La famille Lesain domina Yainville durant le XIXe siècle. Outre le manoir de l'église, elle possédait deux autres fermes sur la commune ainsi que d'innombrables parcelles. Aussi peut-on affirmer ici que plus de la moitié d'Yainville lui appartenait. Tentative d'inventaire.

Le manoir de l'église


La famille Lesain chassa Maurice Tiphagne du manoir d'Yainville en obtenant le bail de 1759 auprès des religieux de l'abbaye de Jumièges. En 1791, François Lesain racheta le domaine où il vivait au titre des biens nationaux. On voit ci-dessus le manoir d'Yainville tel qu'il était encore dans les années 1820. Le bâtiment principal est en angle. L'une des ailes a donc été détruite par la suite lors du remaniement de la maison opéré en 1865. On voit que l'église est encore dépourvue de sacristie. Un terre-plein triangulaire règne au carrefour. Les bâtiments figurant sur ce plan ont usage de cave, pressoir, bergeries, étables, écuries, granges, tasseries, four à pain, cave sous terre, charretterie avec un puits se trouvant devant la maison. Le tout règne sur un hectare 74 ares, 10 centiares. C'est sans les terres d'exploitation.


150 ans plus tard, on voit toujours figurer les bâtiments C, D et B qui a été rallongé. Une aile du manoir a disparu mais le corps subsistant conserve la même proportion et orientation. Il a été remanié sur la base des anciennes caves. En bas à gauche sur la photo, un nouveau bâtiment a été édifié.


Possessions Lesain section A


Cette carte a été réalisée à partir des actes notariés en notre possession et qui sont incomplets. Mais on devine l'étendue réelle des propriétés Lesain.
Voici maintenant comment le domaine sera démantelé. A son décès en 1826, François Lesain transmit par héritage son bien à Charles Lesain, son cousin. A son tour, il rendit l'âme en 1863, laissant deux héritiers, François Victor et Adélaïde. L'année suivante, ils louent le manoir à Sénateur Lefebvre.
1) En 1875, la fille Lesain vend à la famille Sabatier, entrepreneurs de travaux publics, la plupart des parcelles situées au bord de la Seine. Les Sabatier vont exploiter les carrières sises sur la parcelle 235. Près de là est une habitation et des bâtiments ruraux au milieu d'arbres fruitiers.
2) En 1887, Victor Lesain, le frère resté cultivateur, vend à Henri Dupasseur, membre de la famille Lepel-Cointet, les parcelles 199 à 229 (manoir et dépendances) ainsi que les parcelles 233, 260,  155 et 186. Bref, le gros de l'exploitation agricole. Dès l'année suivante, Dupasseur loue la ferme à Emile Carpentier.
3) Dupasseur étant décédé, sa femme hérite et se remarie avec le peintre Maurice Ray. En 1891, ces derniers vendent à Armantine Ouin, veuve Denomaison, les parcelles 201 à 213, 216 à 221, 155 et 186, autrement dit une grande partie du domaine primitif.
4) Les Ray conservent cependant pour leur usage la Broche aux Bouleaux. Il s'agit de la parcelle 233. Cette même année 1891, pour élargir leur propriété, les Ray achètent les parcelles 228, 230, 231 et 232... au père de Maurice Leblanc, l'auteur d'Arsène Lupin ! L'explication ? Maire de Jumièges, Achille Grandchamp avait acquis quatre parcelles aux Sabatier pour y construire une résidence. Quand il meurt sans descendant c'est son beau-frère, M. Leblanc, qui en hérite et les revend très vite aux Ray. C'est là que Roger Martin du Gard, ami de la famille, vint rédiger sa thèse sur l'abbaye de Jumièges et ses premiers romans. Les parcelles en question constitueront bientôt la propriété de Sacha Guitry connue aujourd'hui sous le nom des Zoaques.


Possessions Lesain section B


Voici une partie des propriétés de la famille Lesain sur la section B du cadastre d'Yainville. Deux fermes apparaissent. Nous y reviendrons.
En 1887, Victor Lesain vend à Dupasseur les parcelles 19 à 22, 25 à 30, 39 à 42, 246, 249 et 250. Sur ces trois dernières s'élève alors une ferme.
En 1891, le couple Ray vend à la veuve Denomaison les parcelles 246, 249 et 250.

La ferme Grain



En 1791, lorsque François Lesain, premier maire d'Yainville, racheta la propriété des moines où il vivait, il se porta aussi acquéreur d'une ferme située dans le village et qui appartenait aussi à l'abbaye. On ignore son emplacement. Toujours est-il que le domaine des Lesain, outre le manoir de l'église, comprenait deux autres fermes au XIXe siècle.  Elles était situées au cœur du village. La première, occupée par M. Grain en 1864, règne sur les parcelles 105, 106, 107 et 108. N'apparaît pas sur ce plan une parcelle excentrée portant le n° 90. Voici ce qu'en dit l'acte notarié de 1864 : "Contenance de deux hectares, quarante trois ares, quatre vingt dix centiares. borné d'un côté au nord une sente, M. Lafosse et l'article ci-dessous, d'autre côté l'article ci-dessus, M. Lemire et Lafosse, une sente entre tous, d'un bout à l'est le chemin tendant de Duclair à Jumièges, et l'autre bout en pointe une chemin tendant à la forêt de Jumièges."
J'ignore quand cette ferme enclose a été rasée. Son terrain accueillit dans les années 1960 la poste et le terrain de pétanque. On voit figurer sur ce plan l'ancien presbytère sous le n° 122. Là s'édifia la première mairie. La maison fut occupée plus tard par le capitaine Chéron. Le calvaire est implanté aujourd'hui à la bifurcation de la route.


  La seconde ferme


A côté de la ferme précédente figurant ici à gauche sous le n° 105 s'étendait une autre exploitation appartenant aux Lesain mais dont on ignore le fermier en 1864. Peut-être était-elle alors inoccupée. Elle règne sur les n°s 99, 100, 101, 102, 103, 104. Contenance 25 ares 70 centiares bornée d'un côté au nord et d'un bout au sud M. Lafosse et d'autre bout la ferme Grain. Le bâtiment figurant en marron est en fait constitué de deux maisons à usage d'habitation et autre.