Allemagne en échec."  (Editée à Rouen, l'image ci-dessus montre des fantassins à l'exercice.)


Le 21e RIT à Renneville
 
Quand Henri Mainberte et son camarade Louis Auguste Lefrançois arrivent au dépôt de Rouen le 6 septembre, le 21e est stationné à 16km de là, à Renneville. Il y restera jusqu'au 11 septembre, en profitant pour se ravitailler à partir de la capitale normande, s'entraîner, reconstituer ses cadres par la nomination de caporaux, sous-officiers, officiers. Les sections de mitrailleuses passaient du stade rudimentaire à l'organisation parfaite. Bref, tout était fait pour que le 21e RIT retournât au feu dans les meilleurs conditions. Les appelés du 6 septembre rejoignèrent-ils alors aussitôt leur régiment à Renneville? Possible.



A ce moment se déroulait la fameuse bataille de la Marne qui allait retourner la situation en faveur des alliés. 

Le 11 septembre, cinq jours après l'incorporation d'Henri, le 21e prit la direction de Beauvais.
Le régiment passa par Charleval, Lyons-la-Forêt, Morgny, Neufmarché-en-Lyons et Saint-Germer. Et c'est là, le 12 septembre, que lui arriva du dépôt de Rouen un renfort d'effectifs de 579 hommes. Ils sont adressés par la 14e compagnie pour renforcer les rangs du 2e bataillon. Si Henri n'a pas déjà rejoint son régiment alors qu'il stationnait aux portes de rouen, il est peut-être du nombre. Tenons le 2e bataillon pour son unité.



Entre le dépôt de Rouen et Saint-Germer-de-Fly, ces renforts ont dû parcourir une soixantaine de kilomètres. Aux confins de la Seine-Inférieure et de l'Oise, ce bourg est profilé par une somptueuse église abbatiale. 

Le journal de marche du 21e RIT
13 septembre. Le régiment va marcher vers le nord-est. Il est 6h50 quand le second bataillon prend la route. Itinéraire: Sénantes, Glatigny, Grillon. Halte à l'entrée du bourg. Cantonnement. Le régiment d'Henri a marché 17 kilomètres. A Crillon, on reçoit l'ordre de rallier Amiens, réoccupé le même jour par les troupes françaises. 
14 septembre. Départ de Grillon à 5h40. Le 21e traverse Saint-Omer, Oudelinl, Blicourt, Rotangy et arrive à Crèvecœur-le-Grand à 11h30. où il stationne à l'entrée du bourg. Cantonnement.
15 septembre. Repos. Le régiment en profite pour réquisitionner douze voitures pour son convoi administratif à Crèvecœur et trois à Beauvais pour son train régimentaire.
16 septembre. Le bataillon d'Henri prend la route à  6h20. Itinéraire: Fontaine, Bonneleau, Croissy, L'Estoq, Le Bosquel et Esserteaux que l'on atteint à 12h30. 
17 septembre.  Départ du 2e bataillon à 6h. Grande route d'Amiens, Bouknard, Henriville, Allonville. On atteint le faubourg de Rivery à 11h où le 21e a déjà cantonné au début de la guerre. Après la grand'halte de deux heures, direction Saint-Gratien où le régiment va passer la nuit. Quant l'ordre arrive de poursuivre jusqu'à Péronne où se replie l'ennemi.
Ce même 17 septembre, le général d'Amade est remplacé par Lavergne à la tête du groupement de divisions territoriales.
18 septembre. "Nous nous portions donc le lendemain par Querrieux et La Houssaye sur Méaulte, Albert et Fricourt." Le 2e bataillon est à l'avant-garde de la division. Il partit à 6h30. La grand'halte eut lieu de 11h30 à 13h à la sortie d'Albert.

19 septembre. Le groupe des divisions territoriales reçoit un nouvel ordre: couvrir les débouchés d'Amiens à hauteur de Corbie, des deux côté de la Somme. Il se replie donc dans cette région. Itinéraire: la grande route d'Amiens, le château de Lavieville à Ribemont sur l'Ancre, Meilly, Bonnay, Corbie, Fouilloy. 
Le 21e forme l'arrière garde de la division. Il s'établit à Fouilloy et Corbie et se met aussitôt à fortifier sa position.

A 23h, des coups de feu éclatent aux avant-postes du 22e. Deux cavaliers allemands sont capturés.
20 septembre. On emploie la matinée à terminer les travaux de défense.
21, 22 et 23 septembre. Le régiment reste sur les mêmes emplacements fortifiés. Ce 23 septembre. Péronne est réoccupé par les troupes françaises. 
24 septembre. La 82e division reprend le mouvement vers le nord-est. Le 1er bataillon du 21e RIT est détaché du régiment pour être mis, avec les unités d'autre corps, sous le commandement du colonel d'Abboville. Objectif: tenir les débouchés à l'est d'Albert afin de faciliter le passage des parcs, trains et convois. Pendant ce temps, les 2e et 3e bataillons formeront la colonne de droite. Le bataillon d'Henri quitta Corvie à 9h15. itinéraire:  La Neuville, La Houssaye que l'on atteint à 11h pour en repartir à 13h. Puis on rallie la division à Montigny.  Cantonnement.
25 septembre. La 82e division se porte sur Thiepval. C'est à 6km au nord-est d'Albert. Départ à 7h45. Le 21e fait encore partie de la colonne de droite. Itinéraire: Béhencourt, Baizieux,  Hénencourt, Senlis, Bouzincourt, Mesnil que l'on atteinte à 14h15. Grand'halte jusqu'à 5h30. Le 2e bataillon cantonnera à Thiepval.
26 septembre. Jusque là, la guerre d'Henri Mainberte se résume à une marche forcée. L'ensemble de la 82e division se porte encore vers l'est, dans la direction de Combles. L'ennemi ayant repris Péronne. C'est ce jour là, à Longueval, que le bataillon d'Henri va essuyer le baptême du feu.

Document de fort mauvaise qualité mais document tout de même. Un bataillon d'infanterie traverse Longueval, son commandant en tête. 

La bataille... de Waterlot!
Ce 26 septembre, le 2e bataillon s'est mis en marche à 10h5. La 162e brigade, formée des 21e et 22e RIT a dépassé Pozières et atteint Bazentin-le-Petit. Soudain, le général Lavergne, commandant le groupe de divisions, apprend que l'ennemi est à hauteur de Guinchy et de Guillemont. Au moment où les hommes de tête du 2e bataillon arrivent à Longueval, ils sont accueillis par des coups de feu venant du sud-est. Ordre est donné au 2e bataillon d'enlever la ferme de Waterlot située à 500 mètres environ vers le sud. Soutenue par la 7e, la 6e compagnie se déploie en tirailleurs et marche sur la ferme.

13h30, le site est occupé sans coup férir et mis en état de défense. La 7e, elle, est au nord, à 200 m de là. Des coups de feu partent de la lisière de Guillemont et paraissent venir aussi de la lisière de la forêt des Trônes.


14h20 : la 8e compagnie, par un chemin de terre, se dirige vers le bois des Trônes pour l'occuper et tenter de relier la 164e brigade au détachement du coloniel.
La 5e compagnie flanque son mouvement en prenant position entre les deux chemins de terre.
La 8e compagnie perd sa direction et s'éparpille autour du bois sans y entrer.
Pendant ce temps, le 3e bataillon se tenait en réserve à la fourche est du village. 

15h45, des rafales d'obus pleuvent sur la fourche et la lisière sud du bois Delville non occupé. Un obus qui écalte, à l'entrée est du village, met une dizaine d'hommes hors de combat. La position devient intenable pour le 3e bataillon qui se replie précipitamment dans l'intérieur du village.

16h5. L'artillerie allemande dirige alors ses canons sur la ferme de Waterlot. Les murs s'écroulent. Le feu gagne. La 6e compagnie évacue le lieu en bon ordre et se replie sur le chemin de terre au sud-est de Longueval. 
La 7e qui a été déployée à l'ouest de la ferme se maintient ur la crête, face à la station de Guillemont d'où part une fusillade nourrie.

16h20, une fois la ferme de Waterlot en flamme, l'artillerie allemande alterne ses coups entre la fourche et la ferme.

16h30, la 12e compagnie, celle de mon grand-père, est déployée sur le chemin de terre à 300m au sud-est de Longueval.

16h45. Les ordres fusent. Il faut reprendre le mouvement en avant. La 11e compagnie débouche de la fourche et reprend l'endroit, appuyée par la 10e. La 12e se déploie pendant ce temps vers l'est, un peloton de la 9e reste en réserve à la fourche, un autre de ses plotons est à la garde des trains, sortie ouest de Longueval. 

17h. La ferme de Waterlot est réoccupée. Les unités du 3e bataillon la dépassent bientôt de 200, 300 mètres et ouvrent le feu sur les positions adverses installées à Guillemont et à la station. Pendant ce temps, la 7e qui occupait la crête descend de son perchoir et se porte par bons successifs jusqu'à 250 mètres de Guillemont.
 

17h30. Voilà la 6e, celle qui avait occupé la première Waterlot avant de l'évacuer, la voilà qui revient à la charge, réussit à occuper la lisère est du bois des Trônes. Face à Guillemont. De là, elle prend en enfilade les défenses de la station et du village. Une patrouille va même s'y risquer. Elle découvre là des wagons remplis de cadavres. "La tenue des hommes, pleins de fermeté et de hardiesse même, prouvait que notre régiment s'était déjà bien aguerri."
Mais la nuit va tomber. Et l'ennemi n'a pas lâché pied. 

18h10. Le 2e bataillon établit ses avant-postes de combat sur la crête, à la lisière sud de Longueval. 

19h30. Sous sa protection, le 3e bataillon se décroche à son tour et se replie par le chemin de la ferme de Waterlot. Il vient à bivouaquer à la fourche des routes, 500 mètres à l'est du village. "Nos bataillons passèrent la nuit sur ces emplacements." Sans incidents...


Soldats du 21e RIT.

Bilan
Les pertes? Deux officiers blessés, MM Delaporte et Muller, sous-lieutenants, un sous-officier tué et quatre blessés, parmi les caporaux et soldats: 67 blessés, sept disparus !... Le journal de marche du 21e ne donne pas les noms des troupiers. J'ai retrouvé cet autre sous-officier, mort à l'ambulance de Maricourt le 26 septembre, le sous-lieutenant Georges Bouillon, né à Thierval en 1881.
27 septembre. Au matin, la 82e division territoriale est relevée par les troupes de l'active. Alors, elle retire à l'ouest de la rivière d'Ancre. En deux colonnes. Le 21e, privé de son 1er bataillon maintenu à Fricourt est dans celle de droite. 

4h: profitant de l'obscurité, le 2e bataillon replie ses compagnies et les concentre à la fourche, autrement dit à 300 mètres à l'est de Longueval.
 

4h30: le 21e se met en marche derrière le 22e. Le bataillon de mon grand-père ferme la marche. Il passe Bazentin-le-Grand, Cantalmaison, La Boisselle.  Le ravitaillement en cartouches est prévu entre deux haltes.

10h: halte gardée à la sortie est d'Aveluy. 

Midi, le 2e bataillon met la lisière est du village et celle du bois d'Aveluy en état de défense, renforcée par une demi compagnie du génie. 

18h: le 3e bataillon revient à Aveluy.

23h: la grand'garde fait savoir au commandant du 2e bataillon que les Allemands poursuivent leur retour offensif. A la baïonnette, ils viennent d'emporter Pozières! Et allumé plusieurs incencies. Alors que fait elle la grand'garde? Elle se replie sur Aveluy.

La bataille de Puisieux


28 septembre. A 1h du matin, quelques hommes du 137e RI qui occupait Pozières, se sont retrouvés séparés de leur corps pendant l'offensive allemande. Ils sont recueillis et ramenés au 21e RIT par le cycliste détaché à la grand'garde.

La 82e division a reçu l'ordre dans la nuit de se porter sur la rive droite de l'Ancre et de s'établir sur les hauteurs à l'est de Courcelles-au-Bois pour 8h. 

2h45: les 2e et 3e bataillons quittent Aveluy. Ils forment la colonne de gauche. Bouzicourt, Beaussart, Moulins, Colincamps.
 

10h. Grande halte gardée au nord-est de Mailly-Maillet. Là, pendant la grand'halte, le lieutenant-colonel reçoit l'ordre de marcher vers l'est. On vient d'apprendre en effet que l'ennemi occupe Miraumont. 

12h: les 2e et 3e bataillons se portent au nord-est de Colincamps.

17h: les deux bataillons s'arrêtent à Notre-Dame-de-Serre "dans une grande confusion causée par le va-et-vient dans ce village de nombreux régiments et convois." 
Puisieux! Un régiment d'artillerie, plusieurs unités d'infanterie s'en retirent. Faute de sécurité. Le colonel d'artillerie met en garde le lieutenant colonel du 21e: y cantonner est trop dangereux. Pensez à un bombardement de nuit... Mais les ordres sont les ordres. Et les contre-ordres aussi. 
Le régiment, toujours privé de son 1er bataillon, reçoit ainsi que le 22e RIT, l'ordre "de se tenir prêt, pour le cas où il serait appelé, à appuyer l'attaque que la 163e brigade (17e et 18e RIT) va prononcer sur Miraumont et la ferme de Beauregard présumés faiblement occupés..."Cette ferme, c'est un verrou défensif des lignes allemandes. 
29 septembre. 5h30, les deux bataillons quittent leur cantonnement et se rassemblent au nord-est de Puisieux. 

6h30. Stationnement face à la côte 106.

7h30. Le régiment progresse en se défilant à l'abri de la côte 106 et se porte au N.-E. de Serre, face à Miraumont et Beauregard.

12h. Le 2e bataillon est en liaison au nord-est avec le 22e engagé devant la ferme de Beauregard. Il soutient l'artillerie placée entre Puisieux et Serre. Le 3e bataillon, lui, est  droite du 2e, sur le chemin de Beaucourt et soutient les batteries d'artilleries placées au sud-est de Serre.

15h: Installée, à l'avant de Miraumont, les batteries ennemies commencent à bombarder nos positions. Le 3e bataillon en souffre particulièrement, son commandant, le capitaine Lambert qui s'était porté à hauteur de sa compagnie de tête, a reçu un éclat d'obus au mollet. 
18h. Feu de plus en plus nourri. Des hommes du 3e sont atteints en peu de temps. Les autres tiennent.

18h15. Lambert abandonne son commandement mais assurera jusqu'à 22h30 les préparatifs des opérations du 30.

19h. A la nuit, les bataillons s'en vont cantonner dans Serre, sous la protection des avant-postes. Il faut reprendre des forces pour demain, jour où l'on mènera une nouvelle attaque.

Porté disparu ce 28 septembre Léonard Eugène Boé, né en 1889 à Baromesnil. Le bilan est un officier blessé, Lambert, un sergent tué, 25 caporaux et soldats blessés.
30 septembre. La division fait savoir que la 163e brigade n'a pas encore occupé Miraumont et Beauregard et qu'elle va relancer son attaque au point du jour. Le 21e RIT quitte son cantonnement avec l'aube. Il faut éviter un bombardement qui surprendrait une formation rassemblée. Le lieutenant-colonel Durand demande au capitaine Lamarre de succéder à Lambert. Il se récuse. Le capitaine Chaineaux, de la 6e compagnie, accepte et devient ainsi le commandant du 3e bataillon.

Une idée des tranchées édifiées par les Territoriaux. Cette photo est datée d'Hébuterne, le 26 octobre 14.

5h15. Les deux bataillons regagnent les positions occupées la veille. Dans des tranchées rudimentaires, on s'abritera des tirs de batteries venant de Miraumont. Mal dirigés. Trop hauts. Si bien que les obus vont s'écraser au nord de Serre.
 
19h: l'action de la 163e est aussi vaine que la veille. Nos deux bataillons regagnent encore leur cantonnement. "A ces débuts encore romantiques, quoique tragiques de la guerre, on semblait croire qu'une trêve tacite voulût qu'on ne se batte pas pendant la nuit. Mais ce soir-là, tandis que les hommes prenaient tranquillement la soupe, une vive fusillade éclata vers le sud-ouest et fit croire à une attaque inopinée." 

19h45. C'est l'alerte. Les huit compagnies se rassemblement rapidement, quittent Serre et vont bivouaquer à la sortie sud du village. La nuit se passera sans autre incident.
1er octobre. Au petit jour, les bataillons regagnent leurs tranchées, continuent à les perfectionner. Observant en cela les instructions du commandant en chef, s'inspirant des tranchées allemandes étudiées tout à loisir après l'avance sur la Marne. La journée sera occupée à ces travaux.  Le colonel fait porter les 11e et 12e compagnies en réserve à la briqueterie, à 500 m au sud de Puisieux. Là, il installe son poste de commandement.

19h. La nuit tombe. Le 2e bataillon regagne son cantonnement de Serre, le 3e va cantonner à la ferme de Toutevent.


"L'état de fatigue physique et morale des troupes est signalé au général commandant le groupe des divisions. Des dispositions sont prises pour assurer le ravitaillement des unités postées dans les tranchées et leur relève par des éléments moins harassés."
2 octobre. Les unités regagnent leurs positions de la veille, dans leurs tranchées au sud et à l'est de Puisieux. On y passera la nuit. 
3 octobre, Le 2e bataillon est dans ses tranchées, face à Miraumont. De droite à gauche: 8e, 5e, 6e et 7e compagnie. Le tout soutenu par la 2e section de mitrailleuses. Le 3e bataillon est à son poste. On compte aussi une compagnie de douaniers au château et au centre de Puisieux.
10h. Le 1er bataillon arrive de Corbie. Le détachement d'Aboville a en effet été dissout. Il s'installe aussitôt dans les tranchées de l'est de Puisieux. 

Midi: débute un violent bombardement qui va durer trois quarts d'heure sans répit. 

17h: l'ennemi tente de déborder la route d'Achiet-le-Petit en utilisant les replis de terrain. Les pièces d'artillerie, derrière la briqueterie, tirent d'abord à 2400 mètres. Puis raccourcissent leur portée. Le Lieutenant-colonel apprend que la 88e division, opérant sur la gauche, a été repoussée et se replie sur Bucquoy. Voilà qui explique l'avance ennemie. Il s'en confie secrètement à Chaineaux. Mais ce n'est pas tout. 

Les 18e et 22e Territoriaux, engagés depuis cinq jours devant la ferme de Beauregard, on manifestement échoué dans leur tentative d'en déloger les Allemands.
 

La situation se complique. Le feu des mousqueteries ennemi devient rasant, écrête les talus de la route allant de Puisieux à Beaucourt. Pendant ce temps, leurs obus arrosent celle de Puisieux à Serre. Des victimes. 

Dans le village, plusieurs fermes sont en flammes. Une riposte ferme de l'artillerie française, et les tirs allemands baissent en intensité partir de 20h. On va rester sur place. Seul le peloton cyclise occupera une petite maison en briques. Les nouvelles ne sont pas bonnes quant à l'avance ennemie. Demain, ils attaqueront!
4 octobre. A 6h, les batteries de Miraumont ouvrent le feu sur nos tranchées. Il ne cessera de la journée pour appuyer l'infanterie allemande. Profitant du recul de la 88e division la veille, les Allemands arrivent d'Achiet et se dirigent en partie sur Puisieux, en partie sur la ferme de Beauregard. Arrivés là en grand nombre, ils se glissent dans le vallonnement, au nord de la ferme, ce qui leur permet de progresser vers Puisieux à l'abri de la vue et des tirs de notre artillerie. Sur tout le front, nos tranchées sont vivement canonnées.

10h: il est évident que ces obus ne viennent pas seulement du sud. Mais aussi de batteries situées à l'est, des obus qui passent par dessus Puisieux et viennent tomber en arrière du village, du côté de la ferme de Louvière. Les Français sont pris en écharpe. L'essentiel est de répondre par un tir aussi vigoureux. Mais on tire à l'économie depuis le matin.

10h45, nos munitions sont complètement épuisées. L'encerclement de l'ennemi se fait de plus en plus étroit. Les Allemands venus d'Archiet investissent le secteur nord-est de Puisieux, refoulant devant elles ce qu'elles trouvent. En même temps, deux bataillons d'infanterie ennemis débouchent de la ferme de Beauregard et marchent sur Puisieux.

12h45. Le 2e bataillon leur tient tête, soutenu par les 9e et 10e compagnies qui faisaient mouvement vers le sud.

Les 11e et 12e compagnies ainsi qu'une partie du 1er bataillon font face aux troupes venues d'Achiet.  

Ordre est de tenir à tout prix. Tout en prévoyant une ligne de retraite sur la Louvière-Hébuterne cependant que le 22e RIT, établi en avant de Serre protège cette ligne.

"Nul n'ignorait au 21e que l'ordre avait été donné de tenir à tout prix jusqu' ce que l'active ait pris position malgré ses pertes déjà nombreuses. Le Régiment exécutait sa consigne à la lettre, sans autre espoir que de retarder le plus longtemps possible les progrès de l'ennemi qui nous opposait ses meilleures troupes, la fameuse garde prussienne." 

13h, 13h15: le centre de Puisieux devient intenable. Les bombardements ont allumé de nombreux incendies. Les douaniers se retirent du village et, par le fond de la vallée, battent rapidement en retraite vers la ferme de Toutvent. L'artillerie, muette, inutile, la suit dans la débâcle.

13h30: c'est le 1er bataillon et la 11e qui décampent en bon ordre par la route de Puisieux à Hébuterne, en bon ordre, serrés de près par l'ennemi qui traverse le village sur leurs talons. Les Allemands s'emparent bientôt du château Sur lequel fait feu la 12e compagnie. "A un moment donné, les Allemands arborent un drapeau blanc au château, provoquant ainsi un arrêt de feu de la 12e compagnie qui est repris immédiatement sur un ordre du lieutenant Truptil. Il est à noter que, plus tard, dans la soirée, au moment où les derniers soldats du 21e quittaient Puisieux, les Allemands ont de nouveau arboré le drapeau blanc, était-ce une ruse de guerre ou une invitation à déposer les armes? Quoi qu'il soit, cette nouvelle tentative n'eut plus de succès que la première".

14h. Les Allemands débouchent du côté ouest de Puisieux et occupent un boqueteau au bord de la route de Puisieux à Serre. De là, ils canardent dans le dos la 12e compagnie. Sur ordre du lieutenant Guinard, une section fait demi-tour pour répondre à ce feu. Pendant ce temps, malgré la situation critique, les 2e et 3e bataillons se cramponnent à leurs positions "avec une ténacité de vieux soldats." 

15h: ça s'aggrave encore. Le 22e Territorial est chassé des tranchées en avant de Serre. Le régiment de mon grand-père se retrouve ainsi seul à combattre, entouré de trois côtés, avec une ligne de retraite bientôt coupée. 

Le Lieutenant-colonel Durand ordonne le repli. Feu d'enfer.  Beaucoup d'hommes sont tués, blessés, capturés. Le 21e est non seulement attaqué de front mais aussi débordé de droite et de gauche et la retraite est maintenant coupée, une intense mitraille balayant la route de Puisieux à Hébuterne. Durand: "Je suis trop en première ligne pour voir ce qui se passe, je vais me placer antre les deux petits boqueteaux sur la route de Serre".

Suivi du peloton cycliste, le colonel se porte à travers champ vers sa nouvelle position sous une pluie de projectiles.

Arrivé au boqueteau, il est rejoint par le capitaine Vernock qui lui parle à l'écart.

Durand décide de gagner Serre en se défilant derrière le talus de la route, évitant ainsi la crête battue par les balles. Il fait passer devant lui les cyclistes qui l'accompagnent. Soudain, Carpentier, le dernier d'entre eux, perçoit un cri. Il se retourne. "Je suis touché" murmure Durand, renversé contre le talus. Nous sommes à 100m du bosquet tenu par les Allemands. Carpentier s'agenouille près de lui, lui prend les mains, lui parle. Mais le colonel, couché sur le dos, yeux fermés, ne lui répond pas. La blessure sous le sein droit laisse couler sur la tunique un filet de sang. "La déchirure de la tunique est de la grandeur d'une pièce de 5F."

Le sergent cycliste Mahet survient à son tour. Carpentier lui montre le colonel étendu. Ils quittent leur chef pour chercher secours. Vers Serre. Et ramener des brancardiers. Mais les balles et les obus tombent toujours.  L'ennemi a dépassé Puisieux. Il avance. Les deux hommes veulent revenir vers le colonel. Impossible. Ils retrouveront le 21e à Sailly-au-Boi. En traversant Hébuterne d'un trait, il est allé se reformer à 7 Km à l'ouest de Puisieux.


Pendant ce temps, les Allemands s'établissent au nord à Serre et Gommécourt. Ils buteront devant Hébuterne et Foncquevillers. Car les efforts désespérés des Territoriaux avaient au moins laissé le temps au XXe corps d'arriver. Les Allemands ne dépasseront jamais cette limite. Dans l'après-midi, on désigna un remplaçant à Durand: le lieutenant-colonel Angelbi, de l'Etat-major des Divisions territoriales. Avant même qu'il pu prendre contact avec son nouveau régiment, il fut mortellement touché au nord de Puisieux. Casanova, le chef du 1er bataillon prit donc provisoirement le commandement. 

Lourd bilan
Au soir du 4 octobre, le 21e compte ses plaies: 478 disparus, 87 blessés emportés dans la retraite, son chef laissé aux mains des Allemands... "Comme on n'avait pu s'assurer de l'exacte gravité de ses blessures, certains se berçaient encore de l'espoir qu'il serait un jour rendu aux siens." On apprit plus tard la mort de Durand ce jour-là. Né en 1861, il était originaire du Havre. Les Allemands édifièrent une tombe à l'endroit même où il avait été frappé.

Son tombés aussi:

Le commandant Delevaux, chef du 2e bataillon, tué, le capitaine Guillemet, disparu de même que le capitaine Lamarre, les lieutenants Marlé, Bouillet, Guinard, les sous-lieutenants Nourry, Lacoste, Manchon, Lemaignan, Cosme.

Blessés: les capitaines Vernock et Chaineaux, le lieutenant Boudreau.

Parmi les camarades d'Henri du 21e morts ou disparus ce 4 octobre à Puisieux, j'ai pu retrouver :

- Jacques Gustave Bourgeaux, de Bacqueville-en-Caux.
- Louis Gilbert César Crespin, Le Gros-Theil (27).
- Pierre Jacques Léon Ducoudray, né à Limésy en 1879.
- Pierre Jean Louis Gallet, né à Louvetot en 1882.
- Hippolyte Auguste Gault, de Dieppe.
- Gaston Louis Lefebvre, né à Saint-Saens en 1880.
- François Henri Masson, clairon, né à Croixmare en 1877, originaire de Barentin.
- Auguste François Joseph André Tissot, sergent, né à Rouen en 1875.



5 octobre, le 21e reformé tant bien que mal, voit arriver à lui des soldats isolés ou de petits groupes qui, dans la retraite de la veille, s'étaient retrouvés séparés de leur unité. Pour le régiment d'Henri, la guerre continuait. Sans lui. Ce tragique 4 octobre, il fut renvoyé dans ses foyers. 

Questions sans réponses...
Pourquoi ce retour en pleine action? En pleine débâcle devrions-nous dire. Je me pose encore ces questions: mon grand-père était-il seulement à Puisieux? A-t-il jamais quitté le dépôt de Rouen? Fut-il renvoyé pour blessure, maladie, charge de famille ?.. 
Essayons d'un voir clair. Essayons... 
Depuis le 21 décembre 1908, mon grand-père bénéficie de l'article 14 d'une loi promulguée le 21 mars 1905 et modifiée le 7 août 1913. C'est la loi sur le recrutement de l'armée applicable aux hommes dans leur foyer. Que dit cette loi? 
Les pères de 4 ou 5 enfants vivants passent de droit et définitivement dans l'armée territoriale.
Les pères de six  enfants vivants passent de droit et définitivement dans la réserve de l'armée territoriale. La réserve, nuance! Cela signifie qu'en cas de conflit, il sera affecté à l'arrière à de simples opérations de surveillance dans les GVC, les gardes des voies de communications, voire sur les points importants du littoral ou encore employé comme auxiliaires d'artilerie dans les places fortes et dans des ouvrages défensifs du littoral. Il est donc bien mobilisable, même s'il a le statut de réserviste. Mobilisable à  l'arrière. En principe...

Henri Mainberte n'est pas appélé le fameux dimanche 2 août 1914. L'état de guerre étant installé, la  loi du 5 août stipule rapidement  que tout soldat, quelle que soit sa classe, pourra être versé indifféremment dans une unité de l'active, de la réserve ou de la territoriale. Voilà qui change déjà la donne ! 

Henri Mainberte est mobilisé le 6 septembre (pourquoi le 6 septembre!). Et dans un régiment. Pas dans les GVC.
En 1914, il se forma en effet des gardes civiles constituées d'hommes non mobilisés. Elles furent remplacées par les GVC, gardes des voies de communication. Ces groupes d'auto-défense étaient constitués de pères de familles nombreuses, de volontaires âgés ou encore de réformés. Ces unités étaient scindées en petits groupes affectés en divers endroits stratégiques. Prenons les GVC de la gare de Barentin-embranchement en 1915, le poste 13. Un sergent commande 28 hommes, dont un planton en arme. On surveille la gare, le viaduc, les lignes de communication mais on participe aussi au transfert des blessés amenés à l'hôpital militaire en trains sanitaires. 

 Mais pour l'heure, ce 6 septembre, Henri Mainberte prend bien le train de Yainville pour le dépôt de Rouen en compagnie d'un camarade de classe. Ou se trouve ce dépôt? J'ai cru comprendre à la caserne Jeanne-d'Arc. Sans certitude. Bref, le voilà encaserné. Mais son régiment n'est plus là. Il est parti dès le mois d'août s'engager sur le front du côté d'Arras.  Mais il est maintenant replié à 60 km de Rouen. Alors, Henri reste-il dans la capitale normande? Ou rejoint-il son régiment? Le 12 août, le 21e RIT reçoit en effet un renfort de quelque 500 hommes en provenance du dépôt. Est-il du nombre? Seul un relevé nominatif des effectifs pourrait nous éclairer. Mais existe-t-il seulement...

Cet extrait d'un journal de marche ajoute à la confusion: le mercredi 7 octobre, "vers 22h, le 28 RI (Evreux) reçoit comme renfort un détachement de 90 territoriaux du 21e et du 22e du dépôt de Rouen parmi lesquels se trouvent quatre sergents". Le 7 octobre! Trois jours après la libération de mon grand-père. Voilà qui tendrait à prouver, depuis la mobilisation générale, des territoriaux sont bien restés au dépôt de Rouen. A moins qu'ils y soient simplement revenus après avoir étés au front. Allez savoir...

Dans les dépôts, réservoirs de renforts, gardait-on au chaud les vieux territoriaux qui plus est pater familias... Vieux, sûrement pas. Des soldats de la classe 92 arrivés en dépôt et tués à l'ennemi peu après leur mobilisation se retrouvent aisément. L'âge ne fait donc rien à l'affaire.

Parmi les gars de la classe 92, j'en ai retrouvé un mobilisé le 2 août, renvoyé dans ses foyers le 4, rappelé le 9 septembre, renvoyé le 24 novembre, rappelé le 8 décembre... Un autre exemple ? C'est ce territorial de  2 ans plus âgé qu'Henri mobilisé le 2 août 14 et qui finit par déserter le 7 mars 1916. On retrouva son corps le 25 dans le canal de l'Ourcq. "Mort accidentelle... par insoumission". 

On entend dire qu'au début de conflit, les hommes des classes 87 et 88 furent rapidement renvoyés dans leur foyer, sauf spécialistes et engagés volontaires. Mais ce mouvement ne s'est vraiment esquissé qu'à la fin d'octobre 14 et ne fut pas systématique. Alors si l'âge ne fait rien à l'affaire, le nombre d'enfants joue-t-il ?

On trouvera des pères de six enfants de la classe démobilisés seulement en 1915, 1916...  Ou encore cet autre démobilisé... en 1919. Mais sans doute volontaire.

Sur la fiche signalétique d'Henri Mainberte figurent au moins deux affirmations: "A rejoint son corps" et "Campagne du 6 septembre 1914 au 4 octobre 1914." Campagne...

Le 4 octobre, il est renvoyé dans ses foyers.

Henri Mainberte aurait donc été un des tout premiers à bénéficier de ces faveurs empiriques. A moins qu'il ait été blessé. On a vu les pertes nombreuses enregistrées par le 21e. Un éclat d'obus au mollet, l'impossibilité de marcher... A moins qu'il ait été jugé physiquement défaillant. "Etat de fatigue physique et morale des troupes, note-t-on le 1er octobre, trois jours avant son renvoi, relève par des éléments moins harassés..."
Dans deux ans, Henri mourra dans son lit. Est-il déjà malade... 
En tout cas, la question des pères de "six enfants vivants et plus" fut régulièrement soulevée à l'assemblée nationale et il arriva que les autorités militaires devancent les rappels à l'ordre des députés en libérant des appelés dans ce cas. Ce n'est que le 11 février 1915 qu'une circulaire ministérielle (N° 1999 1/11) rattachera définitivement les hommes de son cas à la classe 87. Autrement dit non mobilisable. 

Ses six enfants lui valent subitement d'être vieilli de six années. Il a 42 ans. Pour les miliaires, il en a 48. Il n'est donc plus mobilisable mais reste à la disposition du ministère.

Marie-Louise Mainberte, alors adolescente, prétendait que son père était rentré de guerre en 1916. Qu'il avait été affecté au terrassement des tranchées. On a vu que le 21e utilisait cette technique avant même la guerre de position. Qu'il avait été affecté ensuite à la surveillance des voies ferrées. Dans ce cas, le sigle GVC aurait dû apparaître dans sa fiche signalétique avec les dates correspondantes. Elle ajoutait qu'il avait contracté la tuberculose à l'armée. Nous le verrons bientôt mourir de cette maladie. La Grande Guerre s'est accompagnée en France d'une grande recrudescence de la mortalité tuberculeuse, touchant tant civils que militaires. Point culminant: 1917, année de sa mort.

Toujours est-il que mon grand-père regagne Yainville début octobre. Sa guerre n'aura pas duré longtemps. Mais son retour à Yainville ne passa sans doute pas inaperçu. La France triomphait alors d'avoir fait reculer les "Boches". 

 

Retour dans le Yainville de la Grande-Guerre :  

Quelques chiffres
La mobilisation générale concerna huit millions d'hommes, soit 20% de la population. Il s'agit d'abord des hommes nés à partir de 1875. Puis, progressivement, ceux nés entre 1869 et 1874.  Henri Mainberte est dans cette tranche. Ce qui explique sans doute son départ le 6 septembre.

Le 21 e RIT sur l'échiquier militaire
Sous le commandement suprème de Joffre, la France compte cinq armées.


La 5e armée est celle des Normands et des Bretons.  Commandant: général Lanzerac.
Ces cinq armées sont composées de 21 corps d'armée correspondant chacun à une région militaire. 

Le 3e corps d'armée est celui de notre région militaire qui englobe Rouen,  Le Havre, Caen, Lisieux et Falaise. 

Les Régiments d'infanterie d'active, les RI, acceuillent les hommes nés  de 1891 à 1893.
Les Régiments d'infanterie de réserve leur sont associés en regroupent les hommes nées entre 1881 et 1890. On ajoute 200 au n° du régiment d'active. La réserve du 129e RI du Havre est le 329e RI.

Les Régiments d'infanterie territoriale, les RIT, sont formés des hommes nés entre 1875 et 1880 puis, progressivement, entre  1869 et 1874. On compte 145 RIT en 1914. Ils seront dissouts le 1er août 1918 et leurs hommes rattachés aux régiments d'active et leur réserve.

Par région militaire, l'infanterie territoriale comprend plusieurs échelons: la division, la brigade, le régiment, le bataillon, la compagnie.
82e division d'Infanterie Territoriale. Commandant: Général Vigy, 3 août 14..
  • 163e brigade d'Infanterie Territoriale
17e régiment d'infanterie territoriale (Bernay, Paris)
18e régiment d'infanterie territoriale (Évreux, Paris)
  • 164e brigade d'Infanterie Territoriale
21e régiment d'infanterie territoriale (Rouen)
22e régiment d'infanterie territoriale (Rouen)
Régiments non endivisionnés
19e régiment d'infanterie territoriale (Falaise, Paris)
20e régiment d'infanterie territoriale (Lisieux, Courbevoie)
23e régiment d'infanterie territoriale (Caen)
24e régiment d'infanterie territoriale (Le Havre)
Chaque RIT est composé de 3 (parfois 4) bataillons. Chaque bataillon de 4 compagnies.
Le 1er bataillon du 22e RIT est composé des 1ère, 2e, 3e et 4e compagnies: Commandant: Quantin.
Le 2e bataillon est composé des 5e, 6e, 7e et 8e compagnies. Commandant: Deleveau.
Le 3e bataillon est composé des 9e, 10e, 11e et 12e compagnies. Commandant: d'Orza.
On compte aussi une compagnie hors régiment de 174 hommes. Total des effectifs du 21e RIT: 3027 hommes.


Le 19 août, le général d'Amade prit le commandement d'un groupement de quatre divisions d'infanterie territorale:
La 81e composée des 11e (Beauvais), 12e (Amiens), 14e (Abbeville) et 16e RIT (Péronne).
La 82e composée des 17e, 18e 21e et 22e RIT. On connaît...
La 84e composée des 25e (Laval), 26e (Mayenne), 27e  (Mamers) et 28e RIT (Le Mans).
La 88e composée de 81e (Nantes), 82e (Ancenis), 83e (La Roche/Yon) et 84e RIT (Fontenay-Le-Comte).

SOURCES


Historique du 21e RIT,  Rouen, Imprimerie Wolf.
Journal de marche et des opérations des 21e et 22e RIT, Ministère de la Défense.
Journal de marche et des opérations de la 82e division d'infanterie territoriale, Ministère de la Défense.
Journal de marche et des opérations des brancardiers de l82e division d'infanterie territoriale, Ministère de la Défense.
Martial Grain, auteur de Nos soldats morts pour la France, Baronnies de Jumièges, 2004.
Fiche signalétique des services de Henri Mainberte, archives départementales de la Seine-Maritime.