Dans un compte de 1602, on lit ceci :
"
Don et remise au sieur de Civille, des treiziesmes de la terre du Mesnil-sous-Jumièges, Sainct-Georges, par luy acquise. P. xxxii."

Ainsi donc, un sieur de Civille était propriétaire au Mesnil. Mais de quel Civille s'agit-il ? Dès 1541, on voit ce nom établir des liens avec notre prequ'île. Cette année-là, Alonce de Civille prête de l'argent à Roberval pour armer deux navires, dont la Valentine, de Jumièges, patron Simon Harel, qui ira au Canada. Mais qui est le Civille de 1602 ? On est tenté de penser à François, l'homme qui mourut trois fois et fut trois fois ressuscité.


Voici son histoire extraordinaire.



François de Civille, né le 12 avril 1537, et qui ne mourut qu'en 1614, triompha à l'âge de 26 ans d'une suite d'accidents, mortels pour tout autre que lui, et qui ne l'empêchèrent pas de prolonger sa carrière fort au-delà du terme ordinaire de la vie des hommes.

En 1562 la ville de Rouen avait été assiégée sur les protestants. Parmi les guerriers habiles et braves qui défendaient cette place importante, on remarquait un jeune gentilhomme qui y était capitaine d'une compagnie de cent hommes de pied. C'était François de Civille. Il jouissait de la confiance du comte de Mont-Gomeri, gouverneur de la ville, digne appréciateur du mérite et du courage .

Le 15 octobre, ce gouverneur commanda à Civille d'aller repousser les assiégeants qui livraient un assaut entre la porte Saint-Hilaire et les Fourches-Bihorel, ainsi que nous l'apprend De Thou ( Liv. XXXIII), fourches patibulaires qu'il appèle furcœ Brihorelianœ.

Laissé pour mort parmi les morts !

Là, Civille fut blessé d'un coup d'arquebuse dont la balle, après lui avoir frappé la main, déchirant la joue et fracassant le côté droit de la mâchoire, sortit près de la nuque.

Tombé des remparts qu'il défendait, et considéré comme mort, il fut jeté avec un cadavre dans une fosse où onles couvrit d'un peu de terre. Le malheureux Civille resta là depuis 10 à 11 heures du matin, jusque à 6 heures et demie du soir.

Nicolas de La Barre, son domestique, informé du malheur arrivé à son maître qu'il aimait tendrement, et résolu de lui donner une sépulture convenable, obtint de Mont-Gomeri la permission d'aller chercher le cadavre. Pour seconder cet estimable domestique, le gouverneur lui donna le capitaine Jean de Gère, lieutenant de ses gardes. Tous deux, fort déterminés à bien faire leur devoir, sortirent à cheval de la ville. Leur recherche avait été vaine quoique les indications de lieu fussent exactes, et qu'ils eussent mis beaucoup de soin dans leur perquisition ; mais la figure de Civille était méconnaissable sous le sang coagulé, mêlé avec la terre dont on le couvrit.


Après avoir un peu recouvert les corps qu'ils venaient de visiter, De Clère et La Barre se retiraient désolés, lorsque ce dernier, se retournant encore une fois pour jeter un dernier regard sur le lieu où son maître avait péri, vit, à la lueur du clair de lune, briller un diamant qu'il savait que son maître portait au doigt. On s'empressa d'enlever le corps qui était sali de sang et de boue. L'honnête domestique ne put s'empêcher de se jeter sur ce corps défiguré qu'il couvrit de baisers et de larmes.

Des apparences de vie


A sa grande surprise, il remarqua un reste de chaleur et crut reconnaître quelque apparence de vie. L"historien De Thou dit que Civille, dont il vante la bravoure, était d'une santé robuste. C'est ce que prouve bien l'état où on trouva cet infortuné capitaine, et plus encore ce qui eut lieu par la suite, puisque il survécut à de cruelles blessures et à d'affreuses privations. Au reste il n'était âgé que de 26 ans.

Pour le faire panser, on le porta aux chirurgiens de la garnison, qui ne daignèrent pas s'occuper d'un blessé qu'ils considéraient comme étant dans un état désespéré. En effet, il continuait d'être évanoui. La Barre, qui ne pouvait se résoudre à perdre toute espérance, ne voulut pas abandonner ainsi son maître. Il se rendit à la maison de Civille où il le déposa : le blessé y resta plus de cinq jours et cinq nuits sans donner aucun signe de vie, mais non sans éprouver toutes les ardeurs de la fièvre qui avait succédé au refroidissement qu'on avait d'abord remarqué.

Abandonné sans soins


De Thou prétend que le moribond resta quatre jours dans l'hôpital ( fanum sanctœ Clarœ) avant qu'on lui donnât des secours.

Cependant la famille de Civille ayant appris son état, MM. du Verbois, de Velly et du Val, ses parents, allèrent le voir et se décidèrent à lui envoyer les médecins Gueroult et Le Gras, ainsi que le chirurgien Davaux.
Sur leur avis, on pansa enfin le blessé, quoique l'on crût qu'il n'y avait pas d'espoir de guérison : on lui mit un sèlon, on lui desserra les dents, et on lui fit avaler ( ce qui n'eut lieu qu'avec beaucoup de peine) quelques gouttes de bouillon pour tâcher de lui rendre un peu de forces.


Dès le lendemain, l'appareil ayant été levé, il sortit de la plaie principale une grande abondance de matières purulentes dont l'évacuation diminua considérablement l'enflure du col et de la tête. Alors le malade un peu soulagé fil quelques mouvements, ouvrit les yeux, reprit un peu l'usage de l'ouïe, et prononça même plusieurs mots tels que ceux-ci : « Han ! han ! han !.. le bras!. » Toutefois, il n'avait pas encore recouvré sa raison.

Le 26 octobre, onze jours après la blessure qu'il avait reçue, le capitaine Civille avait enfin repris connaissance ; et, quoique la fièvre fût violente encore, on le trouvait assez bien pour ne plus désespérer de son état.
Malheureusement ce jour même, la ville fut emportée d'assaut, et tomba aux mains des ennemis de Civille, dont la fièvre ne larda pas à redoubler par l'effet de la terreur qu'il éprouva dans cette circonstance si critique.
Pendant le massacre et le pillage qui furent affreux et très prolongés, sa maison tomba au pouvoir de quatre soldats gascons qui, par un heureux hasard, appartenaient à la compagnie d'un de ses meilleurs amis, le capitaine Lago : cette favorable circonstance lui valut un traitement humain et plus d'égards qu'il n'en attendait. Mais, au bout de quelques jours, la maison de Civille fut désignée pour servir de logement à Des Moulins, lieutenant des gardes écossaises, dont les valets enlevèrent le blessé de son lit pour le porter dans un cabinet sur une mauvaise paillasse.


Défenestré, il tombe... sur un tas de fumier !

 On assure que plusieurs catholiques ennemis de Civille, étant venus pour chercher son jeune frère, qu'ils croyaient retiré dans cette maison et qu'ils voulaient massacrer, irrités de ne l'avoir pas trouvé, se vengèrent sur le moribond qu'ils eurent la cruauté de jeter par la fenêtre sous laquelle en tombant il devait, dans l'état ou il était, trouver une mort certaine.

Par bonheur sous cette fenêtre existait un monceau de fumier sur lequel le blessé tomba sans grande douleur, mais on était fort avancé en automne; il faisait froid, et l'infortuné capitaine resta là plus de trois jours et trois nuits, couvert d'une simple chemise et d'un bonnet, sans aliments et sans secours d'aucune espèce.

Enfin M. de Croisset, cousin-germain de Civille, catholique et par conséquent n'ayant rien à craindre dans Rouen, s'avisa d'aller s'informer de ce que pouvait être devenu le blessé. Il apprit d'une vieille domestique, restée dans la maison, que le capitaine était dans une cour sur un tas de fumier où il devait être mort depuis trois jours.

Il respire encore et demande à boire

Cependant Croisset se décida à se rendre dans cette cour : il fut fort étonné de trouver son cousin respirant encore; A la vérité il ne pouvait parler, tant sa faiblesse était excessive. Cependant il fit signe qu'il était tourmenté par la soif; on s'empressa de lui procurer de la bière qu'il but avec une grande avidité, mais il ne put avaler aucun aliment solide à l'exception d'un peu de pain ëmié dans sa boisson. Il était impossible de laisser le blessé plus longtemps à Rouen.

Croisset prit enfin le parti de le faire transporter à son château (commune de Canteleu) sur les bords de la Seine. Comme le voyage se fit par eau, le moribond n'en souffrit pas.

Quoique cet acharnement qui est le fruit de nos guerres civiles fût extrêmement violentde part et d'autre, les mêmes soldats gascons qui s'etaient établis chez Civille, et, grâce au capitaine Lago, avaient respecté ses malheurs, quoique ils fussent ennemis de son parti, lui rendirent le service, et il était immense, de le transporter eux-mêmes jusque à la Seine. Ils lui procurèrent un peu d'argent, et surtout du linge pour panser ses blessures qui étaient dans le plus déplorable état.

Ces soldats furent plus humains que le concierge du château de Croisset, qui reçut fort mal le parent de son maître : il le laissa longtemps sur le pont et refusa d'ouvrir les portes.

Le pauvre Civille. à qui tous les genres à la mort par une suite d'événemens qui tenaient du prodige. Le capitaine Civille, homme d'honneur et de courage, toujours fidèle au parti pour lequel il avait tant souffert, alla s'exposer à de nouveaux dangers. La guerre intestine était dans toute sa violence : il court rejoindre ses compagnons d'armes, quoique souffrant toujours plus ou moins de divers accidents occasionnés par sa blessure qui se rouvrait souvent et d'où il sortait de temps en temps de petits fragments d'os brisés.

Guéri par les Anglais

En 1585 Civille, qui avait échappé, on ne sait comment, au massacre de la Saint-Barthélemy, fut obligé de passer en Angleterre pour éviter les persécutions auxquelles il se trouva en butte par suite d'un édit de Henri III. Ce fut là qu'il eut le bonheur d'être complètement guéri, grâce aux soins des deux meilleurs médecins de Londres, tous deux étrangers, l'un Lavinius de Prague, l'autre Maillard d'Orléans.

Il vivait encore en 1606. A cette époque il écrivit les principales particularités de sa vie, dont les aventures excitèrent la curiosité de la reine Elisabeth qui, après les avoir entendues de la bouche de Tauleur, lui fit présent de son portrait.

Parvenu à l'âge de 78 ans il mourut, en 1614.

Divers écrivains ont raconté en partie l'histoire de Civille: tous ont commis plus ou moins d'erreurs. D'Aubignè lui-même n'a pas été plus exact que les autres, excepté pour le fait suivant dont il avait été un des témoins. « Je l'ai vu, dit-il (t. 1er, liv. III, chap. 10), aux assemblées nationales, député de Normandie, 42 ans après sa blessure; et j'observais que, quand nous signions les résultats, il mettait toujours: François De Civille, trois fois mort, trois fois enterré, et trois fois, par la grâce de Dieu, ressuscité. »

C'est d'après l'extrait que le voyageur Misson avait fait du récit de Civille que nous avons écrit cette notice, en y joignant quelques détails de divers auteurs. Nous nous sommes surtout attaché à conserver soigneusement les noms, à fixer les dates et à bien désigner les lieux.

Octogénaire, il tombe amoureux !

Sans doute, pour que tout fût merveilleux dans la vie de Civille , on a prétendu que, peu de temps avant de mourir, presque octogénaire, il était assez fort encore pour avoir eu l'honneur d'aller gagner, sous les fenêtres d'une belle dame dont il était amoureux, une malencontreuse fluxion de poitrine qui le mit au tombeau.
Certes le merveilleux a ses licences, mais  Celle-ci passe un peu les bornes que j'y mets.


En effet, voilà des choses remarquables ; mais ce qui ne l'est guère c'est l'épitaphe suivante à laquelle elles donnèrent lieu :


Ci-gît qui sut deux fois braver la mort,
Et deux fois revint à la vie,
Et dont l'amoureuse folie
Dans l'hiver de ses ans a terminé le sort.

Terminons en disant que le capitaine Civille, célibataire à l'époque de sa blessure, se maria deux fois. Il n'eut d'enfants que de sa seconde femme. Deux de ses arrière-petites-filles existaient encore en Angleterre au mois d'avril 1698 ; l'une y avait épousé un gentilhomme anglais nommé Brune Sandham ; l'autre, M. de Siqueville, gentilhomme français protestant, et ancien ministre à Tours, qui resta dépositaire des manuscrits de Civille.

M. Ernest de Blosseville, auteur de quelques productions justement estimées, et dans les veines duquel coule le sang de Civille, m'a appris que le capitaine avait été envoyé en Angleterre auprès d'Elizabeth de laquelle il obtint un secours d'hommes et d'armes qu'il débarqua heureusement sur les côtes de Normandie où le Béarnais combattait alors. Le portrait en pied dont la reine fit présent à notre vaillant capitaine, est conservé ainsi que deux vieux portraits du capitaine Civille, au Bois-Héroult entre Buchi et Forges, dans le département de la Seine-Inférieure, chez un oncle de M. Ernest de Blosseville (M. de Civille).

M. Jules de Blosseville, frère de M. Ernest de Blosseville , après avoir fait un voyage autour du monde sur la Coquille et celui des Indes orientales sur la Chevrette, commandait la Lilloise qui, ayant disparu si malheureusement dans les mers boréales en 1833, laisse des doutes bien cruels sur son existence et celle des marins qui la montaient.
Un des parents du capitaine (Jacques de Civille), protestant sans doute comme lui et comme lui dévoué au bon Henri IV, était conseiller au parlement de Rouen lorsqu'il fut arrêté avec plusieurs de ses collégues au commencement de 1589 par ordre du conseil de l'Union (la ligue) de la province de Normandie. Le parlement, tout ligueur qu'il était, sollicita leur mise en liberté le 12 mai de la même année.

Louis Du BOIS.

Note Additionnelle

Civille avait laissé une postérité nombreuse dont quelques membres ont honorablement siégé au parlement de Normandie, tandis que plusieurs autres servaient avec distinction dans nos armées, tant de terre que de mer.

A la fin du XVIIIe siècle, la branche aînée était représentée par Marie-Henriette de Civille, fille unique de Pierre-Auguste-Alphonse, marquis de Civille-Saint-Mars, et de Marie-Anne de Chastenet-Puységur, fille du maréchal de ce nom. Marie-Henriette de Civille épousa le vicomte Poret de Blosseville, conseiller au parlement de Normandie, puis procureur-général à la Chambre des comptes-aides-et-finances de la même province.

La branche cadette était représentée à la même époque par Marie-Louise-Félicité-Alphonse de Civille, seule fille d'Alphonse de Civille, marquis de Rànes, laquelle fut mariée au marquis de Bailleul, président au parlement de Normandie.

Ces deux dames étaient cousines au onzième degré.

Le troisième fils de madame de Blosseville (M. Léon Poret de Blosseville) fut autorisé, par ordonnance royale du 24 janvier 1815, à prendre le nom de sa mère : en conséquence il a donné à son fils aîné, destiné à relever les titres, le nom et les armes de son aïeul maternel, le prénom et le nom de François de Civille qui furent ceux du capitaine qui fait le sujet de cette notice.
L. D. B

Généalogie
CIVILLE. Cette famille noble & ancienne tire fon origine d'Efpagne. Le premier établi en Normandie dont on ait connoiflance eft

I. Alonce De Civille, qui paffa en France vers 1488, où il obtint des Lettres de naturalité & d'aggrégation à la nobleffe de France l'an 1518, dont la preuve a été faite lors de la recherche en Février 1667. Cependant on trouve dans \'Hifloire de la Cathédrale de Rouen, édit. de 1686 , que Martin du Bofc, Seigneur de Tendos & de la Chapelle, mort en i36o, avoit été l'un des otages pour la rançon du Roi Jean, & marié i° à Marie Mujlel; & 2° à Alix De Civille, dont Nicolas du Bofc, Evêque de Bayeux, & Chancelier de France, mort en 1412. Quoi qu'il en foit, Alonce De Civille fut Seigneur de Tronquay, & mourut en 1524. 11 avoit époufc Madeleine Petit, originaire de Paris, morte en i520. Leurs enfans furent :

1. Michel, Ecuyer, Seigneur de Beuzevillette, qui mourut fans enfans. Il époufa Catherine de la Place de Fumechon ;

2. Jacques, qui fuit;

3. Nicolas, Curé de Douvran, & Chanoine de la Cathédrale de Rouen ;

4. Pierre, Prieur de l'Abbaye du Bec;

5. Alonce, Ecuyer, Vicomte de Rouen, auteur de la branche des Seigneurs de Bouville, rapportée ci-après ;

6. Madeleine, mariée 1° à Jean le Marefchal, Baron des Noyers ; & 2° à N... Martel, Chevalier, Seigneur d'Ouville;

7. Marie, qui époufa Jean Durand, Seigneur de la Rivière-Bourdet, dont vint Marie Durand, qui époufa Jean Maignard, Seigneur de Bernières ; & Ifabeau Durand, qui époufa Jean le Lieur, Sieur du Bosbenard, dont Marie, mariée à François de Pardieu, lequel époufa Judith de Clermont-d'Amboife, fille de Georges deClermont, Marquis de Gallerande;

8. Et Isabeau De Civille, mariée à Jean de Quintanadoine ou Quintanadvenes, Seigneur de Bretigny, de famille originaire d'Efpagne.


Branche des Seigneurs de Saint-Martin-aux-Buneaux.

II. Jacques De Civille, Ecuyer, Seigneur & Patron de Saint-Martin-aux-Buneaux & Vinemerville, fécond fils d'ALONCE, Ier du du nom, & de Madeleine Petit, époufa Catherine le Garey, dont :

1. Alonce, qui fuit;
2. Claude, Curé de Saint-Martin-aux-Buneaux ;
3. Et Marie, qui époufa Adrien Toujîain, Seigneur de Frontebofc, Lieutenant pour le Roi Henri II, dans le pays du Roumois, dont la poftérité fubfifle. Voy. TOUSTA1N.

III. Alonce De Civille, IIe du nom, Ecuyer, Seigneur & Patron de Saint-Martinaux-Buneaux & Vinemerville, époufa Catherine de Hautot, dont :

IV. Marie De Civille, Dame de SaintMartin-aux-Buneaux, mariée à Guillaume Jubert, Seigneur d'Arquency, Confeiller en la Cour des Aides de Rouen, dont, Alonce Jubert, Seigneurd'Arquency, Beuzevillette, Saint-Martin-aux-Buneaux, Bizy, & Préfident en la même Cour des Aides.


Branche des Seigneurs de Bouville.


II. Alonce De Civille, Ecuyer, Vicomte de Rouen, cinquième fils d'Alonce Ier, Seigneur de Tronquay, & de Madeleine Petit, fut Seigneur & Patron de Bouville, & époufa Marie de Saldaigne, dont :

1. Alonce, Ecuyer, Seigneur de Bouville, marié à Marguerite Rejlout, Dame de la Marche, morte fans enfans ;

2. Antoine, qui fuit;

3. Jacques, Ecuyer, Seigneur de Pelletot & de Sus-lés-Monts, qui époufa Anne Pilais,
dont :

Jacques De Civille, Ecuyer, Seigneur de Pelletot, mort Feuillant.

4. François, auteur de la branche des Seigneurs de Saint-Mars, rapportée ci-après ;

5. Jeaqn.dit le Capitaine Civille, qui eut le bras emporté d'un coup de canon au siège de Rouen en iSôz, & mourut fans alliance;

6. Marie, Religieufe aux Amurées de Rouen;

7. Anne, morte en 1584, mariée à Robert Raoult, Seigneur de Long-Paon, Haltemare, Confeiller au Parlement;

8. Et Guillemette, mariée à Jean du Quefnay, Seigneur de Cantelou , LieutenantGénéral de la Vicomte de Rouen.


III. Antoine De Civille, Chevalier, Seigneur de Bouville, Confeiller au Parlement de Rouen, époufa i° Françoife Quenel; & 2° Catherine Aubert. Il eut du premier lit:

1. Vincent, qui fuit;

2. Jacques, Chevalier, Seigneur de Rombofc, Gouzeville, Hautot, Lauvray, Haltemare, Moulineaux, Confeiller au Parlement de Rouen,qui fonda la Chapelle de Saint-Fiacre dans l'Eglife de Saint-Patrice de Rouen, où il eft enterré dans un caveau, fépulture ordinaire de la famille de Civille, & mourut fans enfans le 3 Novembre 1637. Il avoit époufé Marie Duval de Donnerai;

3. Daniel, Seigneur de Saint-Jean , rapporté ci-après ;

4. Marie, qui époufa 1° Jean le Noble, Seigneur de Grofmenil ; & 2° Jacques Gallot, Ecuyer, Seigneur de Mondétour;

5. Et Marguerite, mariée à Jean Eudes, Seigneur de la Motte & d'Armeville.

Du fecond lit vint :

6. Alphonse, Seigneur de Vaflbnville, rapporté après fon frère.

IV. Vincent De Civille, Chevalier, Seigneur & Patron de Bouville, fut premier Prefident des Requêtes, fonda les Minimes de Rouen, où il fut enterré le 13 Janvier 1661, dans un caveau de la Chapelle de Sainte-Madeleine , où eft fon épitaphe, en bronze. Il avoit époufé Marthe Balue, de la Maifon du Cardinal de ce nom, de laquelle il eut :

1. Vincent, Chevalier, Seigneur de Bouville & de Saint-Jean, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, mort fans enfans ;

2. Et Françoise, qui suit.

V. Françoise De Civille, Dame & Patronne de Bouville, Saint-Jean ,porta toutes ces Terres, par mariage, à Alonce Jubert, Seigneur de Saint-Martin-aux-Buneaux, Vinemerville, Bizy, &c., Confeiller au Parlement, fon coufin germain, fils de Guillaume Jubert, & de Marie De Civille, Dame de Saint-Martin-aux-Buneaux. Elle en eut :

1. Jacques Jubert, Seigneur de Saint-Martin-aux-Buneaux, Confeiller du Roi en fes Confeils, & Maître ordinaire des Requêtes de fon Hôtel ;

2. Et Alphonfe Jubert, Chevalier , Seigneur de Bouville, Préfident en la Cour des Aides de Normandie, dont la poftérité fubfifte aujourd'hui dans Meffieurs Jubert-de-Bouville.

Cette Maifon, par deux alliances fubféquentes avec les héritières des deux branches aînées de celle de Civille, en a réuni prefque tous les biens, entre autres les Terres de St.Martin-aux-Buneaux, Vinemerville, Beuzevillette, Bouville, Saint-Waft, &c.

IV. Daniel De Civille, Chevalier, Seigneur de Saint-Jean, troifième fils d'Antoine, Seigneur de Bouville, & de Françoife Quenel, l'a première femme, fut Maître des ports & partages de Normandie, & époufa Marie Cadot, dont:

1. Nicolas, Chevalier, Seigneur de Saint Jean, Haltemare, de Rombofc, Saint-Waft, qui époufa Madeleine le Cornier, dont il eut une fille unique;

2. Et Madeleine, qui fuit.

V. Madeleine De Civille, époufa, le 22 Novembre i663, Louis Marc, Seigneur de la Ferté, Thibermefnil, Confeillerau Parlement, dont N... Marc, Seigneurdela Ferté, Thibermefnil, Saint-Waft, Préfident à Mortier au Parlement de Normandie, mort fans alliance en 1743. Sa fucceffion maternelle a paffé à Meffieurs Jubert-de-Bouville, comme étant aux droits de Françoise De Civille.

IV. Alphonse De Civille, Chevalier, Seigneurde Vaffonville, Incarville,quatrième fils d'Antoine, Seigneur de Bouville, & de Catherine Aubert, fa féconde femme, fut Capitaine & Gouverneur de Fontaine-le-Bourg, & époufa Marie de Santot-de-Villy, dont:

1. Alphonse, Chevalier , Seigneur de Gouzeville, Moulineaux, Vaffonville, Incarville, qui mourut fans enfans. Il époufa Elifabeth Brûlart;


2 Marie, mariée, à Adrien du Houlley, Ecuyer, Seigneur de Courtonne, dont la poftérité fubfille dans Meflieurs du Houlley;


3. Et Louise, mariée à Jean Dudrey, Ecuyer, Seigneur de Villeras, dont la poftérité fubfifte, & a partagé avec Meffieurs du Houlley, la fuccefsion aux meubles & acquêts de Madame la Préfidente de la Ferté.


Branche
des Seigneurs de Saint-Mars, îffue de celle de Bouville.

III. François De Civille, Chevalier, Seigneur de Saint-Mars & Cottevrard, quatrième fils d'Alonce, Vicomte de Rouen, & de Marie de Saldaigne, fut Capitaine d'une Compagnie de 100 hommes de pied pendant les troubles de la ligue. Il fe fignala à la défenfe de Rouen, affiégée par l'armée du Roi Charles IX, en 1562, & notamment à l'affaut qui fut donné à cette Ville le 15 Oftobre 1562. Il fut chargé, par M. de Montgommery, de la défenfe de la partie du rempart où fe donna l'affaut, & il y fut bleffé d'un coup d'arquebufe à la joue & mâchoire droite, la balle fortant, & en joignant la foffette du col.

Il fut enterré, avec plufieurs autres, au pied dudit rempart, où il refta fix heures entières, & fut exhumé par un de fes domeftiques. L'armée du Roi ayant pris la ville d'aflaut, quelques foldats vinrent piller la maifon où il avoit été porté, & jettèrent fon corps par la fenêtre fur un fumier, où il refta nud trois jours & trois nuits.

Il fut trouvé en cet état par le Sieur Leclerc-de-Croiflet, fon coufm germain, qui le fit tranfporter en fon château de Croiflet, où il fut panfé & guéri de fa bleffure. Il a vécu depuis, jufqu'en 1611. Il fe maria & eut des enfans.


Voy. fon Hifloire mémorable, écrite par lui-même, imprimée l'an 16o3. Ce trait d'hiftoire eft rapporté par plufieurs Auteurs, par Jean Druflius, ch. cxj, par M. de Thou; par du Souillet, dans fon Hifloire de Rouen ; dans le Ducatiana, ou Recueil des Œuvres de M. Duchap; les Voyages d'Italie, par Miffon,tom. m; dans d'Aubigné, tom. I, liv. 3, ch. 10, p. 222, édit de 1626; Simon Goulart, dans fes Hiftoires admirables & mémorables, vol. II, pag. 604. M. de Thou, dont il étoit contemporain, rapporte que dans les aflemblées des Etats à Rouen, il avoit coutume de ligner François De Civille, trois fois mort & enterré, & trois fois,par la grâce de Dieu, reffufcité.
Les troubles de la Religion l'obligèrent de fe retirer en Angleterre avec fa famille, l'an i586. Il fut connu de la Reine Elisabeth, à laquelle il rendit des fervices importans, en reconnoiffance defquels elle lui donna un diamant, & fon portrait de grandeur naturelle, que fes defcendans confervent aujourd'hui au château de Boishéron en Normandie, au haut duquel il y a l'infcription fuivante : En reconnoiffance d'unfervice que FranÇois De Civille a rendu à Elisabeth, Reine d Angleterre, elle lui a fait Phonneur de lui donner fon portrait, l'an i588.

Il revint en France la même année. En iSgi le Roi Henri IV, fâchant fes habitudes en Ecofle, qu'il étoit connu des plus Grands du Royaume, le députa exprès, avec commiffion fignée de lui, en date du 5 Septembre, donnée au camp de Noyon, pour faire la levée de 3ooo Ecoffois, qu'il conduifit neuf mois après au fecours du Roi à Dieppe,* fes frais & dépens. Des Mémoires de famille difent qu'il différa jufqu'en 1610, de fe rendre auprès du Roi pour en lolliciter le rembourfement; mais le malheur arrivé à la France le 14 Mai de ladite année, dont il fut pénétré, comme loyal & bonferviteur du Roi, Sa particulièrement attaché à fa perfonne, l'obligea de fe retirer en fa maifon de Rouen, & d'abandonner fa demande. Il avoit été fait au retour de fon premier voyage en Angleterre, Confeiller du Roi, & Comrniflaire de fes Guerres, Maître-d'Hôtel de Catherine De Bourbon, fœur unique du Roi, par Brevet du i5 Novembre i5g3, & Gouverneur de Fontaine-le-Bourg, & mourut l'an 1611. Il épouia i" Anne du Moncel, fille de Robert du Moncel, Chevalier, & d'Anne Boivin ; & 2° Madeleine Rémon,fi[le de Meffire Pierre Rémon, Chevalier, Seigneur de Courcelles, Confeiller du Roi en fon Confeil Privé, & premier Préfident du Parlement de Rouen, & de Marthe de Selves, dont il n'eut point d'enfans. Il eut du premier lit :

1. Isaac, qui fuit;

2. Et Alonce, auteur de la branche des Seigneurs de Villereji,dont on parlera ci-après.

IV. Isaac De Civille, Ier du nom, Chevalier, Seigneur de Saint-Mars, Montrofty, Cottevrard, Bertrimont, Reniefville, Confeiller du Roi, & Comtniffaire de fes Guerres, mort en ifiSy, avoit époufé Geneviève de Roejfe, fille de N... de Roejfe, Seigneur d« Feuqueray, Beuzevillette, Bruaume, &c., & de Jeanne Miffaud, dont :

1. Isaac, qui fuit;

2. François, auteur de la branche des Seigneurs de Rames, rapportée ci-après;

3. Henar, Chevalier, Seigneur de Montrofty, qui marcha avec la Noblefle de Normandie à l'Armée du Roi en Lorraine en 1636, fuivant le certificat de M. de la Meilleraye, Lieutenant-général au Gouvernement de Normandie;

4. Claude, Chevalier, Seigneur d'Anglefqueville, qui mourut fans enfans, marié 1° à Marie Frémin; & 2° à Catherine de Frémontf

5. Nicolas, Chevalier, Seigneur du Pavillon, qui eut :

Nicolas, Chevalier, Seigneur du Pavillon, père de

N... de Civille, mariée à N... du Toupin du Catillon, Ecuyer, dont la poftérité fubfifte.

6. Louis, Chevalier, Seigneur de Bertrimont;

7. Pierre, Chevalier, auteur de la branche des Seigneurs du Quefnay, rapportée ci après ;

8. Judith;

9. Marie, mariée au Sieur de Mondétour ;

10. Genevieve ;

11. Et Anne, mariée à Jean de la Rue, Seigneur du Campdeau.

V. Isaac De Civille, IIe du nom, Chevalier, Seigneur de Saint-Mars & de Reniefville, époufa 1° Jeanne Deric, &. 2° Anne de Graindor, fille de Louis de Graindor, Ecuyer, Sieur de Frémontiers, & de Marie de la Rue, dont il n'eut point d'enfans. De fa première femme vinrent :

1. Pierre, Chevalier, Seigneur de Saint-Mars, Soquentot, Anglefqueville, qui pafla en Hollande, où il fut fait Gentilhomme ordinaire de Henri-casimir, Prince de Naffau, Gouverneur de Frife & des Omelandes, par Brevet du 10 Mai 1685, & mourut fans poftérite de Marie Cognard;

2. Isaac, qui fuit ;

3. FranÇois, Abbé ;

4. N mariée au Sieur d'Allançon ;

5. Et Rachel, mariée à Charles Faë, Ecuyer Seigneur du Métillon.

VI. Isaac De Civille, IIIe du nom, Chevalier, Seigneur de Saint-Mars, Reniefville, Anglelqueville, Soquentot, fervit dans les Régimens de la Marine & de Rambures, fut fait Capitaine dans celui de Silly, & épouia Françoife le Bourgeois, dont il eut :

1. Jacques-alphonse, qui fuit;

2. Marie-anne, mariée, le 7 Décembre 1708, à François Ducrottay, Ecuyer, Seigneur du Traverfm, dont la poftérité fubfifte;

3. Marie, appelée Mademoiselle de Vittereft, morte fans alliance ;

4. N... morte Religieule à Bondeville, près Rouen ;

5. Catherine, appelée Mademoifelle de SaintMars, morte fille , le 12 Septembre 1743;

6. Et Jeakne, mariée à Pierre-Jean Caries, Caron, fille de François Caron, & de ConJtance de Bodaè'n, dont il n'eut point d'enfans ;

2. Charles, Chevalier, Seigneur de Ma'rtainville, né en 1645, auflï Capitaine au Régiment des Fufilliers du Roi, & mort fans avoir été marié;

3. Pierre, Chevalier, Seigneur de la MotteCourcillon, né le 26 Mars 1647, qui a fervi Lieutenant en fécond dans le Régiment du Roi, Infanterie, dans la Compagnie de M. de Châteauvieux. Il époufa, le 20 Juillet 1694, Renée de Garfault, fille de M. Alain de Garfault, Ecuyer de la Grande-Ecurie du Roi, & Capitaine-Général des Haras de France, Gouverneur pour Sa Majefté du Château & Maifon Royale de Saint-Léger, Seigneur de Graffeyen Poitou, & mourut fans enfans ;

4. Elisabeth, née en 1641, mariée au Sieur Guillebert, Chevalier, Seigneur de Sicqueville: elle paffa en Angleterre;

5. Et Esther, mariée en Angleterre au Sieur de Brune-dé-Sandham , Gouverneur d'un des cinq Ports, Juge de Paix, & Colonel d'un Régiment. Elle en a poftérité.

Par la mort de François De Civille , Seigneur de Villereft, dernier décédé fans enfans, & la retraite de fes deux foeurs en Angleterre, les biens de cette branche ont paffé dans celle de Civille-saint-mars.


Branche des Seigneurs de Rames, fortie de celle de Saint - Mars.


V. François De Civille, Chevalier, Seigneur de la Ferté, Heuqueville, Saint-Nicolas de la Taille, &c., fécond fils d'Isac, Seigneur de Saint-Mars, & de Geneviève de Roëjfe, époufa Marie le Fevre, dont :

1. François, qui fuit ;
2. Et Jean, mort fans poftérité.

VI. François De Civille, Chevalier, Seigneur de la Ferté, Heuqueville, Saint-Nicolas de la Taille, époufa Sufanne Caron, dont:

1. Alphonse, qui fuit ;

2. Et Marie-Susanne , mariée au Baron de Knoppej.

VII. Alphonse De Civille, Chevalier, Seigneur de la Ferté ck.de la Châtellenie de Rames, s'eft marié quatre fois; l'une de fes quatre femmes fut N...de Baudry-d'Imbleville, dont il a laifié:
i. Pierre-Alphonse, qui fuit ;

2. N..., mariée à N...dela, Granderie, ancien Capitaine d'Infanterie au Régiment Dauphin, dont plufieurs enfans ;

3. Et Marie - Angélique , mariée à Pierre Euftache le Vigner, Baron de Dampierre & d'Imbleville, Confeiller au Parlement de Normandie, dont il a des enfans.

VIII. Pierre-Alphonse De Civille, Chevalier, Seigneur de Rames , eft marié à N... le Blond, fille de N... le Blond, Baron de Sanchay, dont :

Marie-Félicité-alphonse, mariée , le 8 Février 1774, à Nicolas -Charles -Armand , Marquis de Bailleul, Préfident à mortier au Parlement de Rouen.


Branche
des Seigneurs Du Quesnay, sortie de celle de Saint-Mars.


V. Pierre De Civille, Chevalier, Seigneur du Quefnay, feptième fils d'ISAAC Ier, Seigneur de Saint-Mars, & de Geneviève de Roejfe, époufa, en 1682, Catherine de Brihon, fille de Jean de Brihon, Ecuyer, Seigneur de Flinquemare, dont:

1. N..., Chevalier, Seigneur du Quefnay,mort fans enfans, étant Lieutenant- Colonel du Régiment Royal Comtois, Infanterie, qui époufa N... le Bataille d'Omonville;

2. Et N..., Chevalier, Capitaine d'une Compagnie d'Invalides, mort non marié. Les biens de cette branche ont rentré dans celle de Saint-mars.

Cette famille a des alliances avec celles de du Bofc, Martel, Maignard de la Vaupalière, Moncel, Pardieu, Clermont-d'Amboife, Toujîain de Frontebofc, Duval de Bonneval, Jubert de Bouville, Bailleul, Faoucq, Garnetot, Leclerc de Croiffet, Roffent, Bec-Crefpin, le Conte-de-Nonant, Courcillon, Saint-Delys d'Heucourt, Gaillardbois-Marcouville, Garfault, Boniffent, ChaJlenct-Puyfégur, Fourcy, &c.

Les armes: d'argent, au chef d'azur, chargé d'une fleur-de-lys d'or, accolée de deux molettes de même. (Généalogie dreffée fur un mémoire domeftique envoyé.)


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Qui peut déterminer les liens entre la famille Civille et Le Mesnil-sous-Jumièges ?