Par Laurent Quevilly-Mainberte

Quand éclate la Révolution, Yainville est une petite église aux modestes revenus. Napoléon va la vider et la laisser s'étioler. Jusqu'à ce que les Yainvillais en fassent le symbole de leur indépendance.
Et l'église ferme !
En avril 1792, on dressa la liste des revenus de l'église. Il diffère peu de celles contenues en fin de registre des comptes de fabrique sous l'ancien régime.
1) 16# de rente foncière à
prendre sur la maison de Jacques Rollain à la charge
d'acquitter vingt messes
2) autre rente a prendre sur le Sr Tiphagne d'Yainville de trois livres
a la charge de dire un lievera après la grande messe tous
les
dimanches.
3) autre rente foncière de dix neufs sols à
prendre sur les biens de Jean Baptiste Lafosse d'Yainville.
4) autre rente foncière de quinze sols à prendre
sur le
Sr Anthoine Chrétien boulenger demt à
Jumiège a la
charge d'acquitter une messe basse par an.
5) une vergée de terre en nature de sablon a la charge
d'acquitter trois messes deux grandes messe et une basse par an. Lad.
pièce de terre est quittée et donnée
au clerc de
la paroisse pour faire les contions
de l'église.
Fait et attesté par nous, maire, officiers municipaux et
procureur de la commune, Yainville ce 4 avril 1792.
A partir du 10 décembre 1792 et jusqu'en brumaire de l'an IV, autrement dit 1795, Le Chanoine tient les registres d'état civil de Yainville en qualité d'officier municipal. Il est mort octogénaire chez nous et a été inhumé à Jumièges.
Privés un temps de leur paroisse, les Traitons du nouveau régime allèrent à la messe de Duclair. Les Yainvillais furent également privés de la leur lors de la réorganisation générale du culte catholique. Les ans VII et VIII, tous les mariages eurent lieu à Duclair, chef lieu de canton. Mais pour les Yainvillais, les inhumations, les messes vont désormais se célébrer à Jumièges.
Depuis 1789, les églises apparaissent comme une charge trop lourde pour les populations. Quand on ne les laisse pas tomber en ruines, on en vend pour en faire des magasins, des ateliers, des granges. Et ce fut le cas pour notre église. Voici ce que disait déjà la municipalité du presbytère en 1795 :
" La maison presbytérale est très mauvaise et menacée d'une ruine prochaine, la couverture est si mauvaise que la pluie pénétrant de toute part doit accélérer la ruine de cette maison."
Comment fut sauvée l'église
L'église sert donc maintenant de grange et depuis la Révolution nombre d'édifices similaires menacent ruine. En supprimant une centaine de communes en Seine-Inférieure, les ordonnances de 1822 et 1823 aggravent le processus. Ici on détruit, là, on vend. De 1810 à 1830, soixante édifices ont été gommés du paysage départemental. Soixante! Babel, un livre publié peu après 1840 décrit Saint-André de Yainville dans un état lamentable, peuplée d’instruments aratoires. La fabrique de Jumièges la destine à une destruction imminente...
Ce qui décide 25 de ses confrères à explorer notre région.

Il en réalise également une gravure et cette anecdote est sans cesse citée quand il s'agit de protéger l'église par de nouveaux travaux. Bref, si elle doit beaucoup à Rondeau, elle doit aussi à Lower.
Avril 1858: la société archéologique du Sussex offre à son homologue de Seine-Inférieure son volume contenant la gravure de l'église de Yainville.
| On vient
d'achever l'entière restauration de l'église
d'Yainville, qui date du onzième siècle. C'est
dans cette église qu'il y a aujourd'hui près de
huit cents ans, la bénédiction fut
donnée par l'archevêque de Rouen aux compagnons de
Guillaume le Conquérant partant pour la conquête
de l'Angleterre. Journal
des
Débats, 9 decembre 1858
|
1860:
l'abbé Cochet visite encore Saint-André et
rapporte: "la petite église de Yainville est toujours dans le bon état où l'administration départementale l'a mise en 1844 sous le patronage et la direction de la commission des Antiquités." |
1864. Un érudit angevin est de passage dans la presqu’île « A quand la messe d’Yainville,Dam ! Plus tôt que plus tard ! Monsieur le curé n’aime pas attendre. Je ne m’y fierai pas. Tandis qu’ici, rien ne vous hâte. Vous avez tout le loisir de voir le portrait de sainte Austreberthe et de son loup, représentés sur un pilier de l’église… Nous cheminâmes rondement, l’œil en quête et l’oreille au guet, la cloche se balançait pour la deuxième fois à la tour d’Yainville quand nous tombâmes sur le village enfoui dans un pli du vallon. Des fidèles, assis dans le cimetière, attendaient… » demande-t-il à un Jumiégeois.
Avril
1865. L'abbé Houlière, curé
d'Yainville, est nommé à la cure de Moulineaux.
Une église qui, elle aussi, a été
sauvée de la destruction.1867 : l'église est classée monument historique de 3e catégorie.
Le dimanche 19 avril, Monseigneur le Cardinal de Bonnchose partait de Duclair et se rendait à Yainville pour visiter l'église. Le bulletin diocésain : " La grosse tour, formant clocher et servant aujourd'hui de Chœur, avec l'abside semi-circulaire qui le ferme, ne sont pas sans intérêt, en raison de leur haute antiquité. Ils remontent au XIe siècle. Mais on y recherche vainement l'autel en pierre « contemporain de l'édifice » que maint archéologue a eu le bonheur d'y rencontrer."
En 1876, le curé de Yainville dessert la chapelle du Bout-du-Vent à Heurteauville. Là-bas, le presbytère est désert depuis six ans. Alors, cette commune doit verser une indemnité au prêtre qui "vient biner dans cette paroisse".
Une décoration fantaisiste
6 août
1880. L'abbé Tougard, le co auteur de la
Géographie de
la Seine-Inférieure, a du sang
jumiégeois dans les veines. Ils descend des Mainberte. Et ce
sang, il ne fait qu'un tour quand il entre ce jour-là dans "la jolie absidiole de
l'église d'Yainville." Elle a
été fraîchement
décorée, découvre-t-il de têtes
d'anges d'une parenté fort douteuse avec ceux de
Raphaël : car ils ont dû être
exécutés, au plus juste prix, par quelque vitrier
de Nouveaux aménagements
Septembre
1880. L'archéologue Pellay constate l'état de
délabrement de la toiture de l'église. Du coup,
le président de la commission des Antiquités
provoque une réunion le 21 mars suivant pour
exposer la demande de la commune d'Yainville de réparations
urgentes pour la toiture et le clocher. "La dépense totale
s'élèverait
à la somme de 2,5oo francs. M. Pelay, au mois
de septembre dernier, a reconnu l'état de
délabrement de la toiture." On rappelle encore
une fois que Saint-André a eu l'honneur d'une gravure en
Angleterre avant de conclure: "La commission, en
présence de la haute antiquité de
l'église
d'Yainville, classée au nombre des monuments historiques, et
en raison des ressources complètement insuffisantes de la
commune, décide qu'il y a lieu d'appuyer cette demande
auprès de M. le Préfet."
Mais on ne
s'engagera que lorsque les élus yainvillais auront tout de
même voté une part contributive. Ce qui fait
ajourner la décision définitive. Le 20
février
1881, le conseil municipal prit la décision de doter
l'église d'un nouvel autel. Celui-ci sera en bois. Pour cet
achant, 608 F proviennent d'une Compagnie d'Assurances, l'Ancienne
mutuelle. Le 28 avril suivant, la commission des Antiquités
accorde enfin une subvention de 2.500 F pour les travaux de toiture. Il
furent achevés en 1882. A
cette époque, M. Barthélémy
présenta à la commission une reproduction
photographique grand format de l'église d'Yainville. On
décida aussi de l'achat d'un tableau. La commune y mit 100
F, la
fabrique 50.Le jeudi 7 mais 1885, tournée épiscopale de Mgr Thomas,, arrivé la veille à Sainte-Marguerite. Il visita ce jour-là Jumièges, et "vers trois heures de l'après-midi, après une courte station à l'église d'Yainville, Monseigneur confirmait 208 personnes dans l'église de Duclair."
En 1890,
c'est aussi le départ du dernier prêtre
résidant à Yainville. Il est remplacé
par le vicaire de Duclair. La maison presbytérale,
située dans la rue qui porte aujourd'hui le nom de Pasteur,
servit un temps de mairie. 
