A Paul Le Joncour
Le père noyé, le fils héros de la Royale... les Varin illustrent bien ces lignées de marins de Jumièges, happés par les guerres sous tous les régimes. Portraits choisis dans la galerie de mes ancêtres...



Nous sommes le 29 juillet 1785, par une douce soirée d'été. A Boscherville, quatre hommes du Mesnil s'affairent à charger un bateau de fruits qu'ils livreront à Duclair. Il y a là Pierre Boutard, Denis Renault, Jean-Baptiste Brigaux et Etienne Varin. La nuit tombe et chacun ramera à tour de rôle. A 10 h du soir, Varin se lève pour céder sa place. Mais il perd l'équilibre, tombe à l'eau. Et se noie sous les yeux de ses compagnons impuissants. La barque approchait du calvaire de Duclair.
Etienne avait 48 ans et venait tout juste d'être déclaré hors de service, autrement dit réformé de la marine de guerre... La revue générale avait eu lieu le 26 juillet, soit trois jours avant le drame, et nombre des compatriotes de Varin avaient été eux aussi exemptés du service de l'Etat.

Le 7 août suivant, à Saint-Paul, le sieur Berthault découvre le cadavre du noyé qu'il maintient à son quai au bout d'une corde attachée à un saule. Les gens de la vicomté de l'eau sont bientôt sur place. Arrive la veuve de Varin, Marie Madeleine Neveu, accablée d'infirmités et maintenant plongée dans le malheur. Hélas oui, ce corps qui a séjourné plus d'une semaine dans l'eau est bien celui de son mari. Sur cet accident, on entendit aussi les témoignages de Pierre Lambert, Pierre Delamare et Bernard Guébert, 32 ans, conducteur de bateaux du Mesnil.

Sur mandement des sieurs Hébert et Marette, le corps de Varin fut inhumé à Duclair. Emu par la situation de ses brebis, l'abbé Le Faucheur, curé du Mesnil, obtient que l'on fit grace à la veuve des 30 sols de justice. De modeste condition, elle était désormais à charge de cinq enfants. Sans compter les deux qu'elle avait portés dans son sein et morts en bas-âge.
      Etienne Varin, L'ancêtre noyé 1737-1785
&1764 Marie Madeleine Neveu 1732-1808      
      |      
      Etienne Victor Varin 1772-1841
&1817 Marie Catherine Ferrand 1787-1874      
      |      
      Victoire Joséphine Varin 1822-1898
&1846 Pierre Jean Baptiste Vincent 1800-1886      
      |      
      Léopoldine Joséphine Vincent 1848-1893
&1873 Auguste Pierre Chéron 1846-1918/      
      |      
      Joséphine Chéron 1874-1943
&1896 Henri Quevilly 1868-1949      
      |      
      Raphaël Quevilly 1906-1994
&1937 Andréa Mainberte 1912-1958      
      |      
      Laurent Quevilly 1951


L'aîné des garçons, Etienne Victor, est alors âgé de 13 ans. Et ce n'est pas la noyade de son père qui l'empêchera d'être marin. Cette année 1785, il est apprenti navigateur...

Baptême du feu


Nous retrouvons Etienne Victor à l'âge de 21 ans. C'est maintenant un homme d'un mètre 60, châtain, les yeux bleus, une grande bouche et un nez épaté, le visage ovale avec un menton rond, le front large. Le 18 mars 1793, il est levé comme matelot à Brest. Comme plus de 100.000 marins normands et bretons cette année-là... A Jumièges, en 93, Jean Baptiste, Michel, Pierre-Nicolas, Jean, Thomas et trois Pierre Conihout, Louis Vastey, Pierre Le Villain, Robert Huley, Nicolas Desmoulin, Etienne et André Thirel, Jean Royer, Paul et Nicolas Bocquet, sont dits fermiers n'ayant jamais navigué et impropres au service. L'année suivante, on les retrouvera tous les dix-sept... maîtres de bateau de pêche !

A ce jour, Varin cumule déjà plus de 54 mois au commerce et neuf mois dans la Royale. Et celle-ci est en piteux état. A Toulon, une partie de la flotte commandée par des monarchistes a fait sécession et livré la ville au Anglais. A Brest, les services portuaires manquent de tout. Pour compenser l'émigration des officiers royalistes, on a fait appel à des cadres de la marchande, employés comme auxiliaires durant la guerre d'Indépendance des Etats-Unis. Les équipages, incomplets, indisciplinés, sont beaucoup moins entraînés aux manœuvres d'escadres que les marins anglais. Tout ceci sur fond d'instabilité politique.

Le temps de rallier le port breton, de découvrir Recouvrance, la Penfeld, notre marin normand est affecté le 19 avril 93 à bord du Téméraire, 74 canons, commandé par le citoyen Doré cadet. Il y monte le même jour que Pierre Nicolas Lecavillier, natif de Guerbaville et demeurant Heurteauville. Il sont vite rejoints par un autre pays, Pierre François Prunier, de Jumièges.
Lancé en 1782, le Téméraire est le premier d'une série standardisée de navires très rapides et manœuvriers. Mais en mauvais état. En mai 93, Brest est gagnée par l'agitation. La plupart des marins sont sans vêtements de rechange, beaucoup, souffrant du scorbut, n'ont à manger que de la viande salée. La révolte gronde.
Bientôt, le commandement sera assuré par Morel, un simple matelot bombardé lieutenant en pied puis capitaine de vaisseau.
Le 14 septembre, Varin est à Quiberon où stationne une grande partie de la flotte. Un ordre vient : intercepter un convoi hollandais. Mais les navires sont tous en avarie et des marins excédés réclament un retour à Brest. Alors, on lit sur chaque navire la relation des séditions de Toulon. Ce qui ne fait qu'aggraver les tensions. Seuls trois navires, dont le Téméraire, semblent fidèles aux représentants du gouvernement. L'escadre finit par rallier Brest, au grand dam des instances parisiennes. Ce n'est là qu'un aperçu du climat dans lequel baigne Varin.

Le 30 mai 1794, parti de Brest, le Téméraire fait partie d'une flottille composée du Trajan et du Sans-Pareil où se trouve un autre de mes ancêtres, Jacques Lefrançois. Ces trois navires, sous les ordres du contre-amiral Nielly, rallient l'escadre de l'amiral Villaret-Joyeuse, aux prises avec les Anglais. L'enjeu : protéger un convoi de blé attendu d'Amérique. Ce jour-là, une brume épaisse enveloppe les deux armées. Le 1er juin, c'est la fameuse bataille navale de Prairial. Le Téméraire échange un feu nourri avec l'HMS Russel mais laisse porter vent arrière, son gréement étant endommagé.

Extrait du rapport du capitaine Morel : "Au commencement du combat, 2 vaisseaux anglais ont coupé la ligne à notre troisième et quatrième vaisseau de l'avant ; l'Impétueux (capitaine Douville) s'est abordé avec un vaisseau anglais, sur l'arrière du Terrible (contre-amiral Bouvet), ils se sont démâtés et abîmés et ont obligé le reste de l'avant-garde d'arriver sous le vent à eux. Nous avions par notre travers 2 vaisseaux de 74 à 80 canons et 1 vaisseau  à trois ponts qui paraissait aussi avoir l'intention de couper la ligne, nos matelots de l'avant laissant un peu arriver, je fus obligé de les suivre, sans cela on aurait  coupé la ligne devant moi..."

Ayant plié au premier choc, le Téméraire s'effaça durant ce combat au terme duquel sera capturé mon autre ascendant, Jacques Lefrançois sur un Sans-Pareil démâté. Varin, lui, s'en tirait à bon compte. Cette bataille navale se soldait par la perte de sept vaisseaux pour la marine française mais la fierté d'avoir protégé l'immense convoi de céréales venu des Etats-Unis et qui préservera la Nation de la famine.
Varin touche terre le 16 septembre. Mais remonte à bord du Téméraire dès le 22 pour une seconde campagne. Catastrophique....

Le Grand Hiver


Toujours sur le Téméraire, Varin sera de la campagne du Grand Hiver qui va s'élancer du goulet de Brest le 24 décembre 1794. Il s'agissait de prendre une revanche sur les Anglais après le combat de Prairial. Une flotte devait écumer le golfe de Gascogne, une escadre rallier la Guadeloupe, une autre Toulon. Mais les navires sont en mauvais état. Les équipages aussi. Et Neptune souffle sa colère. La coque du Téméraire est fortement endommagée dans la nuit du 30 au 31 décembre. Le lendemain, le navire fait eau et embarque 5 pouces à l'heure. Le 6 janvier, il pompe deux fois par quart, ce n'est pas encore bien grave. Le 13, signale 8 pouces qui, trois jours plus tard, en font 18. Il menace désormais de sombrer
Le 24 janvier, un coup de vent isole le Téméraire du reste de sa flottile et il  erre dans la tourmente. A bord, le maître d'équipage fait observer que les manœuvres, tant mortes que courantes, sont presque toutes pourries ; que, sitôt qu'on veut les raidir, elles cassent. A un moment, voyant un navire, le capitaine Morel fait virer de bord pour l'éviter. L'étrave se détache si fort des barbes que l'eau entre considérablement à bord et il est obligé de reprendre sa première route.
Le 27 janvier, à 8 à 11 h du matin, Varin aperçoit la terre, mais à cause de la brume personne ne peut la reconnaître. Le lendemain matin on reconnaît cette fois Plouguerneau et l'Ile de la Vierge au Sud. Varin aperçoit en même temps le Neptune. Les deux vaisseaux étaient donc entrés en Manche sans s'en apercevoir, ils avaient eu la chance extraordinaire de ne pas s'échouer sans espoir de salut sur Ouessant.  
Le Téméraire fuit devant le temps en essayant de se diriger sur Saint-Malo, mouille au soir sous le cap Frehel et le lendemain entre enfin dans la cité corsaire. A temps. Là, faute de matériaux, il ne sera jamais entièrement réparé. Varin quitte le bord le 16 septembre 1795 mais repart pour une nouvelle campagne dès le 23. Elle le conduit jusqu'au 18 décembre 1795, date à laquelle il quitte définitivement ce navire voué à la ruine.

Le 3 janvier 1796, il passe alors sur la Danaé, capitaine Giraudeau. Une courte campagne de deux mois qui s'achève le 9 mars suivant. A peine le temps de souffler, le 13  mars, il est affecté sur la Surveillante...

Sur la Surveillante


On est tenté de voir dans cette Surveillante l'un des plus prestigieux navire de la Marine qui sombra lors de la malheureuse expédition en Irlande sous les ordres du capitaine Bernard. (Lire plus bas en annexe).
Mais les états de service de Varin vont bien au-delà de cette catastrophe sur un navire portant ce nom et commandé par d'autres marins que Bernard. Anne des Déserts a bien voulu effectuer des recherches pour moi et a trouvé deux navires homonymes.
Le premier est un brick construit à Bordeaux en 1788, réquisitionné en avril 1793 et dont la coque fut doublée en cuivre en 1794.

Ses campagnes sur la Surveillante
selon l'inscription maritime

1) du 3 mars au 16 septembre 1796,
capitaine Cossé.
2) du 22 septembre 1796 au 16 septembre 1797, capitaines Cossé et Hamon.
3) du 22 septembre 1797 au 16 septembre 1798, capitaines Hamon et Thévenard.
4) du 22 septembre au 29 novembre 1798 capitaine Thévenard.
Le second est un bateau canonnier attesté en 1795 et armé à Boulogne.
Quoi qu'il en soit, après ces nouvelles campagnes de deux ans et demi, Varin est maintenant quartier-maitre...

Deux ans et demi sur le César


Le 12 décembre 1798, Varin passe sur le César-Auguste, capitaines Macouin et Péron jusqu'au 16 septembre 1799. Puis sous les ordres de Péron du 23 septembre 1799 au 17 septembre 1800 et du 23 septembre au 23 juillet 1801. Deux ans et demi, c'est long, malheureusement, on ne retrouve pas de trace notable de ce navire.
En quittant le César, notre homme n'accomplira plus que de très brèves campagnes, apparamment sans hitoire elles aussi.

Sitôt débarqué du César, le 24 juillet 1801, Varin sert quelques jours sur le Patriote puis est reversé sur le Mont-Blanc, 74 canons, de la classe Téméraire, où il sera sous les ordres du capitaine Charles-René Magon de Médine.
Le Mont-Blanc participera bientôt à l'expédition désastreuse de Saint-Domingue.
Venant du Patriote, justement, un "pays" de Varin entra à l'hôpital de Brest le 4 février 1801 et y mourut le 20. C'était Louis Pierre Bernard Guébert, le fils du conducteur de bateau qui nous avons aperçu au tout début de ce récit.
Fort heureusement pour Varin, qui avait sans doute assez donné, il quitte le bord le 10 septembre 1801, trois mois avant le départ pour les Caraïbes et échappe ainsi aux soubresauts de l'indépendance d'Haïti...
 
Enfin il termine sur la Révolution, capitaine Rolland, du 19 septembre au 30 octobre 1801. Ce navire croisait en Méditerranée et poussait jusqu'à Saint-Domingue. Pierre-Nicolas Rolland est né à Dieppe en 1761. il sera contre-amiral, baron d'Empire, chevalier de la Légion d'Honneur... et de Saint-Louis selon les vents.

Il y avait maintenant bientôt neuf ans qu'Etienne-Victor Varin était dans la Royale. Il fut congédié de Brest 29 décembre 1801 et toucha Rouen le 15 janvier 1802 à bord du  brick Les deux amis, capitaine Philippe Petitvalet, navire de commerce armé à Brest, venu de Roscoff et qui ramenait quelques quillards au pays...

Retour à la vie civile


Sept mois après son retour, le 4 août 1802, Etienne Victor est matelot sur le Républicain, capitaine Jean-Nicolas Boquié, de Dieppedalle. Retour le 31 août. 21 octobre 1802 : le même pour Marseille. Retour le 29 avril 1803.

Les archives maritimes restent muettes ensuite pendant une dizaine d'années. Sinon pour nous dire qu'Etienne Victor est quartier maître le 22 janvier 1804 sur le bateau canonnier n° 202 commandé par le capitaine Marais. Il aura donc été rappelé dans la Marine impériale. Des bateaux canonniers furent construits en série à Boulogne en vue d'une invasion de l'Angleterre par Napoléon.

En 1801, la sœur d'Etienne Victor, Marie Rose Elisabeth, s'était mariée à Bardouville avec Jean Béranger, un agriculteur. La mère des Varin, veuve du noyé, ira vivre avec les nouveaux époux et mourir sous leur toit en 1808.

Etienne Victor s'établit lui aussi à Bardouville. En  janvier 1817, année de son mariage, il est matelot sur le brick le Vaillant, capitaine Henry Delphin Boquié, de Dieppedalle, et se rend à Lisbonne. C'est un navire de 145 Tx construit à Bayonne en 1802. Il débarque à Rouen le 12 juillet. Pour se marier enfin...

Son mariage



L'an 1817, le 1er septembre, à 4 heures de relevée, devant moi, maire, faisant fonction d'officier d'état civil, sont comparus en la maison communale pour contracter mariage, d'une part Etienne Victor Varin, 45 ans, marin domicilié en cette commune, fils majeur de feu Etienne Varin et de feue Madeleine Neveu, tous deux décédés en la commune de Duclair et Bardouville, d'autre part Marie Catherine Ferrand, 30 ans six mois, fille majeure de Jacques Ferrand et Marie Catherine Sauvage domiciliés en la commune de Surtauville, département de l'Eure, la dite future étant fille à gage à Bardouville. Les deux futurs époux sont accompagnés de Louis Pierr? âgé de 55 ans, jardiner, Michel Beaud? 61 ans, cultivateur, tous deux domiciliés en cette commune et amis du futur, Adrien Frémond (*), 41 ans, cultivateur, Félix Ouin(*), 21 ans, garde de propriété, tous deux demeurant à Bardouville et amis de la future.

(*) Originaire d Anneville, Abraham Adrien Frémont (Adrien x +Marie Anne Perdrix) a épousé à Bardouville le 19 fructidor de l'an VI Marie Elisabeth Mutel (Jean x Germaine Le Cointe).
(*) Félix Ouin mourut le 27 novembre 1821 alors qu'il était conservateur de biens.

Ses dernières campagnes


Le 29 décembre 1817, Varin embarque à Rouen comme matelot sur l'Aimable Marguerite, sloop de 60 tonneaux construit à La Mailleraye en 1806, immatriculé à Honfleur, capitaine Jean-Louis Heuzé, de Quillebeuf, pour faire le voyage à Caen. Le 17 avril 1818, il débarque à Rouen.

Le 27 avril 1818, embarque sur le Batave, capitaine Benoist, 26 décembre, débarque au Havre.

23 février 1819 : matelot sur l'Alexandrine, capitaine Boquié, pour Londres. Débarque le 26 juin à Rouen. En septembre de cette année-là vient un premier garçon chez les Varin qui ne survit que quelques jours.

2 juin 1820, nouveau voyage sur l'Alexandrine. Débarque le 7 août à Rouen.

3 février 1821 : matelot sur la Jeanne Catherine, capitaine Vauquelin, allant au Havre, débarque à Rouen le 23 juin.
Le 3 juillet 1821, matelot sur le sloop l'Espoir de la Paix, 76 Tx, construit à Dieppedalle en 1805, capitaine Germain Liesse, de Guerbaville, allant à Cherbourg. Débarque à Rouen le 22 août.
Le 8 septembre 1821, matelot sur le Saint-Dominique, vieux sloop de 57 Tx construit à Dieppedalle en 1788, capitaine Etienne Dubosc, du Vieux-Port, allant au Havre. Débarque à Rouen le 9 janvier 1822.

Le 1er mars 1822, matelot sur la gribane l'Aimable Euphrosine, 71 tonneaux, lancée à Dieppedalle en 1808, capitaine Pierre Belfemme, de Rouen, allant au Havre, débarque à Rouen le 16 juillet. Le temps d'aller voir sa fille, Victoire Joséphine, née entre temps le 26 mai. C'est ma trisaïeule.
Varin réembarque sur le même le 22 août 1822 et débarque à Honfleur le 24 décembre 1822, veille de Noël, veille de la quille...

Changement de cap


Etienne Victor Varin sera rayé du service le 23 avril 1823. Désormais, il se tournera vers la terre. A Bardouville, on pratiquait l'arboriculture. Dans ses roselières et marais s'épanouissent l'iris et le roseau-massette. Les passereaux aquatiques y nichent, on voit aussi en bord de Seine le héron cendré. Les vergers sont peuplés de lérots, petits rats dormeurs qui grimpent aux pommiers et poiriers. Grives et fauvettes cohabitent avec la chouette chevêche.
Au coeur du grand bois est toujours un chêne plusieurs fois centenaire. Les enfants s'y sont succédé dans ses grosses branches accueillantes. Victoire Joséphine y a sûrement fait ses premiers pas. La vue sur la Seine est magnifique quand vous êtes près de l'église et du château du Corset-Rouge . Dans la chapelle pend une maquette de La Joséphine...
En 1824, les Varin eurent un garçon, Jacques Etienne, puis vint une fille en 1827, Céleste Pauline qui plus tard épousera un Clépoint.

En 1829, la famille Guilbert, d'Yville et Anneville, vendit à Etienne-Victor une masure à Bardouville. Il est dit encore marin bien qu'il ne figure plus à l'inscription maritime. Cette même année, notre ancêtre se démit de deux immeubles qu'il possédait toujours au Mesnil-sous-Jumièges au profit du douanier Robert-Christophe Sieurin.

Etienne Victor avait combattu pour la République. A 69 ans, il allait mourir sous un roi sans penser qu'un jour prochain s'effondrerait la monarchie. Il s'éteignit dans sa ferme, le 17 décembre 1841, à 4 h de l'après midi. Deux hommes allèrent déclarer son décès en mairie : Jean Baptiste Nicolas Gilles Binard, un voisin, pensionné de l'Etat, 60 ans et Jean Baptiste Joseph Lefebvre, jeune maçon de 26 ans.

Le mardi 17 juin 2003 j'ai déjeuné à Boscherville, au café ou avait grandi ma mère, dans l'ancienne graineterie Poulard. Puis je me suis rendu à la mairie de Bardouville. J'y fus reçu par deux saintes femmes qui me tendirent le registre où m'attendait le quartier-maître Varin.

Laurent QUEVILLY.

Souces
Anne des Déserts, recherches le 5 décembre 2017 au Service Historique de la Défense, département Marine.
Jean-Pierre Derouard, La noyade en Seine au XVIIIe siècle dans 27 paroisses riveraines de la Seine maritime  
Histoire de la marine française sous la Première République, Edouard Chevalier.
 L'armée navale de l'Océan, LV Lachèse.
Col bleu.

Registres de l'Inscription maritime, Achives départementales de la Seine-Maritime. Etienne Varin figure sur le répertoire alphabétique 7P4-14, p. 146, 1785. Puis sur le registre des matelots allant jusqu'en 1796.

Annexe : la campagne d'Irlande

La Surveillante a été lancée à Lorient en 1778. L'étanchéité de sa coque est assurée par des plaques de cuivre et c'est le second navire de ce type. Cette frégate est alors l'une des plus prestigieuses de la Royale : elle a mené campagne en Amérique, neutralisé ensuite cinq navires britanniques dont le fameux HMS Québec au large d'Ouessant. Enfin, c'est elle qui a été choisie pour annoncer aux Etat-Unis la signature du traité de Paris qui mettait fin aux hostilités.
C'est ainsi que le 16 décembre 1796, armé de ses 36 canons, 250 hommes de troupe, il est de la flottille française qui part aider les séparatistes irlandais.

Sous les ordres du vice-amiral Morard de Galles, l'armada totalise 46 navires, 15.000 hommes de troupe commandés par le général Hoche. Objectif : prêter main forte aux Irlandais pour créer une république alliée de la France. Et de là, envahir l'Angleterre. L'escadre emporte avec elle Wolfe Tone, avocat irlandais. Confiant en la victoire, on a appris ce chant :

Français sur les rives lointaines
Portons encor la Liberté
Des Irlandais brisons les chaînes
Fendons l'océan agité



                   Hoche...

Mais l'océan, il est plus qu'agité. Prise dans une épouvantable tempête, la flottille se disperse dans le désordre le plus total.  pour se regrouper vaille que vaille...
Le général de Grouchy se souvient : "La frégate la Surveillante, sur laquelle j'étais monté, faisait partie de la division aux ordres du contre-amiral Nielly. Nous avons suivi les mouvements de l'armée jusqu'à l'entrée de la baie de Bantry, dans laquelle nous avions l'ordre de louvoyer, pendant que l'armée choisirait son mouillage.
 C'était le 2 nivôse (22 décembre 1796) que nous avons vu terre. Nous avons tenu le vent le 3 et le 4, mais le 5 (25 décembre) la tempête devint telle que nous périssions infailliblement si nous n'avions laissé arriver vent arrière. Nous fûmes ainsi jetés au 53e degré et demi de latitude. Pendant une crise, nous essuyâmes des coups de mer si violents que, dans les nuits des 6 au 7, (26 au 27 décembre) tous nos plabords furent emportés, et avec eux les porte-manteaux des chasseurs à cheval du 7e régiment. Notre position devint enfin si critique, que nous fûmes forcés de jeter nos canons à la mer.

Le 8 (29 décembre), le temps se calma, et les vents devinrent à la fois favorables pour l'Espagne, la France et l'Irlande. Cette dernière terre étant notre destination fut celle que nous choisîmes, décidés, dans le cas où nous n'y trouverions aucuns des nôtres, à tenter à nous seuls une descente, préférant ainsi mourir glorieusement et les armes à la main au sort inévitable d'être engloutis au fond des eaux. Après trois jours de navigation, nous avons, le 11 (31 décembre), pris connaissance de la terre, et sommes entrés dans la baie de Bantry, où nous avons trouvé les vaisseaux le Redoutable et le Tourville (monté par Grattien) ; les frégates la Cocarde, la Romaine et le lougre le Renard. Le tout sous le commandement du chef de division Daugier, à bord duquel je me suis rendu avec le capitaine-commandant la Surveillante (Joseph Bernard). Ce dernier a remis au commandant un procès-verbal de l'état déplorable de sa frégate et lui a demandé une commission pour la vérifier. La commission nommée a décidé que la Surveillante était hors d'état de pouvoir rendre aucun service et que l'on ne pouvait, sans compromettre évidemment la surêté de son équipage et celle des passagers qu'elle avait à son bord, différer plus longtemps de la désarmer. En conséquence de cette décision, l'équipage et les troupes ont été répartis sur les autres bâtiments de la division, et la frégate a été coulée. Ce désarmement, ordonné le soir et exécuté dans la nuit du 14 nivôse, (3 janvier 1797) s'est fait avec tant de précipitation et de confusion qu'il a été de toute impossibilité à chacun de nous de sauver tous ses effets. On n'a pu sauver qu'une dizaine de selles sur environ deux cents qui se trouvaient à la cale, encore sont-elles à moitié pourries par la quantité d'eau que faisait notre bâtiment."

Le sabordage eut lieu à un mille des côtes, du côté de Glengarriff. Devant le mauvais temps persistant, décision est prise de regagner Brest. Bilan : un gigantesque fiasco tant en hommes qu'en vaisseaux perdus...
Seule une yole de la Résolue, en quête d'assistance, aura atteint une île où son équipage fut aussitôt capturé. De nos jours, la yole de Bantry est une pièce de musée qui a inspiré des répliques utilisées notamment à Douarnenez et qu'affectionnait particulièrement feu mon ami Paul Le Joncour, terrrassé à bord de l'une d'elles. Quant à l'épave de la Surveillante, elle est classée monument national.

Thévenard., fils de vice-amiral, commandait le Wattigniy en Irlande. Ce navire faisait partie de l'arrière-garde avec la Surveillante. En 98, on retrouve Thévenard commandant de l'Aquilon qui fait partie de l'expédition de Bonaparte en Egypte. La flotte quitte Toulon en mai 98 et l'Aquilon est de la bataille d'Aboukir en août 98 où Thévenard est tué et son navire capturé.







Haut de page