Le bac du Mesnil à Yville était jadis le privilège du châtelain. Il devint un service public sous Napoléon. Son histoire, son personnel en quelques mascarets...

Par Laurent QUEVILLY.

Avant la Révolution, l'un des derniers passeurs du bac d'Yville fut Jean-Valentin Duparc. Il avait pour voisin Pierre Dupac, dit Le Duc, matelot qui fut levé pour Brest.

En 1804, le passage de La Roche est loué avec celui de Jumièges au sieur Blard. Celui-ci a pour idée de rétablir le passage du port d'Yville, jadis privilège personnel du châtelain, en y mettant Pierre Cléret comme passeur. Les habitants d'Yville estiment en effet la traversée par la Roche trop éloignée car il leur faut emprunter un interminable chemin longeant la Seine et souvent embourbé.

En 1806, les passages d'Yville, de la Roche et de Jumièges ont pour adjudicataire le sieur Martin, marchand de bois à Rouen.


Vers 1810, le nouveau bac d'Yville s'avère peu lucratif. Alors, on demande à ce qu'il soit annexé à celui de la Roche. Ce dernier n'est pas plus performant. Seuls quelques habitants de la presqu'île se rendent aux foires de Bourg-Achard par son entremise. En sens opposé, de rares ouvriers viennent travailler chez nous.

1816 : le bac d'Yville est effectivement annexé à celui de la Roche. Mais les passeurs de ce dernier ne respecteront pas l'obligation qui leur est faite d'affecter une embarcation de 4,7 mètres de long pour six personnes à leur annexe d'Yville. Là-bas, les habitants ne cessent de se plaindre. Leur bac est inexistant. Et le mauvais chemin de la Roche est toujours aussi long...

En 1863, quand les habitants d'Yville réclament encore un passage à leur port, ils argumentent: "le halage par chevaux n'existant plus depuis que la traction des navires se fait par les remorqueurs, il n'y a plus de raison que le passage reste fixé aux extrémités des chemins de halage sur les deux rives." Réplique de l'ingénieur des Pont et Chaussées: " Inexact! Nombre de bâtiments faisant le cabotage en Seine entre les petits ports de la rivière de Rouen continuent à employer ce système."
Finalement, on construisit de 1873 à 1875 des cales pour relier Yville au bout de la rue de Seine, côté Mesnil. Mais personne ne se présenta à l'adjudication. Si bien qu'on abandonna les appels d'offres deux ans plus tard. La Roche restait "le"' bac du Mesnil.


Le bac du Mesnil à Yville a été recréé en 1882 à grand renfort de subventions. Sa première embarcation fut construite cette année-là aux chantiers de La Mailleraye. Le Passage de la Roche devint dès lors son annexe.

Octobre 1882 : Pierre Bien patron
, de Duclair, né en 1819 et Martin matelot, né en 1837 à Anneville, second patron : Pierre Saint-André né au Mesnil en 1815.

Otobre 1884 : patron Pierre Bien, matelot, Pierre Martin.

Octobre 1885, patron Pierre Bien. Matelots : Pierre Martin,
Alexandre Lallemand né à Yville en 1840, second patron Picot, né à Hennequeville, Calvados, en 1812

1889, 1891, 1893 : Lallemand patron, Jean Roger matelot, né en 1824 à Anneville.

1896 : Louis Séverin Deconihout patron, natif de Jumièges, novice : Ernest Alexandre Lefebvre, d'Yville, second Patron : Arsène Théodore Deroutot, 
au Trait en 1842.

Au 9 septembre 1898, Henri Froment,
né à Moulinaux en 1871, en est le patron. Novice : Louis Lallemand, né à Yville en 1881, de Gustave et Rose Fessard. Jules Levasseur, né en 1879 à Jumièges, matelot Arsène Deroutot, François Deshays, né à Jumièges en 1872. Raoul Coignard, novice, né en 1882 à Jumièges.

 
En 1900, c'était toujours le même bateau. Henri Froment en était le patron, novice : Raoul Coignard.

1901, Froment et Baillemont, patrons, ont pour mousse Eugène Lechevalier, né à Guerbaville en 1887, novice : Georges Capelle, né à Berville en 1884. Nous sommes maintenant sur un bac constuit en 1893 à Dieppedalle du port de 12 Tx.

1902 : Froment, matelot Georges Copelle, né à Berville en 1884, Jean Héricher né à Authieux en 1855, Deroutot, Honoré Victor Lévesque, né à Duclair en 1877, Charles Petit né à Rouen en 89.

1903 : Froment avec Charles Petit, mousse né à Rouen en 1889, Deroutot. On note à cette époque l'existence d'un second bac au Mesnil, d'un tonneau celui-là, construit à Dieppedalle. Portant le n° 3, il est armé aussi pour la petite pêche avec Froment et Capelle pour matelot.

1904 : Auguste Jouen, patron, né à Bardouville en 1860. Le n° 3 a Froment pour patron et Fernand Aubert, né en 1885 à Yville, pour matelot.

1904 : Alexandre Lefebvre, patron, né à Yville en 1866, matelot Deroutot.
Et puis le bac va marquer un arrêt le 1er juillet, suite au refus de la commune de continuer à faire face aux dépenses d'entretien et d'exploitation du passage. Le préfet de l'Eure est alors saisi par sonhomologue de la Seine-Inférieure d'une demande de subvention pour le rétablissement du bac
Des renseignements recueillis par l'agent-voyer en chef, il résulte qu'une seule commune du Roumois (Barneville-sur-Sëine) se trouverait peut-être intéressée au rétablissement de ce bac et dans une bien faible proportion, puisqu'aucun chemin classé n'y aboutit. Quant à toutes les autres communes voisines, aucune ne pourrait utiliser le bac en question. Aucun intérêt sérieux ne souffre donc de cette suppression.
Mais en novembre 1904, grâce à l'intervention du Dr Maillard, conseiller général, le bac est rétabli et confié pour cinq ans à Lefebvre.

1905 et 1906 : Lefebvre et son fils Ernest, né en 92 au Mesnil, pour mousse, le n°3 a toujours Froment pour patron.
1907 : la cale d'Yville est refaite durant l'été.
1908 et 1909 : Lefebvre père et fils.
1909 : en juillet, on annonce que Deshayes, demeurant à Berville, devient concessionnaire pour six ans du bac du Mesnil et percevra à ce titre une subvention annuelle de 1.350F.
1910 : Lefebvre père et fils et Charles Fleury, né en 1883 à Anneville. Début juillet, le bac devait être réparé à Rouen. Le Bardouville, remorqueur des Ponts et Chaussées, amena le bac à rames de Duclair pour le remplacer. Puis il prit en remorque le bac du Mesnil pour le mener à Rouen. Mais à 500 m de Duclair, le bac prit eau et coula. On le traîna sur un banc de sable où il fut sorti de sa facheuse position. Il fut conduit à Rouen à force de rames par des matelots.



Le 12 juillet 1910, le bac à rame qui effectue le service du Mesnil coule. On parvient à le renflouer.

1913 : Alexandre Lefebvre est toujours patron. Il réside au village.



Du 15 mars 1926 au 18 avril, le bac du Mesnil fut à l'arrêt. C'est le bac de Jumièges qui vint faire le service une semaine sur deux.

1930 : le capitaine est Delaplanche.

9 août 1944 :
Sur les routes comme sur la Seine, toute circulation est rendue intenable par l'action des avions mitrailleurs combinée aux agissements des groupes de résistance. Pour protéger leurs bacs pendant la nuit, les Allemands les mettent au milieu du fleuve, plus difficile à atteindre par les saboteurs. Avec la complicité du gardien, un Breton habitant au Trait, Perrotte et Bonny disposent une nouvelle grenade Nestlé dans la chaudière du bac de Mesnil-sous-Jumièges. C'est le chauffeur allemand qui provoquera l'explosion lorsqu'il tentera de rallumer son foyer.




Le bac du Mesnil photographié par Serge Baliziaux en  1972



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