Durant les quinze années de son sacerdoce au Mesnil, l'abbé Forthomme connut bien des tracas. Il allait en subir aussi à Jumièges. Journal d'un curé de campagne...
Né le 29 juin 1838 à Berville-en-Caux d'une famille de tisserands, Pierre-Paul Forthomme avait été ordonné prêtre le 19 décembre 1863 et nommé vicaire à Sainte-Marguerite. Il y passa six ans et obtint, le 16 mai 1869, la cure du Mesnil. Il avait alors 31 ans.
Forthomme savait cette paroisse quelque peu difficile. Trente ans plus tôt, l'un de ses devanciers avait démissionné face au refus de la municipalité de réparer l'église affectée par un ouragan. Les gens du cru passaient pour turbulents. Quand l'abbé Forthomme arrive au Mesnil, il n'y a que quelques mois que le terrible jeu de la pelote a été enfin interdit. 
Disputé au départ de l'église, il avait traversé les siècles en accumulant plaies et bosses et ne continuait plus ses ravages que de l'autre côté de l'eau, à Yville...

L'église Saint-Philibert

Le Mesnil a toujours eu son église Saint-Philibert. Mais elle a changé plusieurs fois de physionomie. Dans les années 1500, sans doute sous le ministère de l'abbé Boutard, on en édifia une dont la nef devait être reconstruite en 1710. Elle était faite de murailles, de charpentes et de plâtrages et fut cambriolée en 1791. Epoque où le curé... épousa sa bonne.
L'église, telle que nous voyons aujourd'hui, se dessina de 1851 à 1860 sur les plans de l'architecte Martin. Les travaux concernaient alors le chœur et le transept. Ils eurent lieu avant l'arrivée de l'abbé Forthomme qui allait suivre la seconde tranche de travaux, en 1878. Et connaître quelques déboires...

 Et puis il a la confrérie de charité. La hantise des curés. Un proverbe nous dit tout de suite pourquoi : « Si ton veau ne boit point, mets-le à la charité ». Nos charitons sont les croque-morts des paroisses depuis les pestes du moyen-âge. A l'église, où ils ont leurs bancs réservés, leur attitude durant les messes laisse souvent à désirer. A l'arrivée de Forthomme, l'abbé Trouplin, curé de Jumièges, est aux prises avec les trois confréries du cru. Celle du Mesnil est, si l'on peut dire, du même tonneau. Elle est vouée à Saint-Philibert car, voyez-vous, les Mesnillais sont plus fidèles au fondateur de l'abbaye de Jumièges que les Jumiégeois eux-mêmes qui ne jurent que par saint Valentin...

La mission du père Rousseau

Peu de jours après son arrivée, l'abbé Forthomme est aussitôt plongé dans le bain. Une mission est organisée dans sa paroisse. La presse diocésaine s'en fait l'écho : « Le jour de la fête de l'Ascension, a eu lieu au Mesnil-sous-Jumièges la clôture d'une mission donnée dans cette paroisse par le R.P. Rousseau, de la Compagnie de Jésus. Cette clôture a été faite avec beaucoup de pompe et d'éclat, au milieu d'un grand concours de fidèles qui en avaient suivi avec zèle et assiduité les exercices et qui presque tous ont participé au banquet eucharistique. »

L'abbé Forthomme prenait possession de son domaine avec délectation et ne se lassait pas d'en admirer les trésors. Son presbytère était une belle demeure à colombages et dont la porte s'ouvrait à deux battants. L'église refaite à neuf recelait une somptueuse Vierge à la pomme en bois polychrome ou encore un bas-relief représentant la dormition et le couronnement de Marie. Un chef-d'œuvre sans doute arraché aux dépouilles de l'abbaye de Jumièges. Près de l'église se dressait un if au tronc démesuré et qui passait pour le plus vieux de la contrée. Quand le curé venait à frapper sur son tronc, celui-ci sonnait creux et disait les siècles passés.

Pierre Forthomme inaugura d'excellents rapports avec le maire, Emile Honoré Virvaux. Un homme sensiblement de son âge, orphelin de mère a dix ans et marié à Aimée Lemercher, une horsain de Bosguerard-Saint-Adrien. Il y avait maintenant quatre ans que Virvaux avait succédé à son père, lui-même maire du Mesnil vingt années durant. Gros cultivateurs, les Virvaux demeuraient au manoir d'Agnès Sorel. Forthomme se promettait de leur rendre souvent visite en cette somptueuse bâtisse chargée d'histoire.

L'inauguration d'un vitrail

Moins d'un an après sa prise de fonction, le dimanche 30 janvier 1870, eut lieu l'inauguration solennelle d'un vitrail offert à l'église de Mesnil-sous-Jumièges en l'honneur de la Vierge. Là encore, le bulletin du diocèse relate la cérémonie : « La population avait répondu à l'appel de son digne pasteur, et c'est devant une véritable multitude que M. l'abbé Godard, curé de Saumont-la-Poterie, a fait entendre sa parole pleine de charmes et d'onction. Le vitrail, rappelle la Présentation, l'Annonciation, et la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. Au bas, de chaque côté, se trouvent ces deux inscriptions : " Donné par M. et Mme Prime Virveaux, pour le 2 février 1870. Rouen, Dalleinne, peintre-verrier." Les paroissiens ont apprécié sans doute à sa valeur le don généreux qui a été fait à leur église, et l'habileté du peintre-verrier, dont le travail est digne de tous éloges. » Prime Parfait Virvaux était l'oncle du maire. Il formait avec Marie-Eloïse Ponty un couple bien établi à Jumièges mais conservant des attaches à Jumièges.

Au fil des ans...


Et vint la guerre de 70. Le Mesnil connut les mêmes astreintes que ses voisines, notamment en levant son contingent de gardes nationaux. Mais les combats qui eurent lieu dans la proche région concernèrent Heurteauville, Yainville, Le Trait... Sans parler de l'occupation du chef lieu et des réquisitions dans les communes voisines. La paix revenue, la dette de guette payée, la paroisse du Mesnil s'enorgueillit, en 1872, de voir l'un de ses enfants ordonné prêtre : Alexandre-Théophile Legay, fils d'un couple de cultivateurs. En 1876, ce qui devait arriver arriva. Pierre Forthomme vit arriver un nouveau confrère dans la paroisse voisine. L'abbé Houlière succédait à l'abbé Trouplin, lassé de ses démêlés avec les confréries. Son remplaçant allait connaître les mêmes ennuis...

Les travaux de 1878

Durant l'été 1878, une nouvelle campagne de travaux affecta cette fois la nef et le clocher-porche de l'église du Mesnil. Ils furent menés par l'architecte Alfred Frégard. L'abbé Forthomme en profita pour dédicacer un vitrail à l'un de ses lointains prédécesseurs ainsi qu'à une bienfaitrice de l'ancienne église. Sans doute avait-il été puiser ces noms dans les archives ou sur quelque vieille dalle tumulaire.
"A la mémoire de Pierre Boutard prêtre an 1540 et de Marie Quesnot an 1670 tous deux bienfaiteurs de cette église : L’abbé Forthomme 1878". (Photo : Alain Boutard).
Les vieux registres du Mesnil nous disent que, le 20 novembre 1670, fut inhumée Marie Quesnot, "âgée de 30 ans, étant morte en la communion de l'église". Signent Michel Quesnot et un homonyme.

Comme on déplaçait tous les bancs, l'abbé Forthomme en profita pour procéder à quelques changements. Son confessionnal était situé à l'entrée de l'église, sous un clocher-porche dépourvu de voûte et ne présentant qu'un simple plancher. Si bien que lorsqu'il tendait l'oreille aux péchés de ses ouailles, le curé n'entendait plus leurs aveux si jamais sonnaient les cloches ou si ses paroissiens arrivaient aux offices. Forthomme fit donc déplacer son confessionnal dans la chapelle de Saint-Philibert occupée par les frères de charité. Là se trouvaient deux bancs clos. Il les fit transporter à l'entrée de l'église et, pour les remplacer, mit deux bancs neufs, portatifs, et ne gênant en rien la confession.

Tout le monde paraissait satisfait des aménagements du curé. Messieurs les membres du conseil de fabrique, en particulier, se disaient enchantés. Durant les travaux, ils avaient été agréablement surpris de n'entendre aucune plainte des locataires des bancs. Chacun avait trouvé sa place soit dans le chœur, soit dans les deux chapelles, et quand, le chantier terminé, les bancs furent replacés, il n'y eut aucun accident, aucune dépense pour la fabrique. De plus, l'église étaient maintenant ornée de vitraux. Ils avaient coûté plus de 900 F, sans compter les faux-frais. La commune n'y participait qu'à hauteur de 300F. Mais bon, on s'en accommodait.

La fronde des charitons

Les frères de charité aussi semblaient accepter sans broncher les changements opérés dans leur chapelle. Mais quand, en mars 1879, on annonça la location prochaine des bancs, les charitons se plaignirent aussitôt au conseil de fabrique : ils voulaient leurs bancs clos ! « Qui les a poussés à faire cette réclamation après tant de temps de silence, s'interrogeait Forthomme, je ne le sais pas positivement. J'ai entendu dire que c'était une conseiller municipal avec quelques autres habitants. Ce conseiller a fait entrer son fils dans la charité il y a quelques mois sous prétexte de la relever, mais en réalité pour mettre le trouble. Le conseil de fabrique s'est laissé gagner... »

Forthomme n'en démordait pas. La chapelle de Saint-Philibert était bien la place idéale pour le confessionnal. Du reste, il n'y avait plus moyen de le remettre à son ancien emplacement, un tableau du chemin de la croix y avait été installé. Et ce tableau, il ne pouvait aller ailleurs. « Cependant, soupirait Forthomme, il faut rendre aux frères leurs bancs !... »

Le dimanche prévu pour la location des bancs arriva. « J'ai prié qu'on loue aussi de suite, pour éviter toute difficulté, les deux bancs en question. On n'a pas voulu, on les a réservés ! » Forthomme ne se faisait pas à l'idée de voir les frères de charité dans le bas de l'église. « Ce serait des causeries tout le temps des offices et leurs allées et venues seraient un sujet de désordre dans toute l'église. » Et s'il fallait remettre leurs bancs dans la chapelle, alors, il n'y aurait plus de place pour le confessionnal. Et plus d'autorité pour le curé. « Ils ne sont que six et pas assez importants pour imposer. Mais on les soutient et on a l'intention de leur adjoindre quelques autres hommes plus imposants... »

Comme on attendait pour bientôt la visite pastorale de l'archevêque de Rouen, le curé pria son vicaire général d'intervenir auprès de la fabrique en lui demandant de ne rien changer à la disposition des bancs tant que son Eminence n'aurait pas dit s'il y avait lieu de satisfaire les frères de charité. « Il serait peut-être bon aussi qu'à l'avenir, je n'admette plus de frère de charité avant d'en avoir reçu l'autorisation de Monsieur le vicaire général. »

L'expédition du Samedi Saint


Le vicaire général écrivit donc aux fabriciens récalcitrants pour leur demander d'attendre la venue du cardinal de Bonnechose attendu avant deux mois. On les assurait qu'il entendrait avec bienveillance les observations qui lui seraient faites et déciderait de la chose avec une grande justice. Au lieu de cela, le Samedi Saint, trois fabriciens prirent la décision d'accompagner les frères de charité à l'église pour remettre leurs bancs à leur ancienne place. Seulement, la femme de l'un des trois ainsi que Pierre Martel ; le jeune instituteur de 27 ans, avertirent leur curé de ce projet d'expédition. Avant l'heure prévue de leur arrivée, Forthomme ferma son église à double tour et emporta la clef. Bientôt, on frappe à la porte du presbytère. C'est l'un des conseillers qui demande le sésame. Refus poli de Forthomme. « Il n'y eut pas un mot de désagréable en cette circonstance. Je restais chez moi et le conseiller de fabrique retourna vers ceux qui l'attendaient à la porte de l'église. » Pierre Forthomme avait toujours eu de bons rapports avec le maire. Virvaux n'avait certainement pas à se plaindre de lui. Mais le premier magistrat de la commune se disait impuissant à arrêter tout cela. s'insurgeait Forthomme.« C'est faux, M. le maire est maître absolu des trois conseillers qui ont accompagné les frères. L'un est son fermier qu'il a fait élire l'an dernier. Malheureusement. Et les deux autres sont des gens qui ne prendraient pas une décision sans avoir son assentiment. Monsieur le maire, il est vrai, n'a pas voulu suivre immédiatement les frères de charité le samedi saint. Mais il est venu les rejoindre quand il a cru que le coup était fait et il s'est rendu avec eux prendre le café qui avait été commandé à l'avance. C'est au cabaret qu'il fut arrêté que les frères se mettraient dans leurs anciens bancs en bas de l'église, sans ornements, et s'abstiendraient de toute fonction. »

La confrérie se saborde...

Le dimanche de Pâques, les frères de charité finirent donc par s'emparer de leurs anciens bancs. Ce qui fit dire à Forthomme : « Il furent bien dupes de ne pas trouver d'opposition et de ne pas même recevoir d'observations et, après la messe, ils vinrent rendre leurs comptes et donner leur démission. » C'en était donc fini de la confrérie de Saint-Philibert. Qui enterra laors les morts ? L'histoire ne le dit pas.

… la fabrique aussi !


Vint le dimanche de Quasimodo. Le conseil de fabrique se réunit à l'issue des vêpres. Les comptes furent rendus et approuvés. Ensuite, le conseil décida que, le maire étant absent, on attendrait son retour pour procéder aux élections triennale et annuelle et former le budget de 1880. Mais lorsque le conseil se réunit le mardi suivant, ce fut pour prononcer sa dissolution. «Deux membres sortaient, les trois autres qui étaient les trois du samedi saint, ont donné leur démission et n'ont pas voulu faire d'élection auparavant. »Après la confrérie, la fabrique était morte. La paroisse était maintenant privée de son organisme de gestion. Pour Forthomme, cela ne faisait aucun doute : on n'avait pu en arriver a une telle extrémité sans l'assentiment du maire. « Tout cela s'est passé comme l'affaire des frères de charité. Sans bruit. »

Une révolte venue d'Yville ?

Voici peu, il y avait eu des problèmes à Yville et Forthomme ne pouvait s'empêcher de faire le rapprochement : « Deux des trois conseillers du samedi saint ont leurs beaux-frères à Yville, dont l'un fait partie du conseil de fabrique et de la charité.
On m'a dit que toute cette révolution dans les esprits ici venait de là et que c'était aussi les affaires d'Yville qui avaient donné l'idée au conseiller municipal dont je parlais dans ma dernière lettre de faire entrer son fils dans la confrérie et d'exciter les frères, qui n'y pensaient pas, à réclamer leurs anciens bancs. »

La confrérie d'Yville...


En 1836, une violente altercation opposa la confrérie d'Yville à celle de Berville qui portait le cercuil du marquis de Croixmare au-delà de ses limites paroissiales. Les prêtres des deux paroisses furent injuriés ainsi que la famille du défunt. Dissoute, la confrérie d'Yville refusa de se plier à cette décision. Manifestement, une autre affaire avait eu lieu depuis...

Pour prouver ses allégations, Forthomme écrivait au diocèse : « Si Monsieur le vicaire général pouvait prendre M. l'instituteur à l'improviste, sans lui donner le temps de se concerter avec aucun des habitants, et l'interroger sur les causes de cette révolution dans les esprits ici, il saurait parfaitement toute la vérité. M. l'instituteur lui dirait ce qu'est le conseiller municipal qui a fait entrer son fils dans la confrérie et si M. le maire est étranger aux intrigues des frères ! M. le maire lui a dit que, puisque le curé est tout dans l'église, on le laissera aller seul au devant de l'archevêque.

« Je ne crois pas que M. le maire puisse rapporter une seule de mes paroles,. Et puis, il le sait très bien, je le lui ai dit et affirmé bien sincèrement que j'avais agi dans ce que j'ai fait, non point pour user d'un droit et faire de l'autorité, mais uniquement parce que je ne voyais pas le moyen de faire autrement pour la régularité de l'église et surtout pour donner place au confessionnal qui, M. le maire l'admet lui-même, ne peut être autre part que là où il est actuellement. Que du reste, si son Eminence jugeait autrement, j'étais prêt à tout. Mais non, pour M. le maire comme pour moi, il ne s'agit que d'une chose, c'est de savoir s'il est possible de mettre devant le confessionnal d'autres bancs que ceux qui y sont maintenant. »

Nous étions maintenant bien loin du banquet eucharistique organisé lors de l'arrivée de Forthomme. Avec cette pitoyable affaire de bancs, son Ministère s'enlisait dans les ornières du ridicule. Maintenant, reconstituer la fabrique semblait incertain. « J'aurai bien du mal, Monsieur le vicaire général, à trouver trois hommes à présenter à son Eminence pour la réorganisation du conseil de fabrique, mais enfin je ne désespère pas y réussir pour l'arrivée de son éminence dans le canton. » Forthomme trouvait consolation en recevant au presbytère son confrère du Trait. Sitôt la dissolution du conseil de fabrique, il alla aussitôt l'informer de l'affaire.

La visite épiscopale


Et enfin le cardinal de Bonnechose vint en tournée pastorale dans le canton. Il consacra le dimanche 25 mai à la visite de la presqu'île de Jumièges. Depuis son dernier passage, en 1874, un presbytère avait été construit près de l'église par la municipalité. Un chantier qui, ne manquait-elle pas de répéter, avait grevé son budget. Le matin, à Saint-Valentin, eut lieu une Grand Messe, célébrée par M. l'abbé Potel, chanoine honoraire, supérieur du petit Séminaire. L'après-midi, l'achevêque imposa les mains à 191 enfants de Jumièges, d'Heurteauville, du Mesnil-sous-Jumiéges, du Trait et d'Yainville.

En fin de journée, le cardinal se rendit au Mesnil-sous-Jumiéges pour reconnaître cette fois le nouveau temple. La presse diocésaine nous le décrit : « La reconstruction de l'église, commencée il y a quelques années, est maintenant achevée. C'est un petit édifice bâti dans une position charmante, sur une éminence d'où il domine la vallée de la Seine, au sein d'un océan de verdure qui l'entoure de toutes parts. Ses proportions modestes, son plan régulier de croix latine, la simplicité de. son ornementation, son berceau de bois, plaisent aux yeux ; une série de verrières avec personnages, médaillons ou grisailles, sorties des ateliers Dalleinne de Rouen, parent aujourd'hui toutes ses fenêtres à plein cintre. » Ce dont le journaliste diocésain ne parle pas, c'est de l'entrevue qui eut lieu au presbytère entre le cardinal, le maire et le curé. Comme Mgr de Bonnechose semblait soutenir son pasteur, Virvaux se montra entêté et la négociation tourna court.

Indésirable au manoir


Peu de temps après, Forthomme, qui n'avait plus ses entrées au manoir d'Agnès, mena cependant sa soutane à travers champs jusqu'au logis du maire. Son épouse était seule à la maison et manifestement fort mécontente de le voir paraître. Elle le reçut sèchement, ce dont elle se vantera ensuite auprès de ses voisins, leur jurant qu'à l'avenir, elle fermerait sa porte au curé.

En novembre 1879, l'abbé Forthomme avait enfin trouvé trois noms à proposer à l'archevêque pour la réorganisation du conseil de fabrique. L'hiver passa. Puis le printemps. On attendait les nominations proposées par la mairie du Mesnil au préfet. Nous étions maintenant en juillet 1880 et le secrétaire général de l'archevêché reprochait à Forthomme de laisser dormir cette affaire depuis huit mois. Comme le vicaire général était parfaitement au courant des affaires du Mesnil, Forthomme l'invitait à expliquer la chose au secrétaire de l'évêque. Mieux : il était prêt à venir s'expliquer. « Je ne puis sortir cette semaine mais je compte aller vous demander audience bientôt. » Forthomme en était maintenant bien convaincu. C'est bien le maire qui a engagé les fabriciens à se démettre. « Je le tiens de la bouche d'un d'entre eux... »

Mise à part sa visite malheureuse chez le maire, il y avait maintenant 14 mois que Forthomme n'avait mis les pieds chez Virvaux. « Mes rapports avec M. le maire n'ont eut lieu que par lettres. Je n'ai point eu à m'en plaindre. Cependant, il ne m'a point répondu quand, au mois de novembre dernier, je l'ai informé que j'avais proposé trois membres à la nomination de son Eminence pour la réorganisation du conseil de fabrique et que je l'ai prié de vouloir bien, dans l'intérêt de l'église, faire ce qui le concernait.

"Ils exciteraient le rire..."

« Je sais que M. le maire m'estime et qu'il est revenu, ainsi que sa dame, à de meilleurs sentiments. Je sais aussi qu'il voudrait bien me conserver ici. Mais, suivant plusieurs personnes qui semblaient avoir mission de me le dire, à une condition : c'est que le public saura que j'ai fait une démarche près de lui et que je rétablirai la confrérie de charité. Cette démarche me semble difficile. Je ne puis pas donner à penser à mes paroissiens que M. le maire a bien fait de recevoir et de contredire son Eminence comme il l'a fait chez moi et je ne puis pas lui dire que j'ai eu tort de vous faire savoir tout ce qui avait été fait de son consentement et avec son approbation. Et puis, quand je le rencontre seul, il est aimable. Mais est-il en compagnie, il est maussade et dédaigneux. Pour la confrérie, elle s'est dissoute d'elle même à la suite du train que Monsieur le vicaire général a su et de l'avis de M. le maire. Parmi les cinq membres qui la composaient, il en est un que M. le maire ne voudrait pas avec raison à son service et deux autres ont des manières tellement ridicules qu'ils exciteraient sans cesse le rire durant les offices.

L'église Saint-Philibert et le presbytère du Mesnil (Photo : Didier Cavelier)

« Je crois que M. le maire aurait bien envie de voir M. le vicaire général mais il n'ose pas aller se présenter. Si M le vicaire général jugeait à propos de lui offrir une audience, je crois qu'elle serait acceptée avec plaisir. M. le maire se montrera docile cette fois. Il ne dira point de mal de moi, sinon qu'il m'accusera d'avoir excité son Eminence contre lui. J'affirme, M . le vicaire général, que je ne vous ai rien dit qui ne fut vrai. M. le maire a approuvé les frères de charité donnant leur démission et s'emparant, comme porteurs des morts, de deux bancs de l'église qui seraient loués 50F. Il a provoqué la dissolution du conseil de fabrique. M. le maire vous dira, M. le vicaire général, qu'il ne trouve personne qui veuille faire partie du conseil de fabrique et que tout les monde est ici contre moi. D'abord, M. le maire n'a demandé personne, c'est l'opinion publique qu'il ne veut pas s'en occuper et je pourrai prouver à Monsieur le vicaire général qu'il a détourné un de des administrés qui m'avait donné sa parole. Ensuite, il lui serait difficile de prouver que tout le monde est contre moi. Bien des personnes, qu'il me croit contraires, me donnent les marques de la plus grande sympathie et souffrent de voir sa mauvaise volonté. Je suis vraiment confus, Monsieur le vicaire général, d'user ainsi de votre patience. Si je suis entré dans tant de détails, c'est parce qu'on voudrait bien dire que vous n'êtes pas instruit de ma situation au Mesnil. »

La fabrique reconstituée

A la fin du mois de mai 1881, Virvaux se décida enfin à présenter deux membres à la nomination du préfet. Le 8 juin, il en attendait l'arrêté quand Forthomme écrivit au cardinal en personne : « Je m'empresse de mon côté de recourir à votre Eminence relativement aux nomination qu'il a faites le 7 août de l'année dernière. Un des trois membres nommés ne veut plus faire partie du conseil de fabrique. C'est le nommé Louis Lefrançois. J'ai l'honneur, pour le remplacer, de vous présenter M. Séverin Thuillier. Je prie en même temps votre Eminence de vouloir bien autoriser une réunion du conseil pour les membres signer leur acceptation et former de suite les budgets en retard de 1880 et 1881. Peut-être pourrons-nous former celui de 1882 le 1er dimanche de Juillet.

J'ai lieu de penser, Mgr, que tout va rentrer dans l'ordre ici, il y a apparence de bonne volonté. Cependant, on voudrait le rétablissement de la confrérie. On me l'a demandé. J'ai dit que je n'y étais pas opposé et que j'en référerais à votre Eminence. On est persuadé que tout dépend de moi et que la chose ne souffrira pas de difficulté si je le veux. Si Mgr me demande ce que j'en pense, je dirai a Son Eminence que je ne vois pas d'inconvénients ici dans le rétablissement de cette confrérie si, en l'autorisant, elle lui défend de toute espèce de cérémonies durant les offices, excepté l'accompagnement aux processions. Pour leur quête, je la trouve bien insignifiante... »

Ches les Enervés de Jumièges


La paix semblait donc revenue au Mesnil. Mais L'abbé Forthomme fut appelé a desservir aussi la commune voisine en septembre 1881. Non seulement l'abbé Houlière, curé de Jumièges, avait eu à faire face à une fronde des charitons. Mais la mairie l'accusait, entre autre, de ne pas vouloir engager la fabrique dans les travaux nécessaires à la réfection de l'église Saint-Valentin. Résultat : la commune supprima le supplément de traitement alloué à l'abbé Houlière qui, accusé de tous les maux, fut rappelé par le diocèse et muté à Grasville malgré une pétition de ses paroissiens. Dans une église désertée, Forthomme fut donc amené à le remplacer sur fond de crise financière, tant du côté de la mairie que de l'église. Or un remplacement coûte cher. Les vacations de Forthomme se résumeraient donc à une messe dominicale, ses émoluments aux seules ressources de la fabrique qui allaient s'amenuisant. 

Le mardi 6 septembre 1881, le conseil de fabrique réuni dans la sacristie. Le curé-doyen du canton y participait à titre exceptionnel. Il fut dit que le l'abbé Houlière, absence à cette réunion, annoncerait son départ le dimanche suivant. Celui-ci interviendrait alors dans les deux ou trois jours. Il devait aussi annoncer son remplacement par le curé du Mesnil. A la demande du cardinal, la fabrique vota ce soir-là 600 F d'indemnités annuelles à Forthomme. 200 pour frais de voyage, 400 pour certains frais de culte. S'y ajoutaient encore d'autres, toujours à la charge de la fabrique.

Cette instance est présidée par le sieur Desjardins. Deux conseillers municipaux en font partie : les sieurs Lefebvre et Lafosse, qui fait ici office de secrétaire. Deux autres membres ont pour noms Baptiste Amand et Deconihout

 Enfin Hyacinthe Paumier, l'adjoint, y représente le maire, Jérémie Philippe, alors absent. Forthomme déteste aussitôt cet ancien instituteur de Routot « très fier de voir tous les habitants de Jumièges s'incliner devant lui et le maire lui céder sans cesse sa place.»
Le 2 octobre 1881 a lieu une seconde réunion. On fut unanime pour demander au diocèse la nomination au plus tôt d'un nouveau curé, "attendu que les besoins religieux de paroissiens ne peuvent recevoir complète satisfaction dans l'état actuel des choses, que le produit sur lequel le conseil comptait exclusivement pour faire face aux charges du binage va faire complètement défaut..."

Le père Paumier...



Jacques Hyacinthe Paumier (1826-1901) est né à Saint-Philibert-sur-Risle, dans l'arrondissement de Pont-Audemer. Fils d'institeur il exerçait déjà cette fonction quand, à 21 ans, il vint épouser en 1847 Clémence Boullard,  la fille des épiciers de Jumièges. C'est Lhonorey, le bouillant adjoint socialisant qui scella cette union. Maurice Leblanc parle du père Paumier dans ses mémoires.Venu passer sa retraite au pays de son épouse, l'homme habitait près de l'abbaye et lui ouvrait son précieux recueil d'autographes. L'auteur d'Arsène Lupin vénérait aussi l'ancien instituteur pour "le rocher qu'il édifiait patiemment dans son jardin avec des cailloux de toutes sortes recueillis au cours de nos promenades." Une vieille photo prise à Jumièges représente un jardin fait de pierre foscilles qui sont sans doute la collection d'Hyacinthe Paumier.



De plus, on ajoutait que la location des bancs et chaises n'allait pas se faire avant février prochain, "la fabrique va donc se retrouver sans ressources." 

On proposa ce soir là à Forthomme de gérer le mobilier de l'église de Jumièges. Ce qu'il refusa, prétextant l'éloignement de son domicile. "Le conseil déplore cette situation et décide de la signaler à l'autorité dioscésaine." Du coup, Augustin Lafosse, secrétaire de la fabrique, allait s'en charger. Aux yeux de Forthomme, ce Lafosse ne vaut pas mieux que Paumier. Fils du maire d'Yainville, conseiller municipal de Jumièges, ce gros propriétaire a été le seul à ne pas voter la suppression du supplément en faveur du curé. Mais depuis, il est de ceux qui chargeaient l'abbé Houlière.

Appelé ailleurs, Paumier devait quitter la réunion. Mais en se levant, il débita une série de questions : qui donc fixe le tarif des inhumations ? qui fixe celui des mariages ? La fabrique a-t-elle des droits sur les cierges qui servent au cours de ces cérémonies ? Pourquoi le Doyen a-t-il fait voter 400F pour Forthomme alors que l'Etat lui en donne déjà 200 ! S'agissant des cierges, Forthomme expliqua les raisons d'en maintenir le bénéfice au curé. Ce dont Paumier sembla se satisfaire. Pour le reste...

Houlière en accusation

L'adjoint étant parti, on examina l'inventaire des objets de Saint-Valentin dressé par Houlière avant son départ. Sur le procès-verbal de la réunion, on indiqua constater "l'absence de...." Et la suite du texte fut laissée en blanc. Que sous-entendait ce blanc? On soupçonnait Houlière d'avoir emporté deux choses. Un calice offert par la famille Lepel-Cointet lors du mariage de sa fille. Seulement, cet objet avait été donné personnellement à Houlière et non pas à la fabrique. Ce que confirmera, très agacée par la question, Mme Lepel-Cointet. Enfin des panneaux de vitraux restant après une restauration de l'église avaient disparu. Houlière, sur les conseils du vicaire général, et afin qu'ils ne s'abiment point dans leur position verticale, les avait couchés dans le plafond de sa mansarde. Et c'est là qu'ils seront découverts après qu'il ait écrit de Graville. Houlière avait dû aussi se justifier de l'affectation de certaines rentrées d'argent. Ce n'était pas tout. 

Mort en 1874, l'abbé Prévost, ancien curé de Jumièges, écrivain et antiquaire à ses heures,  avait légué sa bibliothèque à la fabrique. Secrétaire de la dite fabrique, Augustin Lafosse était chargé de vérifier la chose seulement, là aussi, on constatait qu'il manquait quelques chose. Mais quoi ! Le procès-verbal du conseil de fabrique fut encore laissé en blanc à cet article. Mais, manifestement, il manquait tout simplement l'inventaire de cette bibliothèque. 

Enfin, il restait tout de même même quelques sous en caisse. Avant de lever la séance, Forthomme conseilla de les vouer aux quelques réparations à faire sur le nouveau presbytère et qui incombaient à l'abbé Houlière. Ce qui fut approuvé.

Après cette réunion, le 16 octobre, la fabrique s'empressa d'écrire aux autorités diocésaines. Pour régler les frais de voyage et de culte votés en faveur d'Houlière, on avait compté sur des quêtes spéciales, celles de l'église ne rapportant plus rien, "attendu le manque presque absolu d'assistants aux offices." Quant à la location des bancs prévue en février, elle n'allait dégager qu'une somme insignifiante. Résultat : dans quelques semaines, il n'y aura plus d'argent. Les fabriciens suppliaient donc le cardinal de "faire cesser cet intérim si fâcheux au point de vue des intérêts matériels de la fabrique et si désastreux au point de vue des intérêts moraux et religieux de la paroisse." 

Des lapins au presbytère


Nous voici le 6 novembre 1881. Si Forthomme espérait être déchargé de la cure de Jumièges, il allait devoir déchanter. Il apprit que l'adjoint n'entendait pas faire délibérer le conseil municipal sur la nomination d'un nouveau curé. 
Paumier avait poussé en revanche la fabrique a faire une demande directement au diocèse, sans proposition financière. Du coup, Forthomme interroge l'archevêque : « son Eminence va-t-elle nommer un nouveau desservant si la commune ne lui verse pas de supplément de traitement ? » Face à cela, Paumier répétait à qui voulait bien l'entendre que la cure de Jumièges rapportait tout de même 3.000 F à son titulaire. Et ce, pour faire accréditer l'idée dans la population qu'un supplément de traitement ne se justifiait pas et que le conseil suivait en cela l'opinion publique.

S'agissant des réparations que l'abbé Houlière aurait dû effectuer au presbytère avant son départ, certains fabriciens étaient prêts à s'en charger à condition que le conseil municipal n'en sache rien.  En tout cas, Forthomme craignait que l'on lui cherche des ennuis à propos de cette maison qu'il n'occupait pas et dont les dépendances lui coûtaient. Si bien qu'il loua l'écurie à un éleveur de lapins. Le conseil adopta une délibération ordonnant à Forthomme de « faire cesser cet état de choses. » car ces lapins pouvaient « occasionner des dégradations à cette propriété communale »

Au conseil municipal...


Le 29 novembre 1881, Jérémie Philippe réunit son conseil municipal. En faisant le point sur la situation, nos élus affirment au passage que l'abbé Forthomme ne vient plus honorer l'église Saint-Valentin de son auguste présence. « Cet état de choses est aussi contraire aux intérêts de la religion, la population désapprenant le chemin de l'église, qu'à ceux de la fabrique et à ceux de la commune... » Mais la situation semble bloquée. La commune refuse de voter un supplément de traitement, le diocèse ne nomme aucun curé. Or, jurent les élus, les finances de la commune sont aussi aussi flétries que celles de la fabrique. Ajoutez à cela les lourdes dépenses engagées pour réparer la couverture de l'église. Sans compter des travaux « bien autrement considérables » qui pourraient incomber à la commune à chaque instant, « attendu l'état de vétusté de toutes les parties de l'église et surtout si la fabrique ne peut y aider. » Certes, le conseil « verrait avec reconnaissance que des personnes voulussent bien allouer sur leurs ressources particulières un supplément de traitement au curé. Mais il ne se croit pas autorisé à prélever cette allocation dans la caisse municipale, vu l'état de ses finances, et en agissant ainsi, il croit répondre au sentiment de la population. »

A l'unanimité, le conseil adopta donc cette délibération en demandant l'arbitrage du préfet :

« Ému d'une situation préjudiciable à la Religion, à la Morale et aux intérêts communaux, et désirant savoir nettement quelles sont les intentions de l'archevêché à ce sujet, après en avoir délibéré, décide de prier Monsieur le préfet de bien vouloir intervenir pour mettre fin à ce conflit et le supplie d'user de sa haute influence pour obtenir la nomination d'un curé résident afin que le culte puisse être desservi avec la solennité qui convient à une grande commune et conformément aux traditions conservées jusqu'alors dans l'église catholique que, d'ailleurs, les ruines de notre antique abbaye, rappellent à tous d'une façon impérissable. »

Houlière défend son honneur


Nous étions maintenant en décembre. De Graville, Houlière répondait au diocèse à cette question posée par la fabrique : ou était l'inventaire de la bibliothèque de Prévost ? Houlière avait cru en voir un dans les premiers mois de son arrivée chez Me Bicheray, le notaire de Jumièges chargé de la succesion. Mais pas à la fabrique. Peut-être fallait-il interroger son prédecesseur, l'abbé Trouplin. En tout cas, Augustin Lafosse, secrétaire de la fabrique depuis belle lurette, en savait peut-êtret plus que lui...

Maintenant, nous l'avons déjà dit, Houlière avait fait dresser par le sacristain un second inventaire avant son départ. Et ce, en accord avec ces messieurs de la fabrique, pour se dégager de toute responsabilité. Si c'est cette pièce qu'ils cherchaient, rien de plus facile. Il suffisait de la demander au sacristain qui devait mettre son brouillon au propre quand Houlière est parti.

Lafosse ne voulait plus avoir la garde des clefs de l'église et l'on songeait au sieur Lefebvre. interrogé par le diocèse, l'ancien curé, n'y voyait pas inconvénient. « Certes, il habite plus loin de  l'église que Lafosse et cela peut gêner le service de semaine. D'autant que, rentier et désormais seul, sera-t-il toujours chez lui ? C'est là la seule petite objection que je puis faire. » Dans une lettre qu'il veut secrète, Houlière dit tout le mal qu'il pense de Lafosse Il paraissait être pour lui avant toute cette polémique. Seul, il a voté le maintien du supplément de traitement au conseil. « Depuis mon départ, il fait chorus, dit-on, avec l'adjoint et est un de ceux qui cherchent à me prendre en défaut sur quelque point...  Je crains fort qu'ils ne soient pas mieux disposés pour mon successeur; car ils ne veulent pas paraît-il remettre le supplément... »

Forthomme est toujours là

Contrairement à ce que prétend le conseil, Forthomme vient toujours Jumièges. Le 19 décembre, il répond au vicaire général qui l'invitait à confier les clefs de l'église à Lefebvre et à prier ce paroissien de veiller à la conservation du mobilier. Forthomme le considère comme honnête homme et il est entendu qu'on lui proposera cette charge lors du conseil de fabrique de janvier. Forthomme possède chez lui un double des clefs qui ne lui a pas servi depuis qu'il dessert la paroisse. « Le sacristain sait les jours et l'heure que je vais à l'église et il a la bonté de m'apporter ses clefs ou de les mettre à une place convenue. Et d'ailleurs, il est tout près de l'église et toujours chez lui. » Ce double, Forthomme pourra le remettre à Lefebvre. 

L'abbé Forthomme allait officier gracieusement pour les fêtes de fin d'année et espérait dégager des fonds : « J'ai cru servir la paroisse en ne réclamant pas d'aide pour Noël. Cette fête produira l'effet de quelques mois de vacance. Je compte avoir jeudi et samedi matin les personnes qui s'approchent ordinairement des sacrements à cette fête et j'en aurai encore qui viendront ici à la messe de minuit. Je remarque avec plaisir que les bons commencent à s'agiter, malheureusement ils sont en petit nombre. Le conseil municipal est d'avis qu'il faut fermer l'église ou du moins supprimer l'indemnité donnée au desservant. Le conseil de fabrique ne serait pas fâché de pouvoir dire qu'il n'a plus de fonds. Deux de ses membres sont du conseil municipal et ont voté la suppression du supplément de traitement. Le plus jeune des deux qui se sont présentés chez Monsieur le vicaire général en est un."

Fin de ministère


Bref, on en était là. Quand, le 22 avril 1882, un nouveau curé fut enfin nommé à Jumièges : l'abbé Baray.
Pierre Forthomme put enfin se consacrer exclusivement à sa cure du Mesnil qu'il desservit encore plus de deux ans. Le 1er décembre 1884, il partit pour Brémontier-Merval. En 1910, on le nomma chanoine honoraire et aumônier de l'hospice de Fécamp en 1911. Il y est décédé le 9 décembre 1921.

Source

Dossier 1J902 numérisé aux archives départementales par Josiane et Jean-Yves Marchand, rédaction, Laurent Quevilly.