1) Delphine Désirée Chéron est née le 9 juillet 1867 au domicile de son grand-père maternel, Pierre Mauger, batelier à Jumièges, section du Passage. Le jour de sa naissance, ses parents sont dits aussi bateliers et domiciliés à Guerbaville. C'est de l'autre côté de l'eau, à la Mailleraye. Delphine se maria en 1894 à Yainville avec Gaston Poulard, grainetier. 
Gaston Poulard, Delphine Chéron, c'est ce couple qui, en 1919, accueillit à Saint-Martin-de-Bosherville la fratrie des Mainberte qui venaient de perdre leurs parents au café du Passage. Nous évoquons cette belle histoire dans le chapitre des Carrières Sylvestre.


2) Georgette Pascaline Chéron, née le 9 août 1869 chez son père qui réside cette fois à Jumièges, section du passage. Ses parents sont toujours bateliers. Georgette épousa Georges Lemaréchal, un journalier né en 1867. Cultivateur chez Berneval, il sera employé à la centrale électrique de Yainville, puis chez Chausson, à Asnières. Georges est mort à Yainville en 1951. Georgette en 1955.

Georges descendait d'une antique famille de Jumièges qui tient son nom du fait qu'elle occupait, de façon hérédiaire, la fonction de maréchal de l'abbaye, autrement dit homme d'arme. Elle vivait ainsi en un lieu appelé le fief au Maréchal, ou encore le fief de la Maréchaussée de Jumièges dont elle percevait toutes les dîmes. Puis elle garda le nom alors qu'elle perdit la fonction. Le Maréchal accompagnait souvent les dignitaires de l'abbaye lors de leurs transactions en compagnie des autres officiers, titulaires de leur charge de père en fils: les Filleul, de la Mare, Clarel, de la Porte, d'Eudeville... On note Raoul le Maréchal en 1088, Guillaume Ier le Maréchal cité de 1127 à 1156, Mathieu Le Maréchal, cité de 1177 à 1201, Guillaume II le Maréchal, son fils, cité lui aussi en septembre 1201. Ils sont tous deux témoins, au chapitre de l'abbaye de Jumièges de confirmation d'une donation consentie par Henri de la Roncière de quatre sols de rente à perpétuité.

Richard, chevalier de paix


Richard Le Marescal est cité dans une charte de l'abbaye aux Calendes de Janvier 1217. Ce jour là, il renonce en faveur de l'église de Jumièges et des religieux et in manu Domini Roberti archiepiscopi aux droits de dîmes, tant en blé que vin et fruits, que le lui, le donateur, Dionise, sa femme, et Albin son fils aîné, avaient le droit de percevoir chaque année in feodo mareschausie apud Gemeticum, autrement dit sur le fief de la maréchaussée de Jumièges, et, à titre de champart, sur le tènement ou la tenure de Willermi Suakes. Divers témoins assistent à cette charte de délaissement: Guillaume de Leuga, Regnault Le Prévot, Martin d'Anneville, Robert Filleul, Pierre Haretel et beaucoup d'autres. Richard confirme cette charte de son sceau sur cire verte pendant à un cordon tressé de fil bleu et blanc. Il le représente à cheval, sa monture couverte d'une pièce de tissu crénelée, le bras gauche armé d'un écu, la main droite tenant une branche de laurier ou d'olivier, symbole de paix. C'est une rareté numismatique. A Duclair, en compagnie de Robert Malnorri, Richard fut témoin d'un renoncement de Richard de Boisgueroult en faveur des religieux de Jumièges "aux prestations qu'ils étaient tenus de lui faire le jour de la fête des saints Apôtres Pierre et Paul et qui consistaient en quatre pains, en la moitié d'un septier de vin, de cervoise et en un quartier de mouton. En retour desquels avantages l'abbé lui a donné seize sols tournois." Cette charte tient du consentement de Jehan et Ermeline, parents de Boisgueroult.


Au XIVe siècle, le fief des Maréchal fut partagé avec la famille Clarel. Ils n'en conservèrent qu'une portion et dès lors n'assuraient plus la charge.

Cinq enfants forment la descendance de Georges Lemaréchal et Georgette Chéron :


a) Georges Lemaréchal, 1896-1925, fut marié à une Augustine de un an son aînée. Il mourut sans descendance à 29 ans.
b) Charles Lemaréchal, 1896-1946, cultivateur, mort à 50 ans à Jumièges. Sa ferme était une magnifique maison de maître, près de la Seine, au regard de l'abbaye. Époux de Marie Barbey, 1894-1961.
c) Marc Lemaréchal, 1904-1935, était marié à Marguerite Lefevre, née en 1908 à Sainte-Marguerite-sur-Duclair. Il mourut dans l'explosion de l'usine de produits électrolytiques, à Claquevent. Marc laisse une veuve de 27 ans qui va se remarier à son cousin par alliance, Bernard Chéron.


d) Denise Lemaréchal, dite Marchall, 1901-1960, eut un destin plus heureux. A Paris, elle vécut avec Gaston Darmont que l'on disait de la famille du célèbre tennisman, Pierre Darmont. Denise fut mannequin puis, en 1926, dirigea un salon de couture au N° 1 de la place Vendôme, au dessus du bijoutier Cartier. Elle est douée pour le dessin sur pied, autrement dit l'art de façonner une robe directement sur la cliente. Belle, très élégante, elle présente elle-même ses créations et sa sœur Lucienne travaille à ses côtés. Ma mère a 15 ans quand elle vient les rejoindre pour y apprendre le métier. Et se faire mannequin à l'occasion. L'atelier ferma avec la guerre. Je me souviens des retours de Denise à Yainville. Elle y revenait environ une fois par an. Au sortir de la messe, elle me demandait de l'accompagner jusqu'à chez mon père. Je descendais la rue aux côtés de cette grande femme impeccablement coiffée et quelque peu mystérieuse. Il émanait de son manteau de fourrure un parfum enveloppant. Ses yeux était fort beaux. A la maison, mon père lui servait deux doigts de porto et elle sortait de son sac le paquet de bonbons enveloppés de papier violets qui m'était destiné. Paris... La grande dame de Paris...


e) Lucienne Lemaréchal, née en 1910,
épouse Roger Barbey, mort en 1966. D'abord petite main dans l'atelier de sa sœur, Lucienne tint une épicerie à Sigy-en-Bray, canton d'Argueil, au nord du département. Je me souviens de nos visites dans cette épicerie. Un paradis peuplé de bocaux qui servaient d'écrins à d'inaccessibles sucreries. Lucienne me permettait d'y plonger la main. Elle était douce et gaie. Roger Barbey, poissonnier de son état, avait le regard clair et l'humour au bord des lèvres. Une raie bien dessinée au sommet du crâne. Quand il est mort, Lucienne s'est retirée à Saint-Martin-de-Bosherville dans la maison de ses cousins Chandelier.

3) Julia Chéron, j'évoque la vie de ma grand-mère dans le chapitre consacré aux carrières Sylvestre.

4) Pierre Cheron, 1875-1959. Nous lui consacrons un chapitre. 

5) Gustave Chéron, 1877-1936, Né à Heurteauville, mort à Yainville. Passeur du bac de Yainville, il habitait à Claquevent. Son épouse, Adèle Rotou, 1880-1964, née à Orival, est morte à Yainville.  

Le couple a eu deux enfants.

a) Bernard Chéron, né en 1911. On le retrouve sur le bac d'Yainville.

b) Louis, 1917-1959, né et enterré à Yainville, employé SNCF à Montauban.

6) François Chéron, 1878-1904. Marin d'État, emporté après l'armée par une maladie à l'âge de 26 ans. La mémoire familiale veut qu'il ait disparu au Tonkin...

7) Martine Chéron, 1880-1906. Elle épousa Enar Topp, un ingénieur métallurgiste norvégien venu travailler à la clouterie Mustad. 
En 1881, le marché français se ferme aux gros exportateurs norvégiens de clous de cheval. Alors, l'entreprise Ole Mustad, fondée en 1832, vient s'implanter à Duclair. L'agriculture libère une main-d'œuvre docile, le train passe ici, il y la Seine, l'Austreberthe... A partir de 1891, Clarin Mustad, un des fils du fondateur, monte l'usine. Le premier clou est fabriqué le 15 novembre 1894. Mustad compte alors 200 employés. Dont une trentaine de scandinaves qui logent au bourg dans des maisons rachetées par l'entreprise. Puis dans une cité dominée par le" château" de Clarin Mustad. Enar Top sera du nombre. Chaque matin, à 4h, le père Lhuillier, d'Anneville, allume la chaudière après avoir traversé la Seine à la rame. Les secrets de fabrication sont jalousement gardés. La concurrence, l'espionnage entre clouteries font rage. Une cloche, deux portes protègent l'entrée des ateliers. Réformées, les machines sont enterrées à l'usine. Enar et Martine sont de la dizaine de couples de nationalité mixte qui se forment. Mariage insolite selon le rite luthérien, sans la consécration du curé de Duclair. Puis Martine suivit son mari à Oslo, tomba malade. Marie, sa sœur, vient à son chevet en 1904. Deux ans plus tard, Martine meurt. A 26 ans. Top émigra aux États-Unis.

8) Marie Chéron, 1884-1966, née à Heurteauville, morte à Yainville. Elle a possédé le café du Passage après la mort de ma grand-mère puis le café de l'église d'Yainville.

9) Suzanne Chéron, 1885-1967, épouse Raoul Chandelier, 1881-1969, facteur en bois chez Bardel. Ils habitaient la dernière maison sur la gauche avant la montée de Saint-Martin-de-Bosherville vers Canteleu. Il fut capitaine des pompiers de Saint-Martin. Cette compagnie composée de gros effectifs existait depuis les nombreux incendies qui, de 1871 à 1874 avaient dévasté plusieurs habitations. Nous-nous rendions épisodiquement chez les Chandelier. Raoul impressionnait les enfants. Il avait le teint jaune. Hépatite. C'était, comme tous les personnages que nous venons d'évoquer, un être d'une grande gentillesse.

 

Haut de page