Nouvelles Savonneries de France,
de l’origine à la déconstruction


Source : bulletin municipal d'Yainville, février 2016.

L’histoire de cet établissement débute en 1930, sur une zone déjà industrialisée À cette époque, le savon est une marchandise rare et chère. C’est au milieu du XXe siècle que l’on trouvera le savon de Marseille. Auparavant nos grand-mères utilisaient des cendres de bois de hêtre mélangées avec de la chaux vive et des orties séchées : 2 kg de cendres pour 100 kg de linge. Lavage une ou deux fois par an, mais surtout pas le vendredi ni au mois de mai ! Donc au milieu du siècle dernier, on trouve du savon de Marseille chez l’épicier. Il est stocké dans des caisses en bois pour qu’il sèche (les fameuses caisses à savon).



Les premières savonneries s’installent à Marseille car les matières premières, arachide et coprahpalmiste, arrivent dans le port de Marseille. La demande en savon augmente de plus en plus, aussi les savonniers marseillais décident d’implanter une grande savonnerie dans le Nord pour alimenter les marchés parisiens. Le projet prend forme en 1930 et la Société Normande des Corps Gras est créée.

La Seine, la route, la ligne de chemin de fer, la centrale thermique établie à Yainville depuis 1921 sont des atouts décisifs. L’usine est implantée en bord de Seine, près de cette centrale qui fournira l’énergie électrique et la vapeur nécessaire à son fonctionnement. D’autres usines de ce site procurent la matière première jusqu’au cartonnage.

La production de savon démarre fin 1934 Les ateliers sont construits à flanc de falaise et les 30 mètres de dénivelés sont fort utiles à l’organisation et au processus de fabrication. Les matières premières sont stockées dans les réservoirs installés en haut de la falaise.

Ensuite,
les huiles descendent par gravité vers l’atelier de saponification. Le savon est fabriqué par cuisson à très haute température, dans des chaudrons d’une capacité de 100 m3 puis purifié, à l’état liquide il est moulé et refroidit avant de passer au conditionnement en bord de Seine près du magasin de stockage. La fabrication du savon demande six jours.



L'encadrement à l’origine vient de Marseille, la main d’oeuvre, pour moitié féminine est recrutée sur place, et habite Le Trait, Yainville et la boucle de Jumièges. Vers 1938, la savonnerie débute la distillation de la glycérine qui arrive brute, c’est la centrale électrique qui fournit l’énergie pour cette opération. Pendant la période de guerre, les matières premières font défaut, car les relations maritimes avec les colonies sont difficiles, voire absentes donc plus de coprah. Restent alors les graisses animales et les oléagineux locaux tels le colza et le tournesol.





C’est en 1943 que la direction décide de diversifier ses fabrications et de construire des unités de broyage et d’extraction des graisses d’oléagineux. C’est donc en pleine période de guerre qu’est construite l’huilerie et trois maisons destinées aux cadres.



En 1947 la savonnerie se sépare des ateliers de fabrication de l’huile qui deviennent la Société Normande d’Huilerie. Les besoins en vapeur augmentent, en 1952 deux chaudières sont installées, ainsi l’atelier de glycérine est autonome et la savonnerie n’est plus tributaire de la centrale électrique.


La sélection EDF, savonnerie, huilerie au tournoi de Mai 1952. Debout de gauche à droite: Adolphe Coriton, Michel Auchedat, Francis Boutard, Francis Van de Perre, Jean Boutard. Accroupis: René Hamel, dit Mazette, Francis Pourhomme, Pierre Bizien, Yves Cauchois, Lucien Bréard et Marcel Buquet.

En 1959, la Société Normande des Corps Gras entre dans le groupe UNIPOL et devient Nouvelles Savonneries Françaises (NSF). Plus de 300 personnes travaillent sur le site. La capacité de production du site s’élève à 15 000 tonnes de savon et 5 000 tonnes de glycérine par an. L’usine de Yainville pendant un temps imprime les emballages pour tout le groupe. Elle est la première à fabriquer le savon translucide sous le nom de Chat Ambré. Par tradition, les savons portaient des noms d’animaux ou de plantes. Au dessus du grand bâtiment, de style néo-normand comme les maisons du Trait, est inscrit en 1964, Savon Le Chat. Les procédés de fabrication évoluent.



En 1967 les Nouvelles Savonneries françaises rachètent deux petites sociétés de production de savon de toilette. La production est vendue en parfumerie et en pharmacie, l’emballage de ces produits de luxe demandait extrêmement de soin et s’effectuait à la main.


Arbre de Noël...

En 1974, Nouvelles Savonneries de France se regroupe avec plusieurs autres savonniers et devient Union Générale des Savonniers. L’usine est à son apogée grâce à son esprit novateur, elle emploie 330 salariés, produit 20 000 tonnes de savon, 5 000 tonnes de glycérine et 7 000 tonnes de corps gras industriels. Le déclin commence vers 1978, les départs en retraite ne sont pas remplacés, des préretraites sont proposées. En 1980, les quarts de nuit sont arrêtés.

En 1986, le groupe Henkel se rend acquéreur du site, la production est en diminution.

En 1999, l’établissement est repris par le groupe des Savonneries Bernard. Les équipements modernes permettent la production d’une large gamme de savons, détergents et lessives conditionnés sous forme liquide ou solide. L’activité sur le site NSF a cessé en 2008. Il fallait trouver des solutions pour réutiliser les locaux de ce site et recréer de l’emploi. L’habitation en bordure de route départementale a été acquise par le SITY pour y installer le poste de police municipale en 2011, après quelques transformations et remises en état. Ensuite quelques bâtiments en haut de la côte Béchère ont été vendus avec poursuite de l’activité existante pour le restaurant inter-entreprises et création de nouvelles activités avec la société IVT, dans l’immeuble de bureaux et le grand bâtiment de stockage. La partie basse du site reste inexploitée. Une étude est sollicitée au titre du fond friches par la Crea et l’EPFN afin de définir un projet de réutilisation de cet ensemble et plus globalement les perspectives de reconversion et d’aménagement de la zone industrielle de Yainville. L’intérêt communautaire (Crea à l’époque et Métropole maintenant) se limite à la partie basse du site NSF, d’une superficie de 2,3 ha. Puis dans le cadre du projet Grande Seine 2015, les bâtiments en pied de falaise et la « cathédrale » de fabrication de l’usine NSF ont été inscrits comme friche industrielle. Durant cette période et malgré les clôtures, la fermeture et l’interdiction des accès, cette friche industrielle était devenue un lieu à forts risques matériels et humains liés aux visites et au vandalisme.

En 2012, la Crea, la commune de Yainville, l’EPFN et la Semvit étudient une reconversion possible plus large que le périmètre d’intérêt communautaire et le site NSF, depuis la rue du bac jusqu’à l’entrée de Le Trait, trois scénarios sont envisagés : une zone industrialo-portuaire, une zone d’activité à haute valeur paysagère, un quartier d’activité. Ces études n’ayant pu aboutir à une solution économiquement viable, ainsi que les visites et l’intérêt porté à ce site en bord de Seine par quelques d’industriels souhaitant y implanter des usines de transformation, la métropole en concertation avec la commune de Yainville a pris la décision de déconstruire ces bâtiments vétustes et ne pouvant être réhabilités à un prix raisonnable, pour dégager un foncier destiné à une future implantation économique.



En février 2014 une première tranche de travaux devait permettre de vider les cuves de fabrication du savon. Ensuite, les travaux de déconstruction ont été confiés à l’entreprise Boutte, à partir de mi-novembre 2014 pour procéder au désamiantage, jusqu’au mois de juin 2015. Cette entreprise spécialisée a mis en oeuvre un matériel impressionnant pour descendre les cuves, grignoter la tour, reconstituer un talus en pied de falaise. Cette opération d’environ 1 226 000 € a été financée intégralement par la Crea, un tel budget n’aurait pu être pris en charge par la commune et ce lieu serait resté une friche industrielle dangereuse et inesthétique. Tous les matériaux ont été triés pour recyclage ou réutilisés sur place. Cette friche industrielle est maintenant disponible pour recevoir de nouvelles activités, créatrices d’emploi, en encourageant un développement économique par le fleuve.