49 ans d'engagement municipal ! Un demi-siècle au service d'une devise: 'Mieux vivre ensemble à Yainville". Peu d'élus comme Jean-Louis Claudet incarnent avec une telle abnégation le sens du bien commun.

Ses huit mandats, dont quatre en qualité de maire, resteront sans doute un record inégalé dans toute l'histoire de Yainville. Ingénieur aux chantiers du Trait, Jean-Louis Claudet avait été élu en 1959. Et ne devait se retirer de la vie publique qu'en 2008, année de sa disparition. Se retirer, le mot est mal choisi puisqu'il défendit encore le dossier de la Nouvelle savonnerie française qui venait de fermer.

D'abord conseiller municipal de Gaston Passerel, Jean-Louis Claudet sera adjoint de Théophille Pourhomme (novembre 1964) puis d'Henri Marcilloux (avril 1974). C'est alors un homme très impliqué dans le secteur enfance, jeunesse et loisirs. On le retrouve aussi à la vice-présidence de l'USY, du comité des fêtes. Bientôt, il  présidera aux destinées de l'école de musique du Val-de-Seine. Les adolescents que nous étions lui doivent beaucoup. A Yainville, les étés sont longs. Jean-Louis nous pousse dans les sous-sols de l'école pour y organiser des tournois de ping-pong. C'est encore lui qui nous confie le local situé à l'arrière de la salle des fêtes dont nous peignons les vitres aux couleurs de Telstar, le tube du moment. Il nous encourage aussi à monter des spectacles que nous donnons en fin d'année scolaire à nos cadets écoliers. Jean-Louis, c'est une voix, à la fois douce et déterminée, un oeil bleu qui pétille, la moustache d'un président Allende...

 Le 18 mars 1983, Jean-Louis Claudet accède au fauteuil de maire.  Sur les 15 votants, il obtint 12 suffrages. Son premier éditorial donne le ton:

"Aigrefeuille-d'Aunis, Feuilleuse, Maillat-l'Etrange, Florentin, Tilleul, Dame-Agnès, Dammartin-vers-Saint-Denis, Auvers, Joyeuse... Aragon égrenait ainsi dans son poème les noms de cent villages. Yainville aurait pu être le cent et unième.
Il est vrai que Yainville n'a plus l'odeur du terroir mais il est, et je voudrais qu'il reste un village où chaque habitant sente qu'il appartient à une communauté unie autour de son clocher et j'ose l'espérer sa mairie.
Le mot "commune" me semble un peu trop administratif, je préfère communauté, celui-ci évoque plus, à mon sens, à la fois la liberté d'expression, la part de responsabilité de chacun et aussi le respect de l'autre et de son travail au-delà des dissensions. .."

Un an après son élection, les premières réalisations sont déjà là: création de l'aide à domicile, regroupement de l'école maternelle, ouverture d'un foyer pour jeunes, lancement d'une quinzaine commerciale. Jean-Louis Claudet sera un maire dont la porte est toujours ouverte. Un maire qui conseille, console, encourage, applanit les conflits.

Le 13 novembre 1985, Jean-Louis Claudet invita une classe de Yainville au chantier de Graville, où il travaillait, pour assister au lancement du Wind-Star, un grand voilier pour croisière de luxe.

Un des moments forts de son mandat, c'est sans doute l'année 1985 qui voit la fermeture de la centrale EDF. Diminution de ressources, frein sur l'investissement, augmentation de la pression fiscale? Avec son équipe, il va se battre, parfois contre des murs, pour assurer la reconversion économique du village.

Au pied de la centrale, en négociation avec un responsable EDF.

Nouveau coup dur en 1986 avec les difficultés de l'entreprise Vandermoortele. Il faut se battre pour empêcher une fermeture  de classe.
L'espoir, il revient en 1988 avec l'implantation de l'European precision foundry sur le site de la centrale. Le rythme des réalisations n'a pas faibli: bibliothèque, club de retraités, maison communale, service de soins infirmiers, foyer communal...

En mars 89, tous les candidats de la liste Claudet sont élus. L'espérance se porte alors sur la nouvelle zone industrielle d'Yainville. La vie continue. Chaotique. La création d'Onduline agit comme un rayon de soleil. Façonne un nouveau Yainville. D'autres entreprises suivront. Fountain, Générale de Chauffe. Un petite zone se dessine aussi route de Duclair avec Travinor, Abarnou et Vafro-TP....

Le mardi 1er mai 1990, Charles Carré, conseiller général, remet la médaille d'argent du Mérite communal à Jean-Louis Claudet pour 30 années d'engagement municipal. Déjà la reconnaissance d'une belle longévité politique. Et pourtant, M. Claudet n'est encore qu'au milieu du gué...

1991:l on va détruire la centrale EDF.  "Ce que je regrette le plus: le démantèlement de notre cathédrale de briques rouges... Yainvillais, faites comme moi qui ai vécu à ses pieds, regardez-la bien pour garder une dernière image dans vos mémoires. Elle va disparaître."

1993. C'est cette fois l'entreprise Christofle qui souffre. La vie de l'équipe de Jean-Louis Claudet sera ainsi faite: des mois et des mois de tractations pour faire venir ici des entreprises nouvelles. Quand les anciennes se mettent à craquer... 

1995. Réélection dans un fauteuil. On inaugure bientôt la MJC. En 1998, le pessimisme émane de la savonnerie. "J'arrive à croire que la relance économique annoncée n'est qu'un leurre...."

Ses convictions


 Quand Yainville passe le cap de l'an 2000, Jean-Louis Claudet formule ces souhaits:

"Que l'intolérance et l'arrogance, d'où qu'elles viennent, ne règlent plus les rapports sociaux...

"Que le monde s'apaise et qu'au lieu de bombes on lâches des sacs remplis de paix et d'espoir.

"Que notre pays ne rejette pas sa force de travail derrière les grilles du profit.

"Que l'Europe ne soit pas seulement au service de l'économie de marché.

"Que l'école de la République et l'école de la vie soient sur la même rive..."

Un maire au coeur de la population...
 

Son Yainville


"Notre village ne peut vivre sans un consensus de valeurs qui lui donnent son esprit, sa couleur. Yainville n'est pas un village frileux, replié sur un immobilisme rigide. Ce n'est pas non plus une cité-dortoir où chacun tire la couverture à soi, ni une succursale de parc de loisirs où l'on prend, paie et fiche le camp. Yainville se doit de retrouver son esprit qui en fait un village vigoureux, résistant, solidaire et ouvert."

2005 voit se constituer la communauté de communes avec Le Trait. Jean-Louis Claudet en est le vice-président.

En 2007, Jean-Louis Claudet ne fait pas mystère: "Je passe le relais avec la conviction du devoir accompli, bien accompli au service de ma commune, au service de ses concitoyens, de chaque concitoyen. J'ai la conviction d'avoir contribué au renom de Yainville pour sa qualité de vie, à sa réputation de village où il fait bon vivrre et à sa réputation de combativité dans sa lutte pour l'emploi."

En mars 2008, il avait rédigé cette lettre qui sonne comme un bilan moral: "J'ai donné beaucoup de moi-même, de mon énergie aux fonctions que vous m'aviez confiées, très attaché à la valeur de cette tâche. C'est une page que je peux réciter par cœur comme on récite un poème, sur un ton enthousiaste, sur un ton grave, humoristique, enjoué mais aussi solennel selon les événements. Je tourne cette page de ma vie en formulant l'espoir que ce que j'ai bâti avec tous ceux qui m'ont conseillé, qui m'ont soutenu et aidé, puisse se poursuivre dans l'avenir ; que tout le travail accompli trouve une continuité sans rupture."

Au terme de cette longue route, un dernier hommage lui fut rendu en août 2008 dans un salle comble. Ce jour-là, on lui remettait la médaille d'or du mérite communal. Le 22 décembre, Jean-Louis Claudet nous quittait. Ses funérailles furent célébrées le 26, à 14h30. Sur son blog, Christophe Bouillon, le député, écrivit ces lignes...

Tous derrière et lui devant


"Pourquoi une église si petite pour un si grand homme. Petite, l’église Saint-André à Yainville l’est assurément. Grand, par son parcours, par la durée de ses mandats au service des yainvillais, par ses ouvrages, par ses combats, par son sens de l’intérêt général, au coeur de beaucoup, Jean-louis Claudet l’était incontestablement. Voir autant de monde hier après-midi, se presser et se serrer pour lui rendre un dernier hommage ne m’étonne pas. En août dernier, j’avais participé à sa remise de la médaille d’or pour ses cinquante ans de mandat. Les mêmes visages étaient présents. Plus souriants. Moins défaits par la tristesse. Je me suis rappelé les mots prononcés en son honneur. Hier nul besoin de discours. Chacun conservait enfoui dans sa mémoire ici un souvenir, là une anecdote, partagés avec cet infatigable petit bonhomme. Même le son de sa voix, j’en suis sûr, résonnait encore dans l’oreille de ses proches. Jean et Philippe, des fidèles compagnons de route, ont évoqué leur ami avec les paroles du “Petit cheval blanc” de Georges Brassens. Le refrain emplissait si parfaitement le volume de la petite église du XIe siècle. “Tous derrière et lui devant”. Au cimetière, devant une foule impressionnante, Anne-Marie Del Sol,qui lui a succédé à la mairie, avait du mal à dissimuler sa peine. Elle, habituellement si droite et si assurée, retenait difficilement les larmes qui montaient à son visage. Josée, la fille de Jean-louis Claudet, calme et déterminée, comme l’aurait été son père, se remémora quelques souvenirs, nous rappela les combats et les convictions de son père. Sa fierté d’avoir grandi bercée par ses valeurs. Elle compara son père au vieux chêne du Berry sous lequel elle et sa famille venaient se refugier des fortes pluies de la vie. Hier après-midi, il ne pleuvait pas. Un froid glacial régnait. Pourtant, nous avions tous envie de nous protéger sous le vieux chêne. "